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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 10:58

 

La première séance de cette carte blanche est programmée pour demain, vendredi 12 mars. Je remercie Nicole Brenez pour les photographies.

 

 

Anarchie et cinéma
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid

 

Du 12 mars au 7 mai 2010 à la Cinémathèque française

 

 

Le 7ème art et l’anarchie font décidément mauvais ménage, mais tant qu’il y a de la révolte, il y a de la vie. Dans le meilleur des cas, espérons que le cinématographe, comme toute écriture, devienne de plus en plus subversif.

Jean-Pierre Bastid, le 4 janvier 2010

 

 

 

La rage au bout de la caméra
Par Jean-Pierre Bouyxou

 

Romancier, scénariste, réalisateur, à ses débuts assistant de Nicholas Ray, Jean-Pierre Bastid à lui seul résume et symbolise deux tendances du cinéma que les doctrinaux de tous bords s’obstinent à opposer, mais dont on ne répètera jamais assez qu’elles participent, à parts égales et parfaitement complémentaires, au même combat contre l’académisme, les conventions et la frilosité : le cinéma que l’on peut qualifier de politique ou d’expérimental, au sens large, et celui que critiques et historiens rangent sous l’étiquette fourre-tout de « populaire ». Autrement dit, le cinéma de recherche et le cinéma de genre, l’un et l’autre dans leurs formes les plus radicales (d’un côté, la quasi-abstraction et l’épure ; de l’autre, l’érotisme et la violence). Quoi de commun entre les œuvres de Lajournade, de Baratier, de Kyrou, d’Enard, de Lapoujade, d’Ivens, de Glissant ou de Bonan, pour ne citer que des cinéastes que Bastid ne se contente pas d’admirer et d’aimer, mais avec lesquels il a également tissé des liens de profonde amitié ? Rien, si ce n’est l’essentiel : la prédominance de l’esprit de révolte, la haine des institutions, la férocité antifasciste, le goût de la dérision. Des qualités qui se rejoignent et se fondent dans les films qu’il a lui-même réalisés, y compris ceux qu’il a signés de pseudonymes parce qu’il s’agissait a priori de travaux de commande, dont il a feint de respecter les contraintes pour mieux les piétiner. Le cinéma de Jean-Pierre Bastid a la même succulence que ses nombreux livres. Celle de la liberté.

 

 

Les séances auront lieu en présence de Jean-Pierre Bastid, accompagné de Jean-Pierre Bouyxou.

 

Vendredi 12 mars 19h30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Ado Kyrou. Jacques Baratier
En présence de Diane Baratier

 

La Déroute
d’Ado Kyrou/France/1957/16’/16mm

Morgue plaine. Patronné par Georges Franju, cette satire de Waterloo, sur le texte de Victor Hugo revisité par la voix de Jean Servais, autopsie « la morne plaine », en dénonçant l’exploitation mercantile de la débandade de l’armée napoléonienne. (JPBd)

 

La Poupée
de Jacques Baratier/France/1962/95’/35mm

Un autre monde, un Mexique. Navigateur du surréel, Baratier a vogué au milieu de tous les courants, pêchant à la rencontre de quoi faire son miel. L’argument du film tient en peu de mots :
— un état imaginaire d’Amérique du Sud, un dictateur odieux, forcément ;
— un magister créant une poupée vivante à l’image de la femme d’un des meneurs de la révolution ;
— la poupée criant à la cantonade : « N’attendez pas la liberté ! Prenez-la ! » ;
— l’écrasement de l’insurrection ;
— la disparition de la poupée qui a entraîné le peuple à sa perte.

Les scènes de révolution, organisées avec la complicité d’un autre poète, Kateb Yacine, furent filmées avec des Algériens de Nanterre. On y entend pour la première fois l’hymne de ce peuple en révolte. En prise avec l’époque, le film est sans cesse en décalage : elle est cocasse, insolite et insolente, cette histoire de pasionaria qui vole le trône d’un dictateur dont elle est le sosie, et il a fallu un sacré toupet pour confier son rôle à un transsexuel qui enflamme un charivari de balivernes et coque-cigrues, univers rythmé par les quatrains d’un Dufilho travesti en nourrice péruvienne.

