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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 11:15


« Une artiste chinoise censurée par
les Beaux-Arts de Paris »

Par Sophie Verney-Caillat
Rue89
du 11 février 2010


Quatre mots qui dérangent : travailler, gagner, plus, moins. L’installation de l’artiste chinoise Siu Lan Ko, dont le vernissage était programmé vendredi, a été démontée quelques heures après leur affichage sur la façade de l’École des Beaux-Arts, quai Malaquais. « Censure politique », dénonce l’artiste.

« Un week-end de sept jours », une exposition collective à la connotation délibérément utopique, devait présenter du 13 au 21 février des œuvres d’étudiants du Royal College of Art de Londres, et de Lasalle College of the Arts de Singapour.

Siu Lan Ko, qui connaît bien les Beaux-Arts de Paris pour y avoir passé deux ans en résidence, avait imaginé deux bannières réversibles de 7 mètres de haut sur 1,2 m de large, visibles depuis les quais de la Seine et incluant simplement quatre mots. Selon le chemin que l’on empruntait, on pouvait lire les mots ci-dessous.

 

Gagner Plus Travailler Moins
Travailler Plus Gagner Moins
Travailler Moins Gagner Moins
Travailler Plus Gagner Plus
Plus Gagner Plus Travailler
Moins Gagner Plus Travailler
Moins Travailler Moins Gagner
Plus Travailler Plus Gagner
Plus Gagner Moins Travailler
Plus Travailler Moins Gagner

 

 

L’artiste explique avoir cherché à évoquer « à la fois la question du travail et de la propagande, dans un esprit universel » et s’être « bien sûr inspirée du slogan du candidat Sarkozy. »

 

Œuvre dérangeante vis-à-vis des ministères ?


Mercredi à 10 h 30, comme prévu, les bannières ont été montées sur la façade située à deux pas de l’actuelle résidence de Jacques Chirac, quai Voltaire. Mais dans l’après-midi, elles ont été retirées alors que l’artiste n’a été officiellement avertie que par un mail reçu dans la soirée de sa commissaire d’exposition, Clare Carolin, du Royal College of Art de Londres. « Le pire est que tout était calé depuis un an, le catalogue imprimé, ils n’ont pas découvert ça hier ».

D’après les informations que nous avons recueillies, la direction de l’école aurait jugé cette œuvre trop dérangeante et aurait argué qu’elle avait choqué certains membres du personnel de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts et du ministère de l’Éducation.

Le directeur aurait ajouté que la période était particulièrement sensible alors que l’école était en train de renouveler sa convention de financement avec les ministères.

À la commissaire d’exposition Clare Carolin, on a simplement proposé de rapatrier les bannières à l’intérieur de l’école, mais elle ne pouvait prendre une telle décision sans prévenir l’artiste. Elle n’a pas eu le temps de le faire puisque lorsqu’elle est sortie de la réunion, l’œuvre était déjà démontée.

 

« Le climat conservateur de la France de Sarkozy »


On imagine que pour une Chinoise, même élevée à Hong-Kong, une telle censure au pays des droits de l’homme soit à peine croyable. Siu Lan Ko :

« Je trouve dur de découvrir que cette forme de censure brutale puisse se produire en France. Il n’y a même pas de place pour la discussion, tout se passe dans mon dos et celui de la commissaire. Encore plus dur que cela se produise dans la plus ancienne école d’art française, où l’on est supposé encourager l’expression la plus libre des artistes.

Dur de croire encore que les enjeux économiques et politiques l’emportent sur toute autre préoccupation. Cela montre à mes yeux dans quel climat conservateur est tombée la France de Sarkozy, et à quel point celui-ci fait peur.

Je demande que mon travail soit remis sur la façade et que l’école donne une explication officielle à cette censure et s’excuse. Je réfléchis aussi à une éventuelle action judiciaire. »

 

« Atteinte à la neutralité du service public »


L’École des Beaux-arts de Paris, qui a refusé de nous fournir son communiqué envoyé à l’AFP, a déclaré que l’artiste avait accroché son œuvre à l’extérieur « sans que la direction de l’établissement en soit informée » :

« Sans titre, sans nom d’auteur, sans mention relative à l’exposition, le caractère de l’œuvre se réfère explicitement à un contexte politique. Son auteur a souhaité, par la présentation sur la voie publique, utiliser spectaculairement comme médiation de son message un bâtiment de l’État voué à l’enseignement », a poursuivi l’école.

