Dimanche 8 mars
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L’Ennemi du peuple
Par Georges Darien
L’Âge d’Homme, coll. « Le Livre carabiné » dirigée par Noël Godin,
2009, 186 p. Préface de Jean-Pierre Bouyxou.
Admiré par Alfred Jarry, Alphonse Allais et plus tard par André Breton, Georges
Darien est un auteur prisé des milieux libertaires. En plus de ses romans (Biribi), Darien
est le pamphlétaire le plus virulent de cette fin de siècle. Il collabore à plusieurs revues anarchistes, parmi lesquelles L’Escarmouche, L’Ennemi du peuple et L’En dehors, où
il côtoie Zo d’Axa.
Enfin réédité, voici le pamphlet le plus impitoyable jamais écrit sur la
complexité crapoteuse agglutinant volontiers le maître et l’esclave dans nos sociétés « démocratiques » autoritaires-marchandes. Georges Darien, effectivement à la Belle Époque, dans
son canard déchaîné L’Ennemi du Peuple, a jubilatoirement repris, développé et propulsé sur les masses asservies le célèbre mot de désordre cravachant de La Boétie : « Soyez résolus
de ne servir plus et vous serez libres ! » (1574), auquel le bon vieux Carlyle donnera aussi de la stéréophonie : « Je vomis les classes dirigeantes et les classes dirigées me
dégoûtent. »
En nos temps veules, loches, flaccides, le recueil d’articles imprécateurs
rassemblés ici devrait toujours, et mieux que jamais, faire scandale.
« Les malheureux, en dépit de la chanson, ne sont pas malheureux malgré eux.
Ils ne le sont que parce qu’ils le veulent bien. Ils ont eux-mêmes placé leurs cous sous le joug, et refusent de les retirer. Il est donc fort compréhensible qu’un certain nombre d’hommes
n’éprouvent à leur endroit aucune compassion ; et qu’ils ressentent même de la colère et du dégoût pour tant de sottise et tant d’avilissement.
« Le Peuple a des Amis. Qu’il les garde ! Ils sont généralement dignes
de lui. (...)
« Je ne comprends pas qu’on puisse être, à notre époque, l’ami du Peuple.
L’abominable et tyrannique soumission populaire a pu avoir, jusqu’ici, des excuses : l’ignorance, l’impossibilité matérielle d’une lutte. Aujourd’hui, le Peuple sait ; il est armé. Il
n’a plus d’excuses. Qu’est-ce que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs
imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est
le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. (...)
« La caractéristique du Peuple, de ses amis, c’est leur obstination à placer
hors d’eux-mêmes, dans des formules creuses ou des rêves, leurs espoirs et les déterminantes de leurs tristes énergies. La caractéristique du Hors-Peuple, en contraste, doit être sa ferme
résolution de placer en soi-même ses mobiles et ses désirs. »
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