Les Cahiers du Cinéma boudèrent ce maelström et maquillèrent leur conservatisme de sourires de mépris tandis que King Vidor, un des cinéastes qu’ils révéraient, écrivit à Jacques Baratier une lettre admirative : « On a mis du temps à reconnaître Picasso et Stravinsky. Ce pourrait être le cas, Monsieur, pour votre film. » L’élégante revue sur papier glacé était du côté de l’ordre ; en guerre contre sa rivale, Positif, elle était restée sourde au massacre du 17 octobre 1961. D’ailleurs, ses rédacteurs, déjà vieux jeunes gens, auraient-ils daigné savoir que deux centaines d’Algériens avaient été jetés dans la Seine par les forces de l’ordre du préfet Papon ?

« Chaque poète se taille un langage dans le langage comme s’il découpait un étendard dans le parquet de l’univers, un tapis volant, un autre monde, un Mexique, un lexique. Mais c’est l’ensemble du langage ainsi, qu’il pervertit, déroute, exalte et restitue », a écrit Audiberti avec qui Baratier conçue La Poupée. (JPBd)

 

Vendredi 12 mars 21h30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Philippe Durand, Alain Cavalier

 

Secteur postal 89098
de Philippe Durand/France/1959/26’/16mm

Balade entre l’amour et la mort. La guerre d’Algérie a longtemps été une guerre sans nom. Rappelé en Algérie, Philippe a été blessé gravement. Rapatrié en France et hospitalisé pendant plus d’un an, il a tourné ce film en 4 week-ends avec une bande d’amis, au plus fort du « maintien de l’ordre ». Sourds à la violence des affrontements du plus âpre des conflits de décolonisation, Les Cahiers, refusant de se positionner en termes éthiques et politiques pour rester dans le strict domaine de l’esthétique et de la « politique des auteurs » ne pouvaient qu’ignorer un tel film.

Dans « Le cinéma marginal et la guerre d’Algérie », Positif, n° 46, juin 1962, p. 15-18, Raymond Borde a tracé les limites du cinéma par rapport à l’écrit dans le combat. Interdit par la censure, Secteur postal 98098 a été projeté sous le manteau dans des ciné-clubs politisés. (JPBd)

 

Le Combat dans l’île
d’Alain Cavalier/France/1962/104’/35mm

Produit par Louis Malle.
Avec Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Maurice Garrel, Henri Serre.

Nada. « On ne fait pas une guerre coloniale sans en mourir, sans en être complètement pourri » a dit Alain Cavalier. Avant L’Insoumis qui met en question de la guerre d’Algérie et plus tard Libera me (1993) film sans dialogues qui aura pour thème l’oppression et la torture, Le Combat dans l’île se veut le portrait d’un fasciste.

Sauver l’Occident de la décadence est l’objectif que s’est fixé un groupe extrémiste dirigé par Serge, militant pur et dur. Jean-Louis Trintignant campe un fasciste encore plus menaçant que dans Le Conformiste de Bertolucci. Sous la férule de Serge, Clément, garçon agressif et secret commet un attentat au bazooka contre un député de gauche. Le Combat dans l’île montre une actualité absente dans le cinéma de l’époque. Avec sa facture austère, le premier film de Cavalier est pour moi l’œuvre la plus fascinante de la Nouvelle Vague.

Les dvd sont introuvables : atypique et rigoureux, d’une beauté tragique, le film subit un échec commercial. Il en fut de même en 1964 pour L’Insoumis. (JPBd)

 

Vendredi 26 mars 19h30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid.
Ado Kyrou, Willy Braque, Jean-Pierre Bastid

 

La chevelure
de Ado Kyrou/France/1961/19’/16mm

avec Michel Piccoli.

Surréalisme et cinéma. Inspiré d’une nouvelle de Maupassant, le film d’Ado Kyrou nous plonge dans une atmosphère étrange et envoûtante. Un homme achète lors d’une promenade un meuble qui va bientôt le charmer étrangement. Il y trouve, dissimulée, la chevelure d’une femme qui le fascine au-dessus de tout. Il imagine celle qui la portait et tombe amoureux de cette création de son esprit, jusqu’à la folie.