La direction de l’école a considéré que « cette présentation non concertée de l’œuvre, sans explicitation à l’attention du public, pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement », selon le communiqué.

 

Site-Ko.jpgUne performance de Siu Lan

Son site :
http://www.kosiulan.net/


« Travailler moins… censurer plus »
Libération
du 11 février 2010
Par Philippe Grangereau


Une artiste peut-elle exposer à Paris une œuvre mettant en scène les mots « travailler », « plus », « gagner », « moins » ? Non, a jugé le directeur de l’école des Beaux-Arts, qui ne veut pas qu’on se moque de Nicolas Sarkozy.

 

Siu-lan Ko, une artiste chinoise, a été censurée pour une œuvre jugée trop provocatrice à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Son installation, composée de banderoles géantes, avait été mise en place mercredi matin sur la façade de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, qui donne sur le quai Malaquais. Elle a été retirée d’autorité pendant la journée. On pouvait y lire quatre mots : « travailler », « gagner », « plus », « moins ». « Selon l’angle de vision, ce slogan de Sarkozy peut être vu différemment », explique l’artiste, qui a conçu et réalisé son œuvre à Pékin.

Les Beaux-Arts avaient donné sans ambiguïté leur accord à l’installation, qui était prévue depuis décembre, selon l’artiste, qui exposait dans le cadre d’un projet artistique intitulé « Week-end de sept jours » – réunissant des étudiants du programme de recherche La Seine  ; des étudiants du Royal College of Art de Londres, et de Lassalle College of the Arts de Singapour. Bien que la commissaire de l’exposition se soit opposée à l’enlèvement de l’installation, et sans que l’artiste ait été consultée, la décision de décrocher les banderoles a été prise dans l’après-midi de mercredi.

La censure a été décidée par le directeur des Beaux-Arts, Henry-Claude Cousseau, rapporte la commissaire de l’exposition, Clare Carolin, du Royal College of Art de Londres. « Pour toute explication, il m’a dit que cette œuvre se moquait du président français ». En quinze ans de carrière, elle dit n’avoir jamais été confrontée à ce genre de « censure ». Pour protester, elle a décidé de remettre sa démission, et de repartir en Grande-Bretagne samedi. « Je me sens insultée, et je ne veux pas être associée avec cette censure. » Selon Ko, « l’œuvre gênait des personnalités du ministère de l’Éducation, ce qui est malvenu car ce ministère doit bientôt décider du budget annuel de l’École des beaux-arts. »

Contacté par Libération hier mercredi afin d’obtenir une explication, le secrétariat de Cousseau n’a pas retourné le coup de fil prévu. La direction justifie son geste en faisant passer Siu-lan Ko pour « une étudiante »…

Siu-lan Ko, 33 ans, qui vit entre Hong-Kong et Pékin, est pourtant une routière des expositions internationales depuis 2003. Ko s’intéresse plus particulièrement au phénomène de la propagande et aux slogans (voir son site). Elle a récemment réalisé une installation en Chine. « Ne pensez pas trop », disait une de ses banderoles. « Venant de Chine, je ne comprends pas cette censure brutale en France, et surtout dans l’une de ses écoles d’art les plus anciennes, qui est supposée encourager la liberté d’expression. Cela montre le degré de conservatisme du climat politique et le degré de peur de Sarkozy », proteste l’artiste, qui dit envisager un recours en justice si son œuvre n’est pas restaurée avant le vernissage de « Week-end de sept jours », prévu vendredi.

 

Télérama rappelle, sous la plusme d’Erwan Desplanques, une performance de Sui Lan, « Memory Of Air ».

 

artistes-en-chine.jpg

« Siu Lan Ko, 33 ans, est une artiste chinoise incontournable. Ses performances mêlent puissance poétique, force conceptuelle et contestation politique. La voici dans une rue de Hongkong, le 4 juin 2006, traçant dans le vide les chiffres 6/4 (4 juin), date du massacre du Tian’anmen. »

 

Un message de Siu Lan sur Facebook


Chers amis,

Comme vous le savez mon travail a été censuré par l’École des Beaux-arts de Paris. L’École était informée de mon œuvre depuis début janvier, et des photo-montages de l’œuvre ont même été publiés dans le catalogue. Ils ont décidé de la décrocher après son installation, sans me consulter et contre l’avis de la commissaire d’exposition, du Royal Art College.

