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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 17:00

 

 

Je signale quelques articles de cette publication que je découvre, n’en donnant ici que les premières lignes. La présentation des numéros se trouve ici.

 

CA

 

« Le droit des animaux »
Par Marie Huot

La Revue socialiste n° 31, juillet 1887

 

L’article que nous reproduisons ci-dessous a été transcrit en bibliothèque par Denis Andro à partir du numéro 31 de La Revue socialiste paru en juillet 1887. Le texte original ne comporte pas d’intertitres. Ceux qui apparaissent ont été ajoutés par la rédaction des Cahiers antispécistes. La lecture du texte de Marie Huot peut être utilement complétée par celle de l’article de Denis Andro « Nos frères des règnes inférieurs – Socialisme et cause animale dans les années 1880 ».

La Rédaction.

 

Au nombre des principes que le XIXe siècle s’honorera d’avoir soutenus et affirmés, on doit compter le droit des animaux que la plupart des législations européennes ont consacré, d’une façon implicite, en inscrivant dans nos codes des pénalités contre ceux qui maltraitent les animaux domestiques.

Certes, pour ne parler que de la France, notre loi Grammont est loin de donner satisfaction aux desiderata des groupes zoophiles qui ont entrepris la mission d’enseigner la bienveillance envers les animaux. Et il faut avouer que, sur ce point, aucune garantie sérieuse n’est accordée à ceux qui veulent les protéger d’une façon vraiment morale et efficace.

L’animal, en effet, y est simplement considéré comme une chose en propriété et non comme un individu et comme être sentant. Les cruautés, dont il est trop souvent l’objet, sont assimilées à de simples délits, n’entraînant aucune peine infamante, et la jurisprudence n’en fait pas plus de cas que des infractions aux ordonnances de police.

Il y a là une lacune que l’avenir, nous l’espérons, comblera prochainement par une législation nouvelle plus en harmonie avec les aspirations modernes et plus conforme à l’idéal poursuivi par les socialistes.

Car, il n’y a pas à se dissimuler : un grand mouvement d’opinion qui fait notre consolation s’est déclaré depuis quelque temps en faveur des animaux. Des sociétés zoophiles se sont fondées un peu partout, soit pour propager l’idée de protection, soit pour combattre, par des protestations énergiques, certaines cruautés à prétextes scientifiques que la loi n’atteint pas et qui sont même déclarées légitimes, en vertu de l'intérêt général invoqué, pour les faire absoudre et tolérer.

Parmi ces groupes zoophiles, les antivisectionnistes se sont montrés particulièrement ardents.

ll faut reconnaître, d’ailleurs, que c’est surtout depuis leur campagne vigoureuse contre la vivisection que le droit des animaux a été proclamé à nouveau par la presse et par la parole avec une véhémence et une conviction inconnues jusqu’alors.

C’est parce que je fais partie de l’un de ces groupes, qu’à cette tribune socialiste qui m’est offerte et où nos revendications ont été accueillies avec sympathie, je viens exposer les motifs qui ont poussé nos coreligionnaires à la lutte.

Depuis les travaux de Magendie et de Claude Bernard, une école de savants a surgi, pour étudier spécialement les troubles organiques sur le corps des animaux vivants.

De nombreux disciples de ces maîtres, les uns enthousiastes convaincus, les autres ambitieux vulgaires, ont poussé jusqu’à l’abus cette méthode dite expérimentale et s’en sont fait une recommandation auprès de la Faculté et du public. On les a vus, on les voit malheureusement encore, prodiguant inutilement les victimes dans des démonstrations mille fois répétées, oubliant que, si la science a des droits, la morale, la pitié ont aussi les leurs.

À leur suite, quelques banquistes, avides de réclame, plus charlatans qu’hommes de science n’ont pas craint de transporter sur la place publique le spectacle odieux des tortures et des agonies.

C’est dans les salles même d’un monument de l’État, gracieusement mis à leur disposition par une administration aveugle, que ces derniers osèrent convier le public parisien à venir assister à des expériences in anima vili.

Je m’abstiendrai de narrer ici le scandale qui se produisit à la première séance, laquelle fut heureusement la dernière, grâce à l’intervention d’une personne venue exprès pour interpeller les auteurs de ces exhibitions écœurantes. Or, chose incroyable, le physiologiste qui présidait à ces sanglantes hécatombes était… membre du conseil d’administration de la Société protectrice des animaux ! – Laquelle se garda bien d’infliger le moindre blâme à cet étrange protecteur.

Bien au contraire : foulant aux pieds toute pudeur et tout principe, elle expulsa de son sein la personne qui avait osé protester, coram populo, contre le physiologiste en question.

Dès lors, il devint évident pour tous les protecteurs sincères que la cause zoophile, mal représentée et mal défendue par cette société plus paperassière que militante, ne devrait guère plus compter sur son appui et sur son concours actif.

