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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 14:00

 

 




La vente de la collection de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent agite les médias français. La Chine n’est pas en reste qui s’émeut de la présence dans le catalogue de deux bronzes qui lui ont été volés pendant la seconde guerre de l’opium en 1860, lors du sac du Palais d’été par les troupes franco-britanniques. Les autorités, par la voie du ministère des affaires étrangères, exigent le retour des deux sculptures, une association d’avocats chinois tente de faire annuler la vente – un coup d’épée dans l’eau. Le nationalisme s’exacerbe dès lors que l’on évoque cette période de l’histoire de la Chine moderne.

 

Récemment, le journal de TF1 diffusait un reportage filmé sur le site de l’ancien Palais d’été ; le conservateur du lieu fondait en larmes à l’évocation de cet épisode. Mais que dire alors de la destruction de Pékin, opération qui se poursuit quotidiennement et qui n’est pas, à ce que je sache, le fait de soudards avinés ? Et comment qualifier la politique de la Chine en matière de patrimoine culturel et artistique ? 

 

La présence dans les collections privées ou les musées nationaux d’œuvres d’art volées est un problème connu ; toutefois, l’histoire présente se pimente d’une dimension politique que les Chinois se gardent bien d’évoquer. Pierre Bergé est un ardent défenseur de la cause démocratique en Chine. Après la violente répression des manifestations de la place Tiananmen en 1989, il a ouvert à Paris la Maison de la démocratie chinoise pour venir en aide aux réfugiés politiques.

 

La question du retour de ces pièces dans leur pays d’origine s’est accompagnée d’une exigence en forme de défi : l’instauration de la démocratie en Chine. « Je ne ferai pas de cadeau aux Chinois contrairement à ce qu’ils imaginent. Je suis prêt à donner ces têtes chinoises à la Chine s’ils sont prêts à reconnaître les droits de l’Homme » (P. Bergé sur France Inter).

 

Plus personne n’ose s’exprimer ainsi ! Tout le monde craint de mécontenter les autorités chinoises et de perdre des parts de marchés. Bergé fait preuve-là d’un courage que n’ont pas les dirigeants politiques européens. On fait mine que la marchandise a avantageusement remplacé le politique, que la question de la démocratie en Chine est obsolète, et c’est un patron qui vient rappeler que le débat est loin d’être clos ! Honte aux intellectuels !

 

Le journaliste Pierre Haski, longtemps en poste à Pékin, a pris à partie Bergé en lui reprochant d’évoquer la question des droits de l’homme sans rien dire des conditions dans lesquelles les deux sculptures avaient été volées, et de citer longuement le fameux texte de Victor Hugo sur le sac du Palais d’été. Haski est gonflé : s’il y a un type qui n’a jamais transigé sur ces questions, c’est bien Bergé, et lui faire la leçon sur la démocratie est foutrement déplacé !

 

C’est précisément cet engagement que les autorités chinoises reprochent à Pierre Bergé, et non la vente de ces œuvres d’art – il s’en vend toute l’année dans le monde entier et rien n’empêche, par exemple, le groupe chinois Poly, d’anciens marchands d’armes, de s’en porter acquéreur, comme ils l’ont fait pour les autres sculptures de cette fontaine.



 

 
 

Ne nous abusons pas sur les intentions patriotiques des Chinois : ce qui est visé dans cette campagne anti-Bergé, c’est le souvenir de Tiananmen, toujours vif, vingt ans après.

 

Il n’est pas inutile de préciser pour conclure que l’hostilité du gouvernement chinois à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de la France, qui sévit depuis plusieurs mois, a amplifié et certainement aggravé ce différend.  

 

Enfin, et pour que ce soit parfaitement clair, je ne dis pas qu’il faut que les Chinois connaissent une démocratie digne de la nôtre. Nous ne vivons pas en démocratie et l’ersatz qui porte ce nom s’effrite tous les jours davantage, au point que l’on en vient à se demander si le modèle de certains dirigeants européens (Sarkozy, Berlusconi) ne serait pas plutôt le régime autocratique… chinois ! Le maintien en détention de Julien Coupat révèle les limites mêmes de la liberté d’expression en France aujourd’hui. Et cette situation est malheureusement à rapprocher de celle des contestataires emprisonnés en Chine.

 

 

 

Pierre Bergé : « les têtes chinoises contre les droits de l’Homme »
Par Dominique Ageorges (AFP), 21 février 2009.
http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=10530


La « vente du siècle » de Bergé attise le nationalisme en Chine
Par Pierre Haski (Chinatown/Rue 89), 23 février 2009.
http://www.rue89.com/chinatown/2009/02/22/berge-et-sa-vente-du-siecle-attisent-le-nationalisme-chinois


Le pillage des têtes de bronze, une plaie dans la mémoire chinoise (sujet diffusé sur TF1)
Par Lily Eclimont, Manuel Rambaud, Wu Hannuo, le 24 février 2009.
http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=10550

 

 

La première photographie vient de l’agence Reuters, elle est en ligne sur Liberation.frLa seconde a été récupérée sur le site du Quotidien du peuple en français (une saine lecture !).




