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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 09:24

 

 

 

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Nucléaire : « L’AIEA est impuissante par nature »
Sur le blog Eco(lo), 1er avril 2011

 

C’est la grande absente de la crise nucléaire qui secoue le Japon. Alors qu’elle est censée coordonner l’aide technique et les informations autour de l’accident nucléaire, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a jamais été en mesure, depuis le 11 mars, de peser sur les événements, d’informer à temps les États sur l’avancée des opérations de refroidissement des réacteurs, ou encore de réellement estimer le niveau de gravité de la catastrophe sur l’échelle des événements nucléaires. Hier, un nouveau coup a été porté au fondement même de son existence. En déplacement express à Tokyo, le président français a appelé à l’adoption, avant la fin de l’année, de nouvelles normes internationales en matière de sûreté des centrales nucléaires. Des normes censées avoir été édictées et imposées par l’agence de Vienne. Pour Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire et ancien porte parole du Réseau Sortir du nucléaire, un renforcement effectif de ces normes de sûreté s’avère impossible dans la mesure où l’AIEA est « intimement liée à l’industrie nucléaire ».

 

Quelle est la mission de l’AIEA ?

L’Agence internationale de l’énergie atomique a été fondée en 1957 avec une double mission : contrôler le développement de l’énergie nucléaire et promouvoir son industrie. Sous prétexte de s’assurer que ses États membres développent seulement du nucléaire civil, et non militaire avec les recherches sur l’arme atomique, cette agence fournit aussi son aide en matière de construction de réacteurs.

 

Elle doit donc faire respecter des normes en matière de sûreté nucléaire…

Depuis son origine, elle a édicté un socle de normes de sûreté. Mais il s’agit de normes minimalistes, sur lesquelles se basent les pays et constructeurs pour réaliser leurs propres règles. La politique énergétique de chaque pays est ainsi totalement indépendante. Si les pays signataires du traité de non-prolifération nucléaire autorisent l’agence à visiter leurs installations, ils ne sont néanmoins obligés en rien de respecter ses recommandations. L’AIEA n’a en effet aucun pouvoir contraignant. Pour des questions de coûts, ses États membres ne veulent pas qu’on leur dise quels investissements réaliser pour améliorer la sécurité de leurs réacteurs.

 

Pourquoi l’AIEA n’a-t-elle pas d’attribution coercitive ?

Elle est impuissante par nature dans la mesure où elle a été créée par l’industrie nucléaire pour l’industrie nucléaire. Elle est composée d’experts détachés de l’industrie nucléaire de ses différents États membres. C’est un petit monde, des amis qui cherchent à s’arranger entre eux. Lorsqu’une délégation effectue des contrôles dans un pays étranger, elle ne se montre pas trop sévère par peur qu’on lui adresse des reproches sur ses propres installations. Tout le monde essaie de préserver ses intérêts en faisant en sorte que l’industrie perdure. Par exemple, en 2007, une mission de l’AIEA, menée par un expert de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, avait examiné la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, endommagée par un tremblement de terre de magnitude 6,8 sur l’échelle de Richter. Son travail n’a pas débouché sur des mesures de sécurité renforcées quant aux séismes.

 

Peut-on adopter des normes plus exigeantes en matière de sûreté nucléaire ?

Les pays accepteront peut-être de nouvelles normes, face à la pression de l’opinion publique mondiale. Mais il ne faut pas se leurrer, si Nicolas Sarkozy les promeut, c’est seulement pour protéger l’industrie nucléaire et favoriser l’EPR développé par Areva, qu’il qualifie de plus sûr. En réalité, ces nouvelles normes ne pourront pas être beaucoup plus élevées dans la mesure où elles impliqueraient de fermer un grand nombre de réacteurs. Et cela, aucun pays n’en veut, étant donné le coût que constitue le démantèlement de centrales.

 

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Siège de l’AIEA à Vienne

 

La photo vient de l’article « Agence internationale de l’énergie atomique » sur Wikipédia.

 

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