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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 22:36

 

 

 

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Rollerball

Norman Jewison, États-Unis, 1975

&

La Course à la mort de l’an 2000

(Death Race 2000)
Paul Bartel, produit par Roger Corman, États-Unis, 1975

 

Au milieu des années soixante-dix, on pensait que la société future serait forcément tenue par une dictature qui, comme dans la Rome antique (Panem et circenses), obtiendrait la paix sociale en offrant des jeux télévisés ultra violents. Là où règnerait le spectacle, la barbarie télévisuelle serait de mise.

 

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Rollerball se complait dans cette vision de la manière la plus dramatique. J’ai aimé ce film dans l’adolescence, certainement pour les scènes du jeu. En le revoyant, il m’est apparu affreusement pesant, Norman Jewison étant un réalisateur tout bonnement chiant.

Pourtant, il y a des aspects intéressants. Ainsi celui très proche de la réalité où dans cette fiction d’un monde unifié, ce sont les entreprises qui gouvernent. Je ne vois guère de différences avec les mutinationales contemporaines qui commandent aux États. Je remarque d’ailleurs que c’est souvent ainsi que l’on se figure l’avenir le plus sombre, par la domination d’une poignée d’entreprises supranationales et leur fusion en une entité régnante.

 

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Quant à la crainte de voir disparaître le savoir livresque du fait de la mainmise de l’informatique et d’une volonté de contrôle absolu, une scène du film l’illustre assez bien. Elle se déroule dans une bibliothèque réservée aux privilégiés du régime et met face-à-face James Caan et un vieil informaticien-bibliothécaire très bavard qui déplore la disparition, d’un coup, de tous les textes du XIIIe siècle !

 

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Contrairement à ce que laisse entendre l’affiche, qui se donne des allures de Mad Max avant la lettre, Death Race 2000 est une pure comédie. L’ironie, la loufoquerie et l’humour noir rapprochent le film de l’univers des Monty Python (le comptage des points) et surtout du bouquin de Jerry Rubin Do It !

Par son esprit libertaire et subversif, cette modeste série B prolonge la geste de la contre-culture américaine des années soixante et en particulier de l’activisme des Yippies.

 

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Le Prix du danger

Yves Boisset, France, 1983

 

Cette fiction d’Yves Boisset est à rapprocher des deux films américains, c’est en tous les cas celle où le rôle de la télévision est le plus présent et sa responsabilité la mieux exploitée comme levier narratif. Vous l’avez sans doute vu à la télévision ou en salles, je reviens brièvement sur l’histoire. Dans une société future rongée par le chômage, une chaîne européenne organise un jeu, « Le Prix du danger », où un candidat doit échapper à cinq poursuivants armés s’il veut remporter un million de dollars.

Là où le film nous semble si proche, c’est par l’extrême cynisme des gens de télévision. Certes, Boisset force le trait, j’allais ajouter comme à son habitude, ce qui est inexact : ses téléfilms (Le Pantalon, L’Affaire Dreyfus) montrent qu’en mettant de côté l’aspect revendicatif qui dominait son cinéma, Boisset a gagné en finesse. Toutefois, on verrait bien certains responsables de TF1, ceux d’Endemol ou des présentateurs-producteurs tenir ce genre de discours. Étienne Mougeotte ne s’est d’ailleurs pas gêné.

Au début des années quatre-vingt, la publicité n’avait pas encore l’importance décisive qu’elle a aujourd’hui. Quant à l’audimat, il est donné dans le film à titre purement indicatif : c’est la preuve que, se trouvant devant son téléviseur, le chômeur ne se préoccupe pas de descendre dans la rue. Nous sommes encore ici dans le vieux schéma de la Rome du pain et des jeux.

En lieu et place des gladiateurs modernes que nous promettaient ces films, en 2001, on a eu Loft Story, et franchement, c’est à vous faire regretter le happy end révolutionnaire de Death Race 2000…

 

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Un peu pour faire le tour de la question, j’ai revu Network de Sidney Lumet (1976) qui n’est pas une œuvre de science-fiction mais qui est constamment cité comme la référence sur la télévision, et c’est vrai ! Non seulement le film dit tout sur le sujet et il le dit bien. L’avance qu’avaient les États-Unis en la matière permettait d’écrire une histoire qu’il nous faudra dix ans pour la comprendre et la vivre avec la privatisation de TF1.

Le scénariste Paddy Chayefsky a, à l’évidence, regardé Death Race, Rollerball et lu tout un tas de romans dans le même genre, ce qui donne, dans une séquence d’anthologie, un discours de Ned Beatty qui annonce un monde futur ayant exactement les caractéristiques que nous venons d’évoquer : disparition des États-nations au profit d’un conglomérat d’entreprises privées qui gouvernent le monde. Chayefsky crée d’intéressantes passerelles entre son histoire qui se veut hyperréaliste et la science-fiction contemporaine.

Il faut dire un mot de cet homme. Trois fois oscarisé (un record ?), dramaturge, romancier, auteur de fictions pour la télévision, il donne au film des pages de dialogues d’une très grande tenue dont les comédiens se délectent (outre Beatty, il y a Peter Finch, Robert Duvall, William Holden et Faye Dunaway). Mort d’un cancer en 1981 à l’âge de 58 ans, il est à noter que son dernier scénario sera celui d’Altered States (Au-delà du réel, 1980) réalisé par Ken Russell, un film qui, dans mon souvenir, se situait aux confins du genre.
Je termine sur une scène particulièrement réjouissante : un groupe de révolutionnaires maoïstes accepte de vendre le récit de ses aventures à la chaîne pour une fiction hebdomadaire ; tous s’empoignent sur les termes du contrat ! C’est digne des Monty Python (je sais, je les cite souvent).

 

Rollerball va bientôt ressortir au cinéma. Je conseille Death Race 2000 qui est plaisant et surtout Network, ce bijou d’intelligence.

Bandes-annonces :  Rollerball (vo), Death Race 2000 (vo), Le Prix du danger (long extrait), Network (vo).

Retrouvez « Sur quelques films d’anticipation et de science-fiction » ici et .

 

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