On m’a dit jeudi après-midi que le directeur des Beaux-arts, Henri-Claude Cousseau, ne voulait pas me rencontrer pour expliquer pourquoi les bannières ont été retirées de la façade. Malgré mes protestations et demandes que l’œuvre soit réinstallée, la décision n’a pas été remise en question – mes bannières n’ont pas pu être réaccrochées sur la façade. À la place, on m’a proposé de présenter les bannières à l’intérieur de la galerie, ou bien de faire une autre œuvre. J’ai clairement fait savoir que ces options sont inacceptables, et que les bannières doivent être accrochées en respectant l’intégrité de leur concept originel – sur la façade des Beaux-arts, lieu pour lequel j’ai spécifiquement créé cette oeuvre.

Je vous écris pour demander votre soutien, lors d’une action aujourd’hui.

Venez s’il vous plaît à l’heure du vernissage, 17 h 30-18 h, en apportant avec vous deux bannières. Vous trouverez ci-joint une version électronique des bannières qui ont été censurées. Vous n’avez qu’à les imprimer, au format que vous voulez, et faire votre propre version de ces bannières avec les 4 mots : Gagner, Travailler, Moins, Plus (en les collant dos-à-dos). Nous aurons une mer de bannières dehors, dedans, dessus, dessous les Beaux-arts.

Ceci n’est pas une « version alternative » de l’œuvre. C’est une action pour soutenir ma demande de réinstaller les deux bannières originelles de 7 m sur 1,20 m sur la façade des Beaux-arts.

Je demande à ce que les bannières soient remises sur la façade des Beaux-arts, et que l’école s’excuse publiquement de son atteinte à la liberté d’expression et aux droits des artistes.

Merci de m’aider à faire passer le message à un maximum de monde, pour faire connaître cette action. A déclarer que nous condamnons la Censure et les atteintes à la Liberté d’expression.

Fondamentalement, il ne s’agit pas simplement de la censure de l’œuvre d’un artiste, c’est aussi et surtout le non respect des droits d’expression libre, pour cause d’intérêts économiques et politiques.

Si cela m’est arrivé, ça pourrait aussi vous arriver un jour…

En espérant vous voir demain, je vous tiendrai au courant de tout développement ou action.

Bien à vous,
Siu Lan

 

kosiulan@gmail.com

www.kosiulan.net

 

 

Dear Friends,
As you know my work has been censored by Ecole de Beaux-arts de Paris, the school has been informed of my work since beginning of January, and the mock up photos of the work are even included in the catalogue of the show. They decided to take down the work after it has been installed without me nor the curator from Royal Art College’s consent.
Please see these link for details of the story or simply google: beaux-arts siu lan ko.


http://www.rue89.com/confidentiels/2010/02/11/une-artiste-chinoise-censuree-par-les-beaux-arts-de-paris-137898
http://www.liberation.fr/culture/0101618760-une-artiste-censuree-pour-avoir-brocarde-sarkozy
http://www.telerama.fr/scenes/une-artiste-chinoise-censuree-a-paris,52575.php
http://news.yahoo.com/s/afp/20100211/lf_afp/lifestylefrancechinaartpoliticscensor_20100211182849 (eng)
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gB2BzUFBT6xtWVBhiVwx0g1t4YHQ
http://www.wikio.fr/news/Siu+Lan


I was told this afternoon that the Director of the Beaux-arts Henri Claude  Cousseau did not want to have a meeting with me to explain why the banners was removed from the facade. And despite my protest and request to reput the banners- their decisions remain unchanged- my banners could not be ’re-installed’ on the facade. Instead, they propose for me to put the banners inside the gallery or to do an alternative piece. I made it clear that these options are unacceptable and that I demand the banners to be installed in its integrity and original conception- on the facade of Beaux-arts where i created this work specifically for.
I am writing to ask for your support in an action tomorrow- Please come to the gallery at the time of the opening at 5:30-6pm, please bring with you two banners when you come along. Yes, you can find attached an e-version of my banners that have been censored, please email me (kosiulan@gmail.com) directly for the versions if you don’t have it, and go ahead and print them on your own, in whatever size and format you want, and make your own version of the banners with these 4 words- Gagner, Travailler, Moins, Plus. We will have a sea of banners outside, inside, upside, downside of beaux-arts.
I wish to emphasize that this action is not an ’alternative version’ of my artwork- it is an action in support of my request to ’re-installed’ the two banners 7 m x 1.20 m on the facade of beaux-arts.
I demand the banners to be put back at the facade of the beaux-arts, and that the school issue an official apology for their infringement of freedom of speech and artists rights.
I am asking you to help forward this email to your friends, post them on your blogs- let more people know about this news and the action. That we condemn censorship and the infringement of freedom of speech. Fundamentally it is not simply about one artist’s work being censored, it is about dis-respecting the rights to the freedom of expression when other interest- economic, political interest are at stake. If this could happen to me, it might happen to you one day.
I hope to see you tomorrow, and I will keep you updated of any further development or actions.