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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 12:48










http://lambert.over-blog.org/






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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 08:51

 




 
 

Pour l’hôtel Lambert, faites encore un effort,
Monsieur l’architecte en chef !

Par Claude Mignot


 

Le 18 décembre 2008, la commission du Vieux Paris alertait l’opinion sur la dénaturation importante que subirait l’hôtel Lambert, l’un des grands chefs-d’oeuvre de l’architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de « réhabilitation » élaboré par l’architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n’était pas profondément amendé. L’affaire de l’hôtel Lambert, dont Le Monde s’est plusieurs fois fait l’écho, commençait.

 

Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu’aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l’architecte.


Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.


Il est assez ahurissant qu’un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin « suspendu » du « Paris Grand Siècle » pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.


Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l’hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l’île Saint-Louis ; d’autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l’authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.


Une seule solution est correcte d’un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.


Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l’étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d’extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble « cabinet » de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l’architecte reconnaissait l’écueil, « concession faite au propriétaire », qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.


On attendait plutôt qu’il trouve la bonne passe pour l’éviter… derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d’origine, l’ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d’origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l’art et Paris, qu’on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu’on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d’un ascenseur s’arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n’étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu’on viendrait à découvrir.


Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l’architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l’objet d’accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l’histoire.


Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l’hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu’en 1976, opère une importante restauration avant d’accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?


Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s’appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n’est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d’autant que l’opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l’atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.


En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n’y mettent pas leur veto, c’est tout cet appartement néogothique, y compris l’escalier qui y mène, que s’apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu’on en a dit jusqu’ici.


Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d’opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l’architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu’il y a quelques semaines ni spécialiste d’architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.


Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l’emportera et que l’hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


 

Claude Mignot est professeur d’histoire de l’art et de l’architecture à l’université de Paris-Sorbonne, membre de la commission du Vieux Paris.


http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/23/pour-l-hotel-lambert-faites-encore-un-effort-monsieur-l-architecte-en-chef-par-claude-mignot_1159186_3232.html#xtor=EPR-32280156




F. Contet, Les Vieux Hôtels de Paris. 

 

 

J’ajoute qu’il y a à peine plus de 1 000 signatures à la pétition. C’est peu pour défendre un tel bâtiment. Je redonne le lien, http://lambert.over-blog.org/

 

 

 

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 06:51








En dehors de quelques pièces d’artillerie de la seconde moitié du XIXe siècle, je n’ai eu le temps que de voir les armes et appareils du siècle dernier. Ce qui m’a été donné de visiter, et je ne veux pas dissuader les amateurs en disant cela, est très loin du niveau de ce que présente le musée de l’armée aux Invalides. En revanche, il y a un historique des guerres révolutionnaires de Mao qui m’a semblé très complet et s’étend sur deux étages. C’est, certes, de la propagande (grand retour de l’académisme pictural et du genre historique), mais c’est aussi très détaillé et forcément intéressant pour ceux qui connaissent la question (et le chinois).


Appréciez au passage l’architecture stalinienne du bâtiment et sa statuaire, ainsi que cette audace qui consiste à dessiner la partie centrale du musée, la plus prestigieuse, celle qui contient les missiles, sous la forme d’une nef d’inspiration gothique ! La grosse bagnole noire est un cadeau de Staline à Mao. La maquette montre comment harceler les troupes japonaises avec les techniques de guerilla. Taking Tiger Montain by Strategy.

 


 


























Photos prises le 22 février 2009.


 

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 14:03


 

 

Le Temple du Dieu de la Cité

 






 















Comme les greniers de la dynastie Ming visibles ci-dessous, l’architecture ancienne de Pékin est très souvent noyée parmi les buildings qui l’entourent.

Qu’ajouter de plus ?




 

 




Photos prises les 20 et 22 février 2009.

 

 

 

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 12:55

 

 

Il existe un document exceptionnel sur YouTube, un plan de plus de six minutes montrant Ivan Chtcheglov lisant un texte. Ce sont, à ma connaissance, les seules images animées et l’unique document sonore que nous possédons de l’auteur du Formulaire pour un urbanisme nouveau.

 

« Il faut construire l’hacienda. »




 
 

 

 

www.youtube.com/watch?v=kEVOzj6CzKQ



 

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 04:56


 

Chez l’éditeur IMHO,
la collection « Radicaux libres »
dirigée par Armand Farrachi

   

Une présentation des premiers textes de la collection que dirige Armand Farrachi aux Éditions IMHO.