 

Amnésie 25
de Willy Braque/France/1967/10’/35mm (sous réserve)

 

Chute libre
de Willy Braque/France/1969/10’/35mm (sous réserve)

 

Massacre pour une orgie

de Jean-Pierre Bastid (sous le nom de Jean-Loup Grosdard)/Luxembourg/1966/60’/35mm
Avec Willy Braque, Jean-Piere Pontier, José Diaz, Joël Barbouth, Syd Phyllo, Florence Giorgetti, Nicole Karen, Christa Nelli, Dany Jacquet,Valentine Pratz, Maria Minh, Jean Tissier, Pierre Cabanne, Moshe Kramlow (Gilbert Wolmark).

Que la fête commence ! Mon premier long-métrage, intitulé successivement Massacre pour une orgie et Orgie pour un massacre, interdit en 1966 par la censure française, pour violence et incitation à la débauche et le négatif saisi au laboratoire. Pour saluer Jean-Luc Godard le seul cinéaste de la Nouvelle Vague qui m’émerveillait, j’avais pris le pseudonyme de Jean-Loup Grosdard.

Un distributeur américain (Bob Cresse) ayant acheté un duplicata du négatif avant que la censure ne commît son forfait, il subsiste de ce film une version en langue anglaise. Il a en retiré des passages jugés odieusement outrageux et, pour compléter le massacre, ajouté des dialogues de son cru. Il a agi de même façon avec le film qui a suivi. (JPBd)


 

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Vendredi 26 mars 21h30

Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Les combats

 

Indonesia calling
de Joris Ivens/Australie/1946/23’/35mm

Radicalité et cinéma. Le cinéma pourrait-il être une arme capable de changer le monde ? En 1944, le gouvernement hollandais demande à Joris Ivens de filmer la libération de l’Indonésie. Débarqué à Brisbane, dans un monde colonial clos, il se réfugie à Sydney où il attend son départ pour l’Indonésie. De sa chambre sur le port, il repère les navires hollandais chargés d’armes, prêts à appareiller pour Java. Quand leurs équipages indonésiens se mettent en grève, ils sont bientôt rejoints par les autres, australiens, malais ou chinois. Ivens saisit immédiatement la portée de ce mouvement de protestation devenu international et braque sa caméra… « Les événements qui se produisaient étaient aussi impérieux qu’une bataille, et nous devions nous trouver sur le front, caméra au poing », dira-t-il par la suite.

Au fil des mois, il lui apparaît clairement que le gouvernement hollandais n’a aucunement l’intention de faire de l’Indonésie un pays indépendant. En octobre 1945, Ivens démissionne à grand fracas. (JPBd)

 

La société est une fleur carnivore
Réalisé par un collectif de professionnels animé par Guy Chalon/France/1968/30’/16mm

Commentaire de Claude Roy dit par Jean-Louis Trintignant.

Le parfum de l’époque. « Ce film dénonce la répression policière qui a eu lieu au Quartier latin à partir du 10 mai 1968 et le rôle joué par l’État durant cette période. Les réalisateurs donnent la parole aux témoins et aux victimes de ces brutalités. » (Le collectif)

Tourné, développé et monté en trois semaines, La Société est une fleur carnivore sera projeté pendant les événements mêmes. (JPBd)

 

Nestor Makhno, paysan d’Ukraine
de Hélène Chatelain/France/1996/52’/Video

Qui ne connaît Nestor Makhno l’anarchiste qui initia en Ukraine l’une des premières communes. Il partageait certaines aspirations communistes, mais son charisme local, son refus de la violence et des nouvelles directives font ombrage au pouvoir qui commence à s’installer. Lénine tente une médiation pour le ramener dans le giron bolchévique, mais Makhno résiste. La légende construite par la propagande d’état en fait un anarchiste-bandit-antisémite et un contre-révolutionnaire. Pour les gens de Gouliaïpolié, il défend au contraire les pauvres et la liberté, et les journaux makhnovistes montre qu’il a aussi défendu les Juifs… « Prolétaires du monde entier, allez au fond de votre âme et là seulement vous trouverez la vérité. » Hélène Châtelain a reconstitué sa vie à partir de ses écrits, de films de propagande soviétique, de réactions d’ouvriers aujourd’hui et de la mémoire qu’il a laissée dans le cœur des siens à Gouliaïpolié. (JPBd)