yours sincerely,
Siu lan

kosiulan@gmail.com
www.kosiulan.net


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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 09:18

 

La censure ne devrait plus trop nous surprendre étant donné sa fréquence en France ces temps derniers (j’en viens à ouvrir une section sur ce site vouée au sujet !), or à chaque fois qu’elle se manifeste, on en reste sur le cul. Il vient d’arriver une drôle de mésaventure à Siu Lan, une artiste mariée à un ami journaliste français que je voyais souvent à Pékin.

L’une de ses œuvres qui devait figurer lors d’une exposition organisée dans les locaux des Beaux-arts de Paris, rue Bonaparte, n’est pas restée longtemps en place ; la direction l’a fait retirer le jour même, c’était avant-hier. Cette installation à l’indéniable caractère politique, un tantinet provocatrice, tenait surtout par sa dimension et un accrochage audacieux. À l’extérieur du bâtiment, côté quai Malaquais, on pouvait voir deux immenses banderoles noires avec imprimés recto verso en lettrage blanc ces quatre mots : « Travailler », « Plus », « Gagner », « Moins ». Message à lire dans tous les sens et qui autorise un jeu combinatoire suffisamment étendu pour que l’on s’en amuse.

Il semblerait que ce petit rappel bien innocent de la plus stupide des promesses électorales d’un candidat à une élection présidentielle ait déplu. Quel que soit l’instigateur de cette censure, il a bien fait les choses : selon plusieurs médias les banderoles ne seraient restées que quelques heures en place, à peine le temps de les photographier…

 

 

KO-BOZART.jpg

 

Source des images : AFP.

 

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 08:45

TRAVAILLER.jpg
MOINS.jpg
GAGNER.jpg
PLUS.jpg

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 15:32


Mine de rien, la censure reprend la main ces temps-ci. Ce que l’on croyait réservé au domaine de la pornographie (Ovidie, ici) se montre ailleurs, assez grossièrement, dans des espaces tels Facebook et des sites de ventes, avançant les arguments du politiquement correct, de la protection de l’enfance, de la lutte anti-tabac ou, pire, de la morale religieuse pour réduire les libertés individuelles et nous prendre pour des cons. Voici plusieurs exemples récents. 

 

Paris-1934.jpg

 

 

L’érotisme banni sur Facebook

 

Une personne a mis en ligne la très belle photo ci-dessus. La réponse de Facebook ne s’est pas fait attendre :


« Information importante ! Warning Vous avez téléchargé une photo qui enfreint nos Conditions d’utilisation. Cette photo a donc été supprimée. Facebook n’autorise pas les photos attaquant un individu ou un groupe, qui contiennent de la nudité ou de la violence ou qui présentent l’usage de stupéfiants, tel qu’indiqué dans nos Conditions d’utilisation. Ces règles visent à garantir un environnement sûr, sécurisé et de confiance pour tous les utilisateurs de Facebook, y compris les plus jeunes, qui utilisent le site. Pour plus d’information, veuillez consulter notre page Questions/ réponses, à http://www.facebook.com/help/?topic=wphotos. »

 

 

Ce à quoi la principale intéressée, Valérie Maes, a répondu sur sa page :
REÇU HIER AVEC CENSURE IMMÉDIATE (càd disparition du cliché ci-dessous de ma page)… LES CONFUSIONS ACTUELLES EN TOUT GENRE SONT D’UN DÉSOLANT… L’ÉLÉGANCE DE CE CLICHÉ INSÉCURISE QUI AU JUSTE…
À PART LE CONTRÔLE LUI-MÊME ? Nu pourtant choisi ceinturé… et sa personne s’en remettant au Tissu.. œuvre de deux femmes pensantes…

 

Moralité, utilisateurs de Facebook, mettez sans tarder des photos érotiques en ligne, en commençant par celle-ci !

