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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:23

 

 

 

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« En Chine, les travailleurs migrants n’en peuvent plus »

Benjamin Gauducheau, Aujourd’hui la Chine du 13 juin 2011

 

Depuis vendredi dernier, la province du Guangdong est le théâtre de violentes émeutes qui rassemblent des milliers de travailleurs migrants. C’est la dernière manifestation de la violence qui couve dans ce bassin industriel où les conditions de travail sont souvent déplorables.

Pour déclencher un incendie, il suffit parfois d’une étincelle, et c’est ce qui semble s’