 

Vendredi 9 avril 19h30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Brebis, Bartleby, enfants d’Attila

 

Les Brebis enragées
de Jean-Pierre Bastid/France/1967/10’/16mm (sous réserve)

« La relation n’a plus de raison d’être ». Une relation fusionnelle entre deux pensionnaires d’une clinique psychiatrique. Les deux jeunes femmes s’évadent de la maison de santé et font du stop. L’automobiliste qui s’arrête pour propre malheur est pris dans la folie meurtrière de ses passagères qui se réfugient ensuite dans une maison isolée jusqu’à ce que l’une des protagonistes décide que se termine leur belle histoire inventée — allez savoir par qui ? (JPBd)

 

Bartleby
de Jean-Pierre Bastid/France/1972/20’/35mm

Avec Jean-Pierre Lajournade

Bartleby, libre adaptation de la nouvelle de Herman Melville, est un film noir & blanc en 35 mm tourné avec des amis et deux fois le métrage de pellicule. Ce format et les moyens ont été choisis en des circonstance particulière. La guerre d’Algérie n’était pas loin derrière nous et je travaillais sur le scénario de L’Attentat où je voulais autopsier l’affaire Ben Barka — façon de traiter de la guerre d’Algérie et de ses séquelles. Je cherchais des producteurs et c’est pour donner des gages à l’un d’eux qui s’intéressait à ma façon de tourner que j’ai réalisé un film en trois jours avec deux fois le métrage nécessaire. Mais cela n’était que la partie consciente de mon projet. J’avais un engouement immodéré pour l’œuvre d’Herman Melville et particulièrement pour Bartleby. Pourtant son éloge de la résistance passive, si admirable qu’il fût, m’incommodait par sa noblesse de ton, j’ai tâché d’y remédier. (JPBd)

 

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Les Petits enfants d’Attila
de Jean-Pierre Bastid/France/1967/80’/35mm

Avec Fedor Atkine, Diane Kurys.

On aperçoit fugitivement Jean-Patrick Manchette dans ce film où je l’avais invité à figurer dans la panoplie des employés serviles. Il avait déjà de hautes visées mais n’avait pas entamé son ascension. On en était à l’écriture d’un scénario dont je souhaitais qu’il s’inscrive moins comme un film de série B à l’américaine que comme un objet dans la ligne de Ice, le film américain ultra gauche que Robert Kramer a tourné dans le New-Jersey. Mes discussions avec le producteur de Bartelby n’ont pas abouti et, sans m’en avertir, Manchette en a profité pour éditer L’Affaire N’Gustro sous son seul nom.

Il avait une approche à la fois naturaliste et hollywoodienne du cinéma. Mais Bartleby l’a bluffé. Nous ne cessions de parler des Straub et de leur film Non Réconciliés, nous interrogeant sur la possibilité de refaire de l’art, notamment du cinéma critique. J.-P. Manchette s’en était approché quand il a donné un coup de main à un ami Robert Lapoujade qui bricolait son Socrate au jour le jour dans sa retraite de Seine-et-Marne. Le sujet était la crise du « maître à penser ». Ils ne se sont pas entendus. À son retour Jean-Patrick ne cessait de cracher sur le film et son auteur, au motif suffisant que Lapoujade était ami de Sartre. Le bougre n’a jamais été avare de mépris ! En fait, je l’ai compris après, il s’était pris les pieds dans le tapis. Robert avait été assez vigilant pour contrer les tentatives de putsch de son aide qui ne lui avait pas pardonné.

Mais mon ardent collègue est revenu de guerre avec Mésaventures et décomposition de la Compagnie de la Danse de mort et nous avons projeté d’en faire un film. J’ai fait en vain le tour des producteurs qui pouvaient s’intéresser à cette entreprise. Jusqu’à ce que le scénario obtienne l’avance sur recette et que Véra Belmont offre « charitablement » sa maison de production pour nous héberger. Mon jeune ami prit son élan pour engrener sa carrière et se désintéressa complètement du projet. Après avoir croqué sa part du gâteau, il voyait les difficultés à venir et estimait avoir d’autres lièvres à courir. Après leur avoir procuré un appart dans son immeuble, notre productrice était devenue l’amie des Manchette. Elle s’occupa de Jean-Patrick et lui mit le pied à l’étrier. Il avait choisi son camp, laissant à notre taulière les coudées franches pour bousiller la sortie du film.