 


Du côté de chez Higelin

 

À la suite de la censure exercée par la régie publicitaire de la RATP sur l’affiche de l’exposition Jacques Tati à la cinémathèque française (voir ici), d’autres affaires analogues sont apparues (une des dernières en date est celle de ce gros plouc d’Alain Delon que signale Alluria sur son site). Benoît m’indique deux cas liés au malchanceux Jacques Higelin.

 

Le premier exemple concerne la lutte contre la tabagie, à l’instar de l’affaire Tati. Le second qui vient d’un site de vente de musique en ligne est plus choquant encore puisqu’il ne s’appuie sur aucun texte de loi, c’est la morale chrétienne qui s’exprime sans raison. 

 

 

coup de foudre

 

emi.jpg

 

photo.jpg

 

Putain ! Salaud ! Voilà, c’est dit.


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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 17:54


hds_photo4.jpg



Ovidie et Jack Tyler qui viennent de coréaliser Histoires de sexe(s), ont vu leur film classé X par la commission de censure. Une première depuis 1996. Voici le communiqué de la production.

 

 

OVIDIE.jpg



Et voici ce qu’en dit Jean-Pierre Bouyxou dans Siné Hebdo, la citation est extraite du site de Charles Tatum (que je remercie pour toutes ces informations).

 


« Qu’y a-t-il dans Histoires de sexe(s) qui justifie cette vertueuse réprobation ? Que dalle. Sur le lointain modèle du Déclin de l’empire américain, mais en nettement moins chiant, des femmes parlent entre elles de leur vie érotique pendant que leurs mecs en font autant de leur côté. Ce que n’apprécient pas les pères-la-pudeur, c’est que leurs discussions sont entrecoupées de saynètes où l’on visualise les ébats dont il est question dans les dialogues. C’est plutôt bref, parfois drôle, sans gros plans gynécologiques, et assez bien filmé pour devenir, çà et là, émoustillant. Dans un pensum de Catherine Breillat, ça passerait comme une lettre à la poste (avant privatisation d’icelle, bien sûr). Le tort d’Ovidie et de Jack Tyler est de venir du porno, elle comme hardeuse, lui comme réalisateur. Ça, on ne le leur pardonne pas. Alors, comme on ne peut pas interdire complètement leur film, on le classe X, ce qui revient au même puisqu’il ne pourra être programmé nulle part. »



OVIDIE-2.JPG

Le site du film se trouve ici.

 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 00:27

Goujat : Homme grossier dont les propos ou les manières sont
volontairement ou involontairement offensantes. Syn. : mal élevé.
(
Trésors de la langue française)


Je reproduis in extenso, titres, liens et illustration compris, le contenu de deux articles que Charles Tatum a mis hier sur son blog (l’adresse est ci-contre) au sujet de Bernard Joubert, chroniqueur à Siné Hebdo.
Shige


Étonné de ne pas lire dans Siné Hebdo, dont il est jusqu’alors un chroniqueur régulier (pléonasme), les deux dernières chroniques qu’il a envoyées au canard, Bernard Joubert écrit à Siné afin de savoir ce qui se goupille. Rien que du très banal, si Siné n’était pas Siné (le flingueur d’hypocrisies qu’on a, ici et ailleurs, si vaillamment défendu), et si Joubert n’était pas l’historien de la censure que l’on sait. Voici sa lettre, qui devient donc une lettre ouverte. Les deux textes incriminés sont visibles un peu plus bas (billet suivant).
Ch. Tatum


« Le 13 juillet 2009

« Cher Siné,

« Désolé de te déranger pendant tes vacances. Je sais aussi que ce n’est pas toi qui gères le rédactionnel, c’est Catherine. Mais je me permets de te passer ce mot parce que le problème auquel je suis confronté n’est pas une broutille.

« Tu trouveras ci-joint mes deux dernières chroniques “Chez les censeurs” que j’ai livrées début juin et début juillet.  (Je ne livre plus qu’une fois par mois puisqu’il n’y avait jamais place quand je livrais tous les quinze jours.) Tu ne les liras pas dans le journal. Inutile de me demander pour quelles raisons, je l’ignore. Pour la première, Théo m’a transmis l’avis de Catherine comme quoi cette interdiction de revue ne méritait pas un article. Ça m’a semblé une explication n’expliquant rien. L’interdiction d’une revue est au contraire le sujet parfait pour une rubrique sur la censure.