   

Notre patience est à bout
1792-1793, les écrits des Enragé(e)s

 

Présenté par Claude Guillon
174 pages, 15 euros
(2009)

   

En 1792-93, ceux qu’on appelait les Enragés, la frange la plus radicale de la Révolution française, entendaient poursuivre la Révolution à laquelle modérés et Jacobins rêvaient de mettre un terme. À Paris et à Lyon, dans les sociétés populaires, les clubs, les émeutes, ils et elles ont laissé des brochures, des discours, des journaux, un bouillonnement d’idées et de pratiques : démocratie directe, droit de tous aux produits de base, résistance à la dictature du commerce, pleine citoyenneté des femmes, sanctions contre les spéculateurs et les « agioteurs »… Ces questions, qui restent d’une brûlante actualité, continuent de nourrir notre réflexion et notre impatience.

   

Claude Guillon, écrivain et essayiste, spécialiste des Enragés, a publié une quinzaine d’ouvrages dont, récemment Le Droit à la mort (Hors commerce) et Je chante le corps critique (H&O).

  

Avant-propos

   

Une révolution à faire...


De la Révolution, Théophile Leclerc écrit en août 1793 : « Un de mes articles de foi est que la nôtre n’est qu’à moitié faite [1]. »


Comme le curé Jacques Roux, comme Jean-François Varlet et ces militantes de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires, Pauline Léon et Claire Lacombe, Leclerc fait partie du courant dit des Enragés, auquel s’intéresse le présent ouvrage. À Lyon, où Leclerc est passé, on les appelle les « Châliers », du nom du jacobin radical Joseph Châlier [2].


Ils et elles pensent, comme Saint-Just, que « ceux qui ont fait une révolution à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau Saint-Just Louis Antoine de (1767-1794), Rapport sur les personnes incarcérées présenté à la Convention au nom des Comités de salut public et de sûreté générale, le 26 février 1794 (8 ventôse an II). ]] ». Mais contrairement à Saint-Just, ils vivent dans le peuple, militent dans les sections et les clubs et se battent physiquement - notamment les femmes ! - à l’occasion des journées insurrectionnelles.


C’est d’abord pour les dénigrer que leurs adversaires qualifient d’Enragés ces militantes et militants qui réclament dans le cours de la Révolution française des mesures sociales et économiques énergiques. Il s’agit d’hommes et de femmes jeunes (le plus âgé, Roux, a 40 ans) qui entendent aller jusqu’au bout de ce qu’ils estiment être la logique même de la révolution, et veulent la conduire au-delà des limites que lui assigne la bourgeoisie. Dès 1791, Barnave, par exemple, souhaite « achever la Révolution » par une monarchie discrètement constitutionnelle, tandis que les Montagnards Robespierre ou Marat se méfient des « excès » démocratiques des sans-culottes.


En 1793, sous l’effet d’une aggravation de la crise économique, de la disette, et de la détérioration de leurs conditions de vie, les sans-culottes se plaignent à Jacques-René Hébert, le rédacteur des Grandes colères du Père Duchesne : « Notre patience est à bout. Nous sommes sans cesse trahis par ceux que nous regardions comme nos meilleurs amis [...]. On nous vole, on nous pille comme par le passé ; nous n’avons plus ni argent ni subsistances. [...] Qu’avons-nous gagné à la révolution [3] ? »


Répondant à ces préoccupations, les Enragés se font les interprètes des sans-culottes et exigent des mesures radicales : punition des accapareurs [4], réquisition et taxation des denrées de base [5], démocratie directe [6], armement des femmes... Et c’est bien sous la pression des Enragés et du mouvement populaire que la Convention adopte ses mesures les plus audacieuses : maximum des grains, greniers d’abondance, loi des suspects, répression de l’agiotage... Leur apport n’est pourtant que rarement estimé à sa juste valeur pour des raisons - idéologiques -que nous évoquerons plus loin.


Tandis qu’hélas, on ne semble pas vouloir cesser de nous embêter, pour reprendre un terme bien expressif créé par le même Hébert [7], profitons du loisir qui nous est donné de (re)lire ces devanciers en libre radicalité. Il y a dans les textes qu’ont laissés un employé de la poste, une ménagère, un curé de campagne, un marchand de draps et une jeune chocolatière, de quoi nourrir notre réflexion, et notre impatience.


« Enragés » ?
 

Le terme « enragés » semble, au-delà du sens premier (atteints de la rage), appartenir d’abord au vocabulaire équestre. Les enragés, explique Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, dont la publication des douze volumes s’achève en 1788, sont des chevaux maigres mais rapides : ils vont de Paris à Versailles et en reviennent en trois heures de temps (t. IX, chap. 675).


