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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 02:56

 

 

 

Exit-through-1.jpg

 

Sound of Noise

Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson, Danemark/Suède, 2010

Faites le mur
(Exit Through the Gift Shop)

Banksy, États-Unis/Royaume-Uni, 2010

 

Pour expliquer tout l’intérêt de Faites le mur, il faut en dévoiler l’histoire, qui est moins un portrait de Bansky, comme je le croyais, que la trajectoire d’un petit Français devenu une vedette de l’art contemporain.

Né en banlieue parisienne, Thierry Guetta émigre à Los Angeles. Là, il vend des fringues en surplus et s’attire une clientèle huppée. C’est la passion de la vidéo qui va changer le cours de sa vie. Il filme absolument tout ce qui l’entoure et surtout ses amis graffiteurs ; cousin de l’artiste Space Invaders, il entre dans ce petit monde et enregistre des nuits entières, caméra au poing, cette activité underground. Au file des ans, il accumule sur le Street Art des archives exceptionnelles : à L. A., il suit continuellement Shepard Fairey (« Obey »), au point de devenir son assistant, témoigne à Paris des activités de Space Invaders, Monsieur André et bien d’autres.

La seconde rencontre déterminante sera celle de l’Anglais Banksy, star absolue du milieu et personnage totalement anonyme dont l’œuvre (très au-dessus du lot) et la personnalité le fascinent. Immédiatement, Banksy voue au Français une confiance totale, le laissant le filmer au travail – toujours masqué. C’est Banksy qui pousse Guetta à faire un montage de ses archives en ignorant que rien parmi des années de tournage n’est classé. Le résultat – un film expérimental – est décevant au possible. Banksy prend alors la responsabilité de tout récupérer et de monter ce qui deviendra Faites le mur (je préfère le titre anglais qui épingle avec ironie la dimension marchande des expositions d’aujourd’hui : pour sortir emprunter la boutique de souvenir).

 

Exit-Through-2.jpg

 

En attendant d’achever le documentaire, il lance à son ami l’injonction de faire lui-même de l’art. Guetta, pour qui tout ce qui vient de Banksy est parole d’évangile, se lance à corps perdu dans cette activité. L’ironie de l’histoire veut qu’à partir d’une exposition géante organisée à ses frais à Los Angeles en juin 2008, il s’impose de but en blanc comme le plus grand créateur du moment… sur la base d’une « œuvre » d’une rare médiocrité.

Le film respecte la chronologie des évènements : les premiers pas du vidéaste amateur et ses virées nocturnes, la rencontre avec Banksy et leur amitié, puis le succès foudroyant de Guetta devenu Mr. Brainwash (MBW). Banksy n’omet pas le témoignage des graffiteurs que l’accès au vedettariat de leur complice laisse amers, compte tenu du fait que Thierry Guetta s’est généreusement servi de leurs idées pour façonner les siennes, les vidant au passage de leur originalité, du message politique, voire de toute dimension artistique.

 

Sound-of-Noise.jpg

 

Si Faites le mur est le récit d’une « trahison », alors Sound of Noise est son antidote. Au regard désabusé des Street Artists que l’évolution de leur statut et leur entrée dans l’art contemporain éloignent de ses origines illégales, répond le projet d’une œuvre d’art éphémère aussi grandiose dans ses dimensions que contestataire dans sa finalité. Il s’agit bien sûr d’une fiction, mais il est difficile de ne pas les relier tant les projets que portent les artistes des deux films sont voisins. Car Sound of Noise pose une unique question : comment, de nos jours, achever une œuvre d’avant-garde hors du confinement des institutions qui les acceptent et les fêtent, comment lui redonner son sens premier qui est fondamentalement de nature politique ?

 

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Sound of Noise est une joyeuse comédie, un film hilarant et jouissif, il aborde toutefois des questions que Faites le mur tentent de résoudre : au cœur des deux films, on trouve la valeur marchande de l’art. Celui de Banksy dénonce une supercherie, l’autre met en avant l’utopie de la gratuité de l’art, la beauté du geste qui est celui-là même du Street Art. Et si Faites le mur est un constat de gens au cœur lourd, Sound of Noise est résolument porté par un projet positif ; l’argent, si présent dans la seconde partie du documentaire de Banksy, est toujours absent du film suédois.

Une longue bande-annonce de Faites le mur est ici (en VO non sous-titrée), celle de Sound of Noise (en VOSTFR).

 

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Published by shige - dans Avant-garde
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