« Pour la seconde, je n’ai même pas eu droit à un semblant d’explication. Comme je venais aux nouvelles, ne voyant rien paraître, Olivier m’a conseillé, pour en savoir plus, de téléphoner à Catherine le mois prochain…

« Normalement, la réaction normale serait que, de guerre lasse, je fasse mon deuil de Siné Hebdo. Que dans quelque temps tu demandes peut-être : et Joubert, pourquoi on ne le lit plus ? Et qu’on te réponde : il n’envoie plus rien. Effectivement, c’est ce que je suis tenté de faire, ne prenant pas plaisir à ce que mon travail, qui nécessite des enquêtes en amont, finisse d’une chiquenaude à la poubelle. Mais si je pars ainsi, je vais garder cette impression désagréable : celle d’avoir été éliminé de façon louche, en loucedé, peut-être suite à mon article sur le “féminisme flicard” qui a tant déplu à Catherine. C’est le genre de pratique que dénonce Gérard Filoche, le contremaître qui pourrit la vie d’un employé pour le pousser à partir. Alors l’imaginer dans le journal qui porte ton nom, ça me salit les rêves.

« Aussi fais-je le choix de te poser cette question : je continue ou pas ? Et si je continue, je suis chroniqueur ou pas ? Pour moi, on attend d’un chroniqueur qu’il exprime ses idées. On le prend pour ce qu’il est ou on ne le prend pas, mais on ne lui demande pas d’espérer d’hypothétiques parutions selon l’humeur de la direction.

« Je vais même ajouter que, pour le cas où tu me répondes “continue”, je n’aurais envie de le faire que si la chronique que j’ai livrée en juillet (sur l’association d’extrême droite) paraît, et que je puisse réutiliser des éléments de ma chronique de juin dans un article à venir (sur le soixantenaire de la loi de 49).

« Bonnes vacances à toi, marrantes et pas trop épuisantes.

« Bernard Joubert »


Lettre sans réponse au 14 septembre.


Bernard Joubert et la censure

Voici deux volets de la chronique de Bernard Joubert [CLIC], « Chez les censeurs », expédiées cet été à Siné Hebdo. Le journal mal élevé s’est abstenu de les publier, sans la moindre explication. Considérant qu’un bon texte doit être lu, on les passe. Même si Joubert n’était pas un de nos grands historiens de la censure, on les passerait. Même s’il n’était pas, de longue date, un copain.
Ch. Tatum


ALLIOT-MARIE DANS LE CUL
(Publication prévue : juin 2009)

Par Bernard Joubert


Imaginez que vous soyez la reine des flics. Imaginez que vous ayez sous la main une loi de censure dont c’est l’anniversaire. Cotillons, bougies sur le gâteau, comment fêter l’événement ? En égorgeant une revue.

Ambiance Pasqua garantie, avec des vrais bouts de Marcellin dedans, et même un peu de Papon.


La procédure était pourtant remisée au placard depuis des années, mais, ce vendredi 5 juin, Michèle Alliot-Marie l’a réactivée pour frapper Top vision du niveau d’interdiction maximale (exposition, distribution, publicité). Une revue de cul que vous ne lisiez pas, et moi non plus, pas plus que la ministre, vous pensez bien. Qui la lisait, alors ? Plus grand monde. Le cul numérique a tué le cul sur papier. Pour mater du porno à l’ancienne, qui se feuillette, il ne reste guère que trois rombières et deux curés continuant de siéger à la « Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence », comme au temps de Paris-Hollywood. La demande vient de là. Ce n’est pas nouveau, ça fait soixante ans que ça dure — la fameuse loi du 16 juillet 1949 —, mais les ministres de l’Intérieur avaient perdu l’habitude d’y prêter attention. Heureusement, parce que, dernièrement, la Commission ouvrait Psikopat, la revue d’humour de Carali, le Carali de Siné Hebdo, et, ne comprenant rien à rien, la classait « à surveiller » parce que ses BD « incitent à des relations sexuelles violentes (n° 190, p. 88-89), montrent une relation sexuelle entre une femme et un homard (n° 191, p. 49) ou encore proposent que chacun tue son voisin pour sauver la planète (n° 191, p. 4) ». Il en était de même avec Fluide glacial et son numéro spécial sur la Nouvelle Sexualité, où l’on trouvait « un roman-photo licencieux [de Léandri avec Gotlib !], un dossier sur les sex-toys [totalement bidon : stimulateur de pancréas, gel décoiffant pour pubis…], une bande dessinée sur le sadomasochisme [avec le fantôme du commandant Cousteau] et des petites annonces licencieuses [toutes fausses, évidemment, telles que : “Zoophile pas très bien membré cherche souris pas farouche.”] ».