Cependant, le mot passe dans le vocabulaire politique, avec un sens proche de celui que nous lui connaissons, au moins dès 1792. Le Patriote français, du girondin Brissot [8], publie un texte « sur les trois partis qui divisent ceux qui soutiennent la constitution », à savoir, enragés, patriotes et modérés. Après avoir assuré - en 1792, c’est un mensonge - qu’il n’existe pas de faction républicaine, même chez les enragés, l’auteur poursuit : « Le caractère de ces enragés est de porter à l’excès leur doctrine populaire ; ils ne reconnaissent intérieurement que la déclaration des droits [...], quoiqu’en apparence ils soutiennent la constitution. [...] Ils ne parlent que de la souveraineté du peuple, ils voudraient à chaque instant la mettre en pratique, parce qu’ils espéreraient dominer par ce moyen. [...] Enragé. - Faux ami du peuple, ennemi de la constitution [9]. »


En juin 1793, l’observateur de police Dutard confirme, dans l’un de ses rapports, l’usage politique du terme en l’associant au peuple des faubourgs : « Les sans-culottes et les enragés ne parlent de rien moins que de dépouiller les riches » (Markov, 1970, p. 234).


J’aborderai d’abord, dans un premier chapitre, le rôle des Enragés tel qu’il a été apprécié par les historiens de la Révolution française, en fonction de leurs propres engagements politiques. Je rappellerai le contexte de leur action et l’état des forces politiques qui souhaitaient mettre un terme au processus révolutionnaire, dès 1791, avant même la Première République. J’exposerai ensuite en quoi ce souhait se prolonge aujourd’hui dans la théorie de la « fin de l’histoire », à laquelle j’oppose le maintien d’une perspective révolutionnaire. Les textes révolutionnaires sont présentés dans trois chapitres : Démocratie directe et mandat impératif (chap. 2) ; Pauvreté, vie chère et subsistances (chap. 3) ; « Sans être féministe... » La lutte des femmes pour leurs droits (chap. 4).


J’ai essayé de présenter chacun des sujets retenus de manière à éclairer les textes d’époque, ceux-ci venant illustrer l’origine et la continuité de questions politiques et sociales fondamentales.


Selon les sujets et la documentation disponible, j’ai choisi de publier soit l’intégralité de certains textes, soit une collection d’extraits (d’un journal par exemple). Les textes in extenso, abordent presque toujours plusieurs sujets ; leur classement dans tel ou tel chapitre est donc nécessairement arbitraire.


Les dimensions modestes de cet ouvrage interdisaient toute prétention d’exhaustivité. Le lecteur voudra bien y voir d’abord une protestation devant les Enragé(e)s du présent et du futur - son ton est donné par le titre choisi [10] : Notre patience est à bout -, et aussi une introduction à des lectures révolutionnaires, dont j’espère avoir suggéré l’actualité. C’est pourquoi je mets à disposition, c’est l’objet des deux annexes, outre des notices biographiques succinctes sur les militants dont les textes sont reproduits, des pistes bibliographiques aussi complètes que possible.

 

[1] L’Ami du peuple, par Leclerc, n° IX, 8 août 1793.

[2] Châlier Joseph (1747-1793) également orthographié Chalier, militant jacobin exécuté par les insurgés antijacobins. Hidins, dont on trouvera au chap. 2 le texte intitulé Au Genre humain était l’un de ses proches. L’historien Walter Markov écrit que « Leclerc a été à Lyon à l’école de Chalier » (Markov, 1958, p. 169).

[3] La Grande colère du Père Duchesne, n° 233, p. 5, in Hébert Jacques-René, Le Père Duchesne, réédition EDHIS (présentation d’A. Soboul), 1969, t. VII. Hébert met en scène, comme les autres publicistes révolutionnaires, les réactions populaires ; elles ne sont pas ignorées du pouvoir auquel les observateurs de police rendent compte des mouvements d’une « opinion publique », qui s’exprime dans les files d’attente devant les commerces d’alimentation.

[4] Les « accapareurs » stockaient les marchandises pour en augmenter la rareté et donc le prix puis les revendre au moment opportun à un taux plus avantageux ou au marché noir. Les « agioteurs » achetaient des biens nationaux très sous-estimés.

[5] Principalement les « grains », le blé pour le pain, l’orge pour les chevaux, mais aussi le sucre ou le savon.

[6] C’est-à-dire sans délégation de pouvoir échappant au contrôle direct des citoyens.

[7] « On nous embêtait avec de grands mots », écrit-il (n° 169), ou bien « Les calotins embêtent les sots » (exorde du n° 307). Dérivé de bête (faire la bête), embêter signifiera plus tard : causer une contrariété ou des ennuis à quelqu’un. Le Dictionnaire historique de la langue française note que le verbe « a pour intensif familier emmerder ».

