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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 23:10

 

 

 

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En avril dernier, au moment de la diffusion télévisée du film Chernobyl 4 ever, la chaîne Arte s’était longuement entretenu avec le réalisateur belge Alain de Halleux, auteur de R.A.S. nucléaire : rien à signaler (2009).

C’est une interview que je vous suggère fortement de regarder parce qu’elle est très instructive, que le réalisateur est bien informé (il est diplômé en sciences chimiques nucléaires) et qu’il a un point de vue très politique, ce qui est la moindre des choses lorsqu’il s’agit de mettre les pieds dans le plat. Tchernobyl y est évoqué mais à part égale avec Fukushima et l’industrie nucléaire en Europe et notamment française.

 

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La vidéo en neuf parties débute ici.

 

En voici quelques extraits :

Dans les centrales nucléaires, il n’y a pas assez de prises électriques pour que les ouvriers puissent assurer la maintenance. Lors des arrêts de tranche, autrement dit quand on arrête la centrale pour en faire la maintenance et en changer le combustible, c’est donc la guerre pour trouver du courant… Pendant trois semaines, ces ouvriers sous-traitants se marchent dessus. Entrer en zone contrôlée, c’est-à-dire dans le bâtiment réacteur et les lieux exposés aux radiations, demande des tas de contrôles et de précautions. Aussi quand un ouvrier doit aller à la toilette, cela lui prend au minimum 1 h 30. Impossible, étant donné la pression qui pèse sur lui, d’achever sa tâche en temps voulu. Les centrales nucléaires, lieux où l’on fabrique de l’énergie « propre », ne sentent donc pas très bon. On est loin des mondes magnifiques présentés dans les pubs AREVA ou EDF…

Il faut savoir que le démantèlement des 54 réacteurs français coûtera au bas mot 300 milliards d’euros ! Quelle dette pour nos enfants ! La France a réussi dans les années soiante-dix le tour de force d’établir son parc nucléaire en dix ans. Elle peut envisager de le démanteler sur vingt ans ! Le Président (ou la Présidente) français qui réalisera cette œuvre pourra être considéré comme le meilleur président de tous les temps !

Les ouvriers invisibles du nucléaire surnomment la centrale de Fessenheim la centrale de LA MORT. Le gouvernement français s’apprête à en prolonger la vie alors qu’il s’agit déjà de la plus ancienne centrale française. Elle ne possède qu’un simple dôme contre deux pour les autres centrales. Résultat, en été il fait si chaud que le travail y devient infernal. On est obligé d’arroser le dôme. Les taux de radioactivité y sont plus élevés qu’ailleurs, si bien que les portiques de détection en sortie de zone ont été réglés de façon moins sensible que sur les autres sites. Sinon personne ne pourrait sortir. La centrale émet en plus énormément de particules Alfa très dangereuses. Les ouvriers portent des dosimètres qui ne peuvent mesurer ces rayonnements…

Plus la France exporte son nucléaire, plus elle met en danger sa propre sûreté. En 2008, lorsqu’EDF a acheté British Energy pour 15 milliards d’euros, il a fallu faire des économies sur la maintenance du parc français. Les ouvriers sous-traitants, déjà très mal considérés, ont dû faire des efforts supplémentaires. Lorsqu’EDF ou AREVA construisent une centrale à l’étranger, ils sont obligés de déplacer des ingénieurs de la France vers la Chine ou la Finlande. Or ces ingénieurs opéraient sur le parc français qui a déjà un déficit de deux ingénieurs par réacteur ! Plus la France pousse son cocorico, plus elle se met en danger.

L’Ukraine, qui porte encore le poids de Tchernobyl et qui aura à le porter pendant encore un siècle au minimum, s’apprête à construire 22 nouveaux réacteurs. L’idée est de vendre l’électricité à l’Europe qui hésite à relancer l’atome. Autrement dit, nous sous-traitons les dangers et les responsabilités pour mieux profiter de cette énergie…

À Tchernobyl il a fallu 800 000 liquidateurs pour gérer l’incendie, construire un sarcophage de béton autour du réacteur endommagé et nettoyer un minimum le site. Question : si l’événement se produisait chez nous, qui se porterait « volontaire » sachant ce que les soldats soviétiques ont enduré en 86 ? Or les contrats des pompiers et des militaires ne les obligent pas à intervenir en cas d’accident nucléaire… Si l’on est POUR le nucléaire, il serait logique de s’inscrire comme volontaire par anticipation… amis volontaires, nous vous attendons nombreux !

Lorsque je suis parti tourner sur le site industriel de Tchernobyl pour y évaluer l’avancement des travaux du nouveau dôme, il n’y avait aucun travailleur sur le site. Or j’étais supposé filmer ces travaux. Un responsable a alors donné un coup de fil et 30 minutes plus tard une soixantaine d’ouvriers sont arrivés et ont fait semblant de travailler… Je suis fier d’avoir ainsi participé à faire progresser un peu le nouveau confinement.

Le Japon était le plus grand pays donateur à Tchernobyl. Avec Fukushima, il va cesser d’aider l’Ukraine. La communauté internationale va faire de même, si bien que je prévois que le nouveau confinement ne sera jamais terminé. L’Ukraine va rester seule avec sa poubelle nucléaire qui, telle une épée de Damoclès continue à menacer le Dniepr, le fleuve qui alimente en eau 37 millions d’habitants…

Un sous-traitant me raconte : « On est vendredi midi. En plein arrêt de tranche (c’est-à-dire le moment où l’on arrête le réacteur pour en faire la maintenance et changer le combustible), le chef arrive et nous dit qu’on a 100 soudures à faire pour 17 h. On sait bien que c’est impossible. On le lui dit. Lui, il répond qu’il n’en a rien à foutre et qu’il faut le faire, qu’on n’a pas le choix. Puis il se tire. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Si on n’a pas fini le boulot, on va se faire engueuler car on aura mis en retard toutes les autres équipes qui passent après nous. Alors, y’en a un qui une idée. Et si on faisait tranquillement UNE soudure puis on prend 100 clichés de cette soudure nickel et on leur remet tout ça vers 17h. » La supercherie a été découverte un an plus tard… En attendant, 99 soudures n’ont pas été réparées ! Le système de la sous-traitance et le système socio-économique en général est parfaitement incompatible avec l’atome. Si on veut garder le nucléaire, il n’y a pas d’autre choix que de modifier tout le reste de la société.

Quand on parle de prolonger la vie des centrales, qui s’imagine dans les milieux qui prennent cette grave décision qu’un accident pourrait arriver à cause de petits coussinets de rien du tout ? En effet, les centrales ont été pour la plupart construites dans les années soixante-dix. La technologie a bien changé depuis et certains fournisseurs n’existent plus. Lorsqu’une centrale se met en arrêt d’urgence, comme se fut le cas à Fukushima, des diesels de secours se mettent en route pour approvisionner la centrale en électricité et ainsi faire tourner les pompes de refroidissement. Or, ces diesels sont vétustes (la France doit les changer sur quasiment tout le parc nucléaire). Dans ces moteurs, il y a de petits coussinets indispensables au fonctionnement de l’engin. Le fournisseur n’existe plus, un accident pourrait survenir à cause de petits bouts de caoutchouc…

 

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