Me croirez-vous enfin quand je vous dis que les censeurs sont des cons ?

Bernard Joubert



Un dessin de Bar dans le collimateur
des protecteurs de l’enfance et de l’adolescence


PROMOUVOIR LES GAMELLES
(Publication prévue : juillet 2009)

Par Bernard Joubert


Promouvoir, vous vous en souvenez ? Cette association de moralité publique a connu son heure de gloire en obtenant le retrait du visa d’exploitation (c’est-à-dire l’interdiction) de Baise-moi, le film de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, en 2000. Elle fit aussi interdire aux mineurs Ken Park de Larry Clark. Mais l’apogée, ça ne dure pas. Pareillement à cette autre officine d’extrême droite procédurière qu’est l’AGRIF, qui eut un moment la faveur des juges, Promouvoir s’est ensuite ramassé des gamelles à répétition. Le Conseil d’État la débouta de ses requêtes contre des revues (Micro revue, PC loisirs, Max), d’autres films (Fantasmes de Jang Sun-Woo, Le Pornographe de Bertrand Bonello), un livre (Il entrerait dans la légende) ou le DVD de Baise-moi, la condamnant même à verser des dédommagements à ceux qu’elle attaquait. Les médias n’en parlèrent pas, une non-censure étant perçue comme un non-événement, et c’est dommage parce qu’un censeur qui repart la queue entre les jambes, c’est le genre d’info qui vous égaie la journée. Alors, ensoleillons ce jour…

Alléchés par les bruits de scandale au Festival de Cannes, Promouvoir et quelques amis, Action pour la dignité humaine, l’Union départementale des associations familiales du Rhône et le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine — rien que des gens avec qui on a envie de se faire une sortie cinoche —, viennent de demander au Conseil d’État que soit classé X, ou au moins interdit aux mineurs, Antichrist de Lars von Trier. Toutes les chances étaient de leur côté, le film contenant des plans hards et des scènes très violentes. Pour parfaire la plainte, avait même été ajouté qu’Antichrist véhicule « un message de mépris et de haine à l’égard des femmes ». Très malin, ça. L’argument fait florès dans les décisions de censure administrative de ces dernières années, où il s’ajoute, sans la remplacer, à la traditionnelle protection de la jeunesse. Le Conseil d’État avait donné l’exemple avec Baise-moi qu’il résumait à « une succession de scènes de grande violence et de scènes de sexe non simulées, sans que les autres séquences traduisent l’intention, affichée par les réalisatrices, de dénoncer la violence faite aux femmes par la société ». Quand, il y a deux ans, Christine Albanel a interdit aux mineurs Quand l’embryon part braconner, un film soft de 1966, réalisé par Koji Wakamatsu (l’interviewé de Siné Hebdo n° 36), ce fut en invoquant « une image des relations entre les êtres fondée sur l’enfermement, l’humiliation et la domination de la femme ». Et quand, le mois dernier, Michèle Alliot-Marie a interdit d’exposition (c’est-à-dire interdit tout court) la revue porno Top vision, c’est parce que, dixit la Commission de surveillance, « certaines photographies montrent des femmes attachées, ligotées ou ficelées ».

Promouvoir jouait donc sur du velours. Sauf que Charlotte Gainsbourg a eu le prix d’interprétation féminine à Cannes et que la notoriété intimide toujours la censure. Nouvelle gamelle. Ah ! que cette journée est belle !

Bernard Joubert


J’ajoute qu’une autre affaire impliquant Bernard Joubert avait fait quelques remous au printemps dernier. C’est toujours chez Charles Tatum que l’on peut en prendre connaissance : « Les censeurs et les censeuses » (15 mai 2009).
Shige

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