Tourné en mars-avril 71, Les Petits enfants d’Attila, réalisé sur pellicule kodak 16 mm, gonflé en 35 mm, propose une vision grotesque de la France de ces années-là. C’était une sorte de pantalonnade politique qui avait pour but de déconstruire, avec le cinéma, l’illusion du cinéma. En précisant que si on faisait du cinéma critique, il s’agissait de le faire doctement mais joyeusement. Si mon film n’a pas été à la hauteur de ses ambitions, c’est peut-être aussi bien : la décomposition du scénario, de sa mise en forme et du produit filmique lui-même était inscrite dans le projet.

Vous jugerez sur pièce.

La guerre d’Algérie et les affrontement de 68 n’étaient pas si loin, mais les années militantes s’éloignaient. Après un séjour à Cuba, notre Michèle Firk avait rejoint les maquis sud-américains. Assiégée dans une maison de Guatemala City par la police politique, elle se brûla la cervelle pour ne pas risquer de parler sour la torture. Dans ces années-là, les meilleurs d’entre nous avaient laissé leur peau. Quant aux autres, nous nous consumions dans tant d'aventures inachevées, de projets avortés ! Nous avions cru naître pour transformer éternellement le monde et la vie se chargeait de montrer à quel point c'était nous qui étions transformés et détruits.

Cédant à la dictature de la marchandise, certains ne résistèrent au plaisir d’être appointés par elle. Sans être résignés, nous ne sentions impuissants. Pourtant il y en avait d’autres aussi qui en Amérique latine, en Italie, en Allemagne, en France, n’avaient pas déposé les armes… Les Petits enfants d’Attila témoignent de l’impossibilité de se comporter d’une façon révolutionnaire en campant dans la sphère culturelle.

La guerre est ailleurs, féroce comme toutes les guerres. (JPBd)

 

Vendredi 9 avril 21h30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Jean-Pierre Lajournade

 

Cinéma, Cinéma
de Jean-Pierre Lajournade/France/1969/14’/16mm

avec Jean-Pierre Lajournade, Fiammetta Ortega, Tobias Engel.

Y a-t-il un cinéaste dans la salle ? Cinéma, cinéma qui donne à voir et à entendre les déboires d’un metteur en scène aux prises avec le conformisme du public et les exigences des révolutionnaires propose une question radicale : y aurait-il encore des innocents pour estimer que le cinéma est une arme capable de changer le monde ? Ce moyen d’agit-prop à la traîne des luttes sociales devient naturellement, quand la révolution s’installe, un art de propagande au service du nouveau pouvoir. (JPBd)

 

Le Joueur de quilles
de Jean-Pierre Lajournade/France/1968/90’/35mm

Avec Hugues Autexier, Fiammetta Ortega, Jean-Pierre Lajournade.

« Aucune chance de voir jaillir, sur les rares écrans occupés par Jean-Pierre Lajournade, du sang ou du sperme, ni d’assister à un spectacle (en opposition à la revendication que scande un groupe réuni sur le plateau de Cinéma Cinéma, qu’il a réalisé en 68). Et pas question non plus de donner à la révolte une dimension spectaculaire. C’est à rendre intenable la position de spectateur, comme celle de cinéaste, que le cinéma de Lajournade vise fondamentalement. Il s’agit de faire du cinéma de telle façon que le cinéma puisse s’arrêter à nouveau, dans le suspens d’une révolution possible. Rendre le cinéma impossible c’est contribuer à rendre possible la réalisation de l’impossible dans la vie. C’est là peut-être, l’actualité la plus vive de Mai 68 au cinéma, aujourd’hui et demain. » (Gérard Leblanc)

Jean-Pierre Bouyxou définit bien film ce radical, à la fois une cinglante remise en question du cinéma, féroce brûlot contre la sclérose idéologique, modèle de science-fiction totale. Avec ce chef-d’œuvre inclassable et rebelle, Lajournade s’est affirmé un des cinéastes les plus remarquables de sa génération. (JPBd)

 

Vendredi 23 avril 19 h 30

Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Le parfum de l’époque
En présence de Martine Boyer, Jean-Denis Bonan, Jacques Richard

 

Tristesse des anthropophages
de Jean-Denis Bonan/France/1966/23’ 30’’/35mm (projeté en vidéo)

Produit par Jean Rollin.