[8] Brissot Jacques Pierre (1754-1793), journaliste embastillé, il animera le courant républicain mais se liera aux Girondins et défendra des positions conservatrices anti-jacobines et anti-montagnardes ; un des nombreux révolutionnaires passé du jacobinisme à la réaction par peur du mouvement populaire ; considéré comme un chef de la Gironde, il est guillotiné en octobre 1793. Le Patriote français, n° 1004, 10 mai 1792, pp. 523-524.

[9] Le Patriote français, n° 1004, 10 mai 1792, pp. 523-524. Dans l’introduction à l’édition de 1832 des Mémoires de Brissot, ce texte est attribué au girondin Achille Duchâtelet, qui l’aurait rédigé en 1791.

[10] Par le directeur de la collection, Armand Farrachi.

 

 

Table des matières


Avant-propos

Chapitre 1. ÉCRIRE L’HISTOIRE, CONTINUER LA RÉVOLUTION

Chapitre 2. DÉMOCRATIE DIRECTE ET MANDAT IMPÉRATIF

Chapitre 3. PAUVRETÉ, VIE CHÈRE ET SUBSISTANCES

Chapitre 4. « SANS ÊTRE FÉMINISTE »... LA LUTTE DES FEMMES POUR LEURS DROITS

Conclusion

 

Annexe 1. REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Annexe 2. BIBLIOGRAPHIE


Liste des notices biographiques

DUBREUIL (citoyenne)

HIDINS Philippe Auguste (dit Rousseau)

LACOMBE Claire

LECLERC Jean Théophile Victoire, dit LECLERC D’OZE

LÉON Anne Pauline

ROUX Jacques

VARLET Jean-François

 

 

 

Pour en finir avec la chasse
La mort-loisir, un mal français


Par Gérard Charollois
(2009)

   

Les chasseurs français, organisés par un dispositif de 1941, ont élevé dans la République une citadelle mûrée dans ses traditions. Ils verrouillent l’appareil d’Etat, tiennent les instances territoriales, contrôlent les organismes de gestion, disposent d’un parti politique, d’un organisme de lobbying, de fonds publics. Ils ont ainsi constitué une véritable cynégécratie et entendent régner sans partage ni contrôle dans le seul but de détruire pour le plaisir une faune sauvage qui n’appartient à personne. Cette intransigeance, développe une radicalité contraire et permet d’entrevoir l’abolition de toute forme de chasse en Europe. Ce plaidoyer pour la réconciliation de l’homme et de la nature est aussi un réquisitoire contre les scandales de la chasse à la française.

   

Gérard Charollois est juriste de profession. Engagé depuis sa jeunesse dans les associations de protection de la nature et de la faune sauvage, il a mené de nombreuses luttes victorieuses devant les tribunaux administratifs, le Conseil d’État ou la Cour de Justice européenne contre les dates de chasse, le classement des animaux nuisibles, les chasses dites traditionnelles ou la loi Verdeille, mais aussi contre les circuits automobiles dans les parcs nationaux ou contre les sports cruels (corrida). Pour cette raison, il est devenu la bête noire des chasseurs qui l’ont pendu en effigie, insulté et traîné devant les tribunaux, sans le faire taire. Disciple de Théodore Monod, ayant accepté des responsabilités dans plusieurs associations écologistes, fondateur de la Convention Vie et Nature pour une écologie radicale afin de défendre une conception éthique de l’écologie, son réquisitoire contre la chasse est aussi un plaidoyer pour la réconciliation de l’homme et de la nature.

 


Après avoir précisé que la chasse dont traite ce livre est la chasse-loisir pratiquée en France et non la chasse de subsistance des peuples traditionnels, l’auteur, faits et chiffres à l’appui, revient sur certaines idées  fausses diffusées par la propagande cynégétique : la chasse n’est pas « une conquête de 89 », les chasseurs ne « gèrent » pas la faune sauvage, les « lâchers » ne règlent rien, bien au contraire, etc.

La législation actuelle de la chasse repose sur la dérogation et sur la tolérance, non sur le droit républicain. La chasse est le seul loisir enraciné si profondément dans nos institutions et dans notre histoire qu’attaquer la chasse c’est attaquer l’Etat. Ceux qui sont gênés par l’activité des chasseurs autour de chez eux trouveront aussi des conseils pratiques pour les éloigner.
 