Indignés de cette défaillance, plusieurs de ses membres donnèrent leur démission et se groupèrent dans le but d’organiser des protestations contre les abus de la vivisection et en général contre toutes les barbaries et les cruautés susceptibles de démoraliser les masses.

Ce fut donc cette phalange de membres démissionnaires de la Société protectrice des animaux qui commença, il y a cinq ans, la croisade antivivisectionniste sous le patronage auguste de Victor Hugo.

« La vivisection est un crime », dit-il à ceux qui venaient lui offrir la présidence d’honneur de la ligue en formation, « l’humanité réprouve ces procédés barbares ».

Prononcés par l’immortel poète dont la lyre avait gémi la sublime élégie du Crapaud, par le penseur habitué à sonder toutes les profondeurs de la conscience, ces paroles consacraient notre lutte, lutte aussi ardue que complexe, à cause des problèmes philosophiques et scientifiques qu’elle soulève. Cependant, le pouvoir d’empêcher le mal nous fut bien mesuré encore. Mais, à mesure que des actes extérieurs, suscités par les événements, ont attiré l’attention, l’examen de nos revendications s’est imposé aux plus indifférents, et la question du droit des animaux est aujourd’hui discutée et prise en considération par la plupart des théoriciens socialistes.

C’est dans le but d’arriver à ce résultat que plusieurs d’entre nous, serviteurs dévoués de la sainte cause de la pitié ont dû accepter un rôle qui a pu paraître parfois excentrique.

La suite est à lire ici.

 

Marie-Huot.jpg

Marie Huot

 

 « Socialisme et cause animale
dans les années 1880 » 
Par Denis Andro

 

L’article de Marie Huot « Le droit des animaux » reproduit dans ce numéro des Cahiers antispécistes est paru dans la Revue socialiste en juillet 1887. Que l’une des principales revues du mouvement social de l’époque accorde une place au thème de la défense des animaux mérite l’attention. Quelques éléments sur ce contexte assez peu connu ainsi que sur l’auteur de l’article, Marie Huot (1846-1930).  

La Revue socialiste est créée par Benoît Malon (1841-1893) en 1880 et, après une interruption, reprise en 1885 comme « foyer où convergeront toutes les idées de réforme et de transformation sociale ». Malon, ancien ouvrier teinturier autodidacte de Puteaux, membre de la Première internationale et journaliste opposant à l’Empire, a été élu de la Commune de Paris puis exilé en Suisse et en Italie. C’est une figure de ce courant socialiste renaissant qui se cherche entre plusieurs tendances (possibilisme, guesdisme) ; il tient compte de l’état concret de la société sans pour autant rejeter l’ensemble des aspirations philosophiques du socialisme utopique. D’autres protagonistes de la Commune – Louise Michel (1830-1905), Félix Piat (1810-1889), ou encore l’ami de jeunesse de Jules Vallès (1832-1885) Arthur Arnould (1833-1895) – ou du socialisme d’inspiration communaliste – dont le collaborateur de la Revue socialiste Louis Dramard (1850-1888) – ont été également engagés, durant cette période, contre la tauromachie ou la vivisection, ou sensibles à ces causes, de même qu’un certain nombre de publicistes et écrivains républicains, socialistes ou anarchistes. Il s’agit bien d’un phénomène collectif, modeste compte tenu des faibles forces du mouvement socialiste, mais significatif dans la mesure où il en touche des acteurs authentiques. Esquissons quelques pistes pour éclairer cette séquence.

 

L’exil et l’exemple de la Suisse

 

Sans doute l’exemple de la Suisse, où beaucoup de fédérés fugitifs ont vécu de longues années d’exil (l’amnistie n’intervient qu’en 1880), ainsi que dans d’autres pays (Italie, Belgique, Angleterre) a-t-il contribué à renforcer leur sensibilité à l’égard des animaux. Arthur Arnould – lui aussi ancien élu de la Commune puis un proche de Bakounine dont il sera l’un des exécuteurs testamentaires – consacre ainsi dans ses souvenirs d’exil plusieurs pages au statut des animaux à Genève :

« Le Genevois a l’amour et le respect des animaux, de même qu’il a l’amour et le respect des arbres […] ».

« Quant aux chevaux, il faut bien les faire travailler, mais par quel comble d’attentions délicates cette cruelle nécessité n’est-elle pas rachetée. D’abord, pas de coups de fouet. Un charretier qui battrait son cheval serait assommé sur place. Aussi jamais de ces spectacles hideux dont les autres pays – et Paris en particulier – sont souvent le théâtre. »

« Le Genevois pousse le respect des droits de l’animal – car n’en déplaise aux ignorants, aux gens religieux et aux sots, l’animal a des droits comme tout ce qui vit – (...) si loin que vous voyez rarement à Genève un oiseau en cage. – “Ah pauvre bête ! il serait mieux en liberté !” » 

La suite est à lire ici.

 

« Sade antispéciste ? »
Par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

 

C’est à lire ici.

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