Je m’en voudrais de déflorer le pitch (oh ! l’horrible mot dont sont si friands les abjects script doctors au service de la machine à décerveler) de ce film hors norme et vous laisse le plaisir de le découvrir. (JPBd)

Un monde de merde et de mort évoqué par l’adolescent très retardé que j’étais à cette époque. Ce film a été interdit à tout public et à l’exportation par le Comité de censure qui siégeait alors au CNC. (Jean-Denis Bonan)

 

La Femme-Bourreau
de Jean-Denis Bonan/France/1969/73’/16mm (extrait projeté en vidéo, sous réserves)

L’histoire d’un maudit dans une fiction faussement policière. Il était une fois la souffrance… Ce film inédit n’a pas d’existence légale. (Jean-Denis Bonan)

 

Droit d’asile
de Jean-Pierre Lajournade/France/1969/14’/16mm

avec Tobias Engel.

Tobias a trouvé un asile précaire dans une caisse au milieu des poulets qu’il a assommés. Petit à petit, il prend conscience qu’il est mortel. Cette idée le désespère, l’obsède. Il en meurt. (JPBd)

 

Libre de ne pas l’être
de Jean-Pierre Lajournade/France/1969/11’/16mm

avec Thierry Garrel.

Extrait de sa caisse, l’acteur 777 fait l’apprentissage douloureux de la liberté avant de retourner dans le ventre originel. (JPBd)

 

La parole en deux
de Patrice Enard/France/1974/20’/16mm

 

Les Écrans déchirés
de Jacques Richard/France/1976/25’

Avec Michael Lonsdale, Fabrice Lucchini, Agathe Vannier.

Que deviennent les acteurs lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes ? Comment déchirer l’écran du cinéma conventionnel ? (JPBd)

 

Vendredi 23 avril 21 h 30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Les copines, les hallucinations

 

Salut les copines
de Jean-Loup Grosdard (alias Jean-Pierre Bastid)/Luxembourg/1966/50’/35mm

Co-sénariste Jean-Patrick Manchette sous le nom de Michelangelo Astruc.
Avec José Diaz, Hans Meyer, Dominique Erlanger, Pascale Cori-Deville, Joël Barbouth, Ghislaine Paulou, Valentine Pratz, Hamera, Ernst Mernzer, Jean Mazéas, Jean-Marie Estève.
Il s’agit d’une pochade-pochetronnade que j’avais tournée dans la foulée et qui, pour son salut, avait battu d’entrée pavillon luxembourgeois. Deux films livrés pour le prix d’un. Vous êtes condamné à les voir. (JPBd)

 

Hallucinations sadiques
de Jean-Pierre Bastid/France/1969/81’/35mm (extrait projeté en DVD)

Avec Daniel Gélin, Anouk Ferjac, Michel Subor, R.J. Chauffard, Jean-Claude Bercq, Sabine Sun.

Les Fleurs du mal. J’avait écrit avec Yves Boisset un film que empruntait provisoirement son titre à Baudelaire. Robert de Nesles devait le produire Yves le réaliser. Le coût du film et son sulfureux contenu ont empêché son financement. Restait mon contrat avec de Nesles pressé de tourner un film pendant le mois d’août pour ne pas perdre une aide du CNC. Michel Martens qui avait une histoire intitulée Fêlure, hommage à Francis Scott Key Fitzgerald (The Crack-up) cherchait une maison pour passer l’été. De mon côté, j’avais trouvé pour le film le décor qui pouvait nous tenir lieu de vie. Il fut convenu par la production à laquelle s’était adjoint Henry Lange et nous-mêmes que le scénario pouvait et devait s’écrire au fil du tournage, ce qui n’était pas pour nous déplaire. À cela s’ajoutait l’obligation de tourner une version anglaise et un dialoguiste américain, Roy Lisker, rejoignit notre équipe. Trois semaines de préparation, quatre semaines de tournage et c’était parti…