G. Charollois explique en détail les combats qui ont opposé les écologistes et les chasseurs et dont il a souvent été l’instigateur : dates de chasse, oiseaux migrateurs, chasses traditionnelles, chasse à courre, grands prédateurs, animaux dits nuisibles…                 

À la question posée par les chasseurs : « Quel mal faisons-nous ? », il répond qu’ils se livrent d’abord à une agression écologique (33% des espèces disparues l’ont été par fait de chasse, pollution au plomb…), à une perversion du système démocratique (lobbying, verrouillage du débat démocratique, contrôle des organismes de surveillance et de gestion, création du parti infra-communautaire CPNT…), qu’ils posent un problème de sécurité (accidents de chasse, agressions…), mais surtout qu’ils violent une règle éthique en tuant pour le plaisir des animaux inoffensifs.
 

C’est pourquoi une abolition pure et simple de toute forme de chasse peut être envisagée, même de façon progressive. La chasse est interdite dans plusieurs pays qui entendent protéger leur faune (Inde, Kenya…) Elle aurait d’importantes conséquences qui seraient aussi des causes de suppression de la chasse : restauration des équilibres naturels, suppression du Sénat, proportionnalité des courants de pensée, autorité supranationale pour la protection de la nature…
                 

Gérard Charollois  réfléchit pour finir sur le sens son engagement personnel.
            

On trouvera en annexes d’importants documents : une anthologie des écrivains et penseurs contre la chasse, le décret de 1941 portant création des fédérations, le rapport de la cour des comptes, le classement des espèces animales, les principales infractions.
           

Ce livre engagé par ses prises de position est aussi un ouvrage de référence, qui fait le point sur une question trop souvent jugée accessoire. Les nombreux faits et renseignements qu’il contient le rendent indispensable à tous ceux que cette question intéresse ou passionne.

 


À paraître :

Face au monstre mécanique
Brève histoire des résistances à la technique

Par François Jarrige 

   

Tant que la culture ou l’éthique pouvait en imposer à l’économie, le pouvoir des machines est resté marginal, qu’il s’agisse au Moyen-Age de la scie hydraulique, de l’arbalète ou de la roue en Amérique précolombienne.


Au XIXème siècle, la lutte contre les machines atteint son paroxysme avec la destruction des métiers textiles. A force de répression, le pouvoir de l’économie a imposé dans le sang le règne de l’efficacité mécanique, le règne des machines contre celui des hommes. Depuis, l’expansion des machines s’est accompagnée de multiples résistances au sein de groupes sociaux ou de courants intellectuels. Cet essai historique entend analyser le phénomène en montrant comment chaque étape du développement de la techno-science a suscité des opposition physiques ou verbales.

 

François Jarrige, enseignant à l’Université d’Angers a soutenu en 2007 une thèse d’histoire : Les bris de machines et la genèse de la société industrielle. Il a collaboré à Les luddites, bris de machines, économie, politique et histoire (éditions ERE).

 

 

Je signale enfin l’ouvrage d’Armand Farrachi paru en 2008 chez le même éditeur, mais pas dans sa collection.


L’Adieu au tigre


« Quelque chose va mourir, qui méritait d’être défendu »... La disparition du tigre, espèce condamnée, confirme que la nature est à l’agonie. Écrire encore des romans dans un monde qui meurt, n’est-ce pas « chanter tandis que Rome brûle » ? Entre colère et désespoir, L’Adieu au tigre n’est pas seulement une tentative de roman à la poursuite d’un animal déjà presque mythique, mais aussi un essai documenté sur une extinction, un récit de voyage dans une Inde qui perd ses vaches, ses tigres et son identité, une imprécation misanthropique, le souvenir d’une enfance entre les mots et les images, la chronique de la fin d’un monde. L’Adieu au tigre, est-ce la forme absolue de l’adieu ?

 

Armand Farrachi a publié des romans (La Dislocation, Stock, 1974, Descendance, Stock, 1982, Sermons aux pourceaux, Zulma, 1997, Aux Yeux des morts, Exils, 2002, Bach dernière fugue, Gallimard 2004), des essais littéraires (La Part du silence, Barrault, 1984, Rousseau ou l’état sauvage, PUF, 1997), ou des pamphlets dans le domaine de l’écologie politique (Les Ennemis de la Terre, Exils, 1999, Les Poules préfèrent les cages, Albin Michel, 2000, Petit Lexique d’optimisme officiel, Fayard, 2007). Il tente dans L’Adieu au tigre une synthèse des genres et des styles en s’impliquant personnellement.


J’ajoute à cette note l’essai cosigné avec Geneviève Barbier, La Société cancérigène, Lutte-t-on vraiment contre le cancer ? reparu en poche en 2007.

   



Par ailleurs, Imho, maison créée en 2003, publie de la bande dessinée, de la littérature, des sciences humaines et plusieurs ouvrages consacrés à l’œuvre de Tsurisaki Kiyotaka.