En voici l’argument : la maîtresse de Charles a des hallucinations ; elle croit qu’Anne, la femme de son amant, la guette tous les jours. Or Anne est morte. Personne ne peut croire Clara. Le jour où elle découvre Anne devant sa porte, elle ne dit rien à personne. Mais Clara est retrouvée poignardée. Un inspecteur vicieux sorti de l’école de police du Mont d’Or et des poubelles de mai 68 se fait fort de découvrir l’horrible vérité…

M. de Nesles n’assista à la projection des rushes qu’au bout de deux semaines. Après avoir exprimé son juste courroux, il voulut pimenter l’histoire de quelques élucubrations dues à son génie de producteur. Nous eûmes des mots à propos de la formatation qu’il envisageait. Après lui avoir craché à la gueule, je fus forcé d’abandonner le tournage et l’équipe fut condamnée à continuer car notre monde n’admet généralement que soumission et résignation. Il y eut un procès que par la suite je gagnais mais, comme disait Kipling ceci est une autre histoire. (JPBd)

 

 

Vendredi 7 mai 19 h 30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Gabriel Glissant
En présence de Fanny Glissant.

 

La machette et le marteau
de Gabriel Glissant/Guadeloupe/1975/70’/16mm

Ce film sans concession qui a bénéficié d’une énorme écoute à la télévision en a fermé irrémédiablement la porte à son réalisateur. (JPBd)

 

Film surprise

 

Vendredi 7 mai 21 h 30
Carte blanche à Jean-Pierre Bastid. Glauber Rocha et Juliet Berto

 

Claro
de Glauber Rocha/Italie/1975/111’/35mm

Produit par Juliet Berto.
Avec Juliet Berto, Carmelo Bene, Tony Scott, Luis Waldon.

Une vision brésilienne de Rome. Selon les dires de Rocha, Claro consiste en « une vision brésilienne de Rome ». Ou mieux, un témoignage du colonisé sur la terre du colonisateur : « Je voulais voir clair dans les contradictions de la société capitaliste de notre temps. Par exemple, il me semble très clair le moment dans lequel, à la conclusion du film, les gens pauvres occupent l’écran : le peuple doit occuper l’espace qui lui a été pris pendant des siècles d’oppression. »

Auteur de l’une des œuvres cinématographiques les plus considérables et les plus polémiques du cinéma brésilien, après six ans d’exil en Europe, Glauber Rocha réalise en Italie Claro, objet inattendu et à l’époque très mal perçu où la fiction se confond avec le documentaire autobiographique. La nostalgie de l’exil distingue Claro des autres films du réalisateur. Cette nostalgie, matérialisée dans l’interaction de l’image et du son, réinvente le politique. Le Brésil, d’abord l’objet d’un souvenir nostalgique, devient remembrance mélancolique, comme si la distance creusait une perte irréparable et irréversible. La superposition des images fait éclater une écriture ancré aux racines du Cinema Novo, crée un nouveau style renvoyant au théâtre baroque de Carmelo Bene puis, cotoyant le néoréalisme italien, apprivoise la Nouvelle Vague version Godard. Genres, images et langues transitent dans l’espace qui lui-même se métamorphose.

Pour la première fois, le film marque également la présence de Rocha devant la caméra en qualité de personnage et de réalisateur. À la fois sujet du film et narrateur, il traverse incessamment les frontières, comme dans la première séquence du film, alors qu’il donne la réplique à Juliet Berto tout en dirigeant les prises de vue faites par le caméraman. Ce film vit sur la pulsion, emporté dans la transe qui meut l’existence trépidante de son auteur. Dans un témoignage recueilli par l’acteur Patrick Bauchau et filmé en vidéo amateur en avril 1981 à Sintra, au Portugal, quatre mois avant la mort de Rocha, Glauber lui dira : « Mourir du cœur à cause d’une vie agitée, mais révolutionnaire comme ma vie, ne sera pas très gênant dans un contexte historique. » (JPBd)


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Published by shige - dans Cinéma
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