Site de l’éditeur :
www.imho.fr


Éditions IMHO
10, rue Oberkampf
75011 Paris, France
Tél. : 01 56 98 13 43
Fax : 01 56 98 13 43

 

Je vous tiendrais, bien entendu, informé des prochaines publications de la collection.

 

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:09


 

 

Mise au point 
Par le Comité invisible


Tract à télécharger sur
http://www.bloom0101.org/

 

 

Tous Coupat tous coupables
Par Alain Brossat

 

La campagne qui s’est développée en faveur des inculpés de Tarnac est portée par un si vif et si constant désir d’innocence, de si persistantes références à la légalité, à l’inoffensive innocence des inculpés qu’il apparaît très distinctement que, pour l’essentiel, le référent démocratique indistinct continue à obscurcir la perception du présent politique de ceux qui s’y trouvent mobilisés.


Ce qui est ici en question n’est évidemment pas la nécessité impérieuse que s’organise une solidarité sans faille avec les inculpés de Tarnac, et que celle-ci soit aussi puissante et déterminée que possible. La question est plutôt que cette solidarité s’est déployée sur une ligne de pente dont le propre est qu’elle ensevelit sous l’épaisse couche de cendres d’une police sentimentale et « démocratique » tout ce qui pouvait constituer le venin, le ferment de radicalité de L’Insurrection qui vient, avec son appel à se mettre « en route ». Le rassemblement informe et sans bords qui s’est constitué en faveur des inculpés (et dont, répétons-le, la volte-face des journaux a donné le signal et en quelque sorte défini les conditions) n’est pas sans rappeler le consensus anomique, propre à la « démocratie du public » brocardé par des auteurs comme Rancière et Badiou ; il s’étend maintenant jusqu’aux dirigeants du parti socialiste, voire du Modem et, inclut bien sûr, le télégénique Besancenot ; mais c’est un rassemblement qui se tient aux antipodes de ce que s’efforçait de présenter L’Insurrection qui vient et la décision d’y faire jouer en acte le motif de la communauté.

 

Texte en téléchargement gratuit (Pdf 236 Ko, 16 pages A4)
http://www.editions-lignes.com/TOUS-COUPAT-TOUS-COUPABLES.html

 

 

« De Tarnac à Tchernobyl en passant par Wall Street »
Par Frédéric Neyrat

 

Crise, être plongé dans la crise, sortir de la crise… Le minimum conceptuel consisterait aujourd’hui à mettre en crise le concept de crise, à décider de ne plus l’employer. Véritable signifiant bouche-trou, il dit moins et plus qu’il ne faut, comme dans le cas de la dite « crise financière ».


Il dit trop peu parce qu’il atténue la gravité des événements qu’il est censé décrire: nous ne traversons pas une « crise du capitalisme », mais un effondrement annoncé de notre mode de subsistance. Nos manières de vivre et de continuer à vivre. Cet effondrement programmé dépasse largement la question du mode de subsistance de la sphère financière et engage l’économie tout entière dans ses rapports aux matières premières, aux territoires, aux habitations, aux énergies et à la nourriture, autrement dit à l’écologie globale.


L’écologie physique et psychique du Globe, de l’Hydroglobe aux flux interconnectés, à la communication panique, épidermique, virale et virulente. Quand la totalité d’un monde et des manières d’être qui s’y rapportent est sollicitée par des événements susceptibles d’y inscrire une solution de continuité, ce n’est pas de crise qu’il faut parler, mais de catastrophes. De catastrophes en cours.


Pourtant le terme de crise dit aussi plus qu’il ne faut. Il semble dire que quelque chose serait vraiment sur le point de changer, engageant dès lors son sens étymologique (la krisis comme « jugement », « décision »). Or cela fait bientôt un demi-siècle que se met progressivement en place une nouvelle forme de « gouvernementalité », de « rationalité politique » précisément axée sur la questions des risques et des crises. Depuis la fin du siècle dernier, cette nouvelle gouvernementalité a désormais intégré la gestion des catastrophes, des phénomènes extrêmes – climatiques, épidémiques, « terroristes », etc. - comme une donnée régulière.


L’exceptionnel n’est pas seulement devenu la norme, comme on le répète aujourd’hui de façon somnambulique après Walter Benjamin, car les normes et les exceptions de naguère ont laissé la place à un Dispositif inédit, qui les reconfigure profondément. On peut nommer biopolitique des catastrophes la gouvernementalité qui, bien au-delà de la question « néo-libérale » des risques, fait de la catastrophe le point à partir duquel s’agence l’ordre politique, le nouveau nomos global. Pour exemple, la National Security and Homeland Security Presidential Directive promulguée en mai 2007 aux U.S.A., qui suspendrait le gouvernement constitutionnel en installant des pouvoirs dictatoriaux étendus sous loi martiale dans le cas d’une « urgence catastrophique » — soit, dit la directive, n’importe quel « incident » pouvant « affecter la population, l’infrastructure, l’environnement, l’économie ou les fonctions gouvernementales des U.S.A. ». Reste dès lors à relier biopolitique des catastrophes et solution de continuité, installation du nouveau nomos et abolition d’un mode de subsistance.


Voici notre hypothèse : de nombreux chefs de gouvernements, instances internationales et experts déclarés ont aujourd’hui clairement accepté l’idée de l’irréparable, changements climatiques, guerres de l’eau à venir, l’augmentation irrésistible des exils écologiques et économiques, etc. Un nouveau partage et une nouvelle distribution – un nomos donc – sont en cours. Ce sont des programmes d’adaptation aux bouleversements anticipés qui s’installent sous nos yeux. Et c’est dans ce cadre qu’il faut désormais penser la mise en place des lois et des structures dites « anti-terroristes » : leur fonction est d’agencer la surveillance, le contrôle, l’emprisonnement des populations sous condition catastrophique, qu’ils soient de lointains exilés ou des affamés de l’intérieur (ces deux catégories étant superposables et réversibles : dans un monde globalisé, comme sur un ruban de Mobius, tout élément intérieur est en même temps un élément extérieur).


La visée du nomos global est de tenter de retrancher des groupes privilégiés du « reste » des populations, de créer des poches d’immunité, une Green Zone comme en Irak. Pourtant, à la fin, il faut quitter l’Irak, Obama va le faire, et l’on pense d’ores et déjà à quitter la Terre – mais ce sera nettement plus difficile. Car on sait bien que la biopolitique des catastrophes est condamnée à l’échec, que l’adaptation sera désastreuse, qu’aucune « classe » ne s’en sortira et que les velléités de désobéissance sont désormais monnaie courante, au point de rendre tendanciellement impossible tout contrôle efficace. Mais règne, hélas, l’antinomie du jugement immunologique: d’un côté je sais que je fais complètement partie du monde, de l’Hydroglobe, du Flux intégral et des comportements mimétiques qu’il génère ; de l’autre je crois m’en excepter, « il ne m’arrivera rien, je suis en sécurité », je vote pour Sarkozy.


Les gens de Tarnac auront ainsi expérimenté à leur corps défendant l’un des aspects de ce nouveau nomos. Ils ne seront pas les derniers. Tant que l’on continuera à simplement rabattre les lois anti-terroristes sur des lois répressives, liberticides, policières sans comprendre la nouvelle fonction de la police, on restera incapable de les combattre. Ce qu’il faut combattre est la Condition Catastrophe. A la fois les origines des désastres économiques et écologiques, leurs réponses gouvernementales, et le clivage immunologique qui rapporte inconsciemment les unes aux autres. De fait, c’est la même chose. Les Grenelle de l’Environnement, c’est Tchernobyl. Le capitalisme vert, c’est la famine. Les lois anti-terroristes, c’est la liberté sur les dents.

 

Frédéric Neyrat, philosophe, est l’auteur de Biopolitique des catastrophes (MF 2008), L’Indemne : Heidegger et la destruction du monde (Sens et Tonka 2008), Surexposés : le monde, le capital, la Terre (Lignes Manifestes 2005).

 

Publié sur le blog « 24 heures Philo » de Libération en ligne
http://philosophie.blogs.liberation.fr/noudelmann/2009/01/de-tarnac-tcher.html




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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:00




Février









 

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Published by shige - dans Autoportraits
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 06:39


 

CAFA Art Museum

 

Les autorités éprouvant des difficultés grandissantes à contrôler Internet, elles enchaînent ces temps-ci les campagnes d’éradication de la « pornographie », c’est-à-dire du politique. Leur fureur entraîne tout sur son passage, rendant la navigation de plus en plus délicate et incompréhensible. Je cherchais l’adresse électronique de ce musée très beau, dont j’ai montré des photos ici, pour connaître les dates des expositions en cours et tout ce que j’ai réussi à faire, c’est perdre patience. Pas moyen d’accéder à l’information. 


J’ai tout de même découvert cette page de photographies du musée qui complète mes vues, et avec une qualité professionnelle dont je ne peux malheureusement pas me targuer.
http://hi.baidu.com/arctopic/blog/item/4968321b250e761f8618bf85.html

 

 

 

Neige atomique

 

Il a un peu neigé ces jours derniers. Nous attendions la neige depuis plus de deux mois.

 

 

 






Déception. Ce sont les autorités qui ont déclenché artificiellement ces chutes par des tirs de cartouches d’iodure d’argent dans le ciel de Pékin ! 



Photos prises le 19 février 2009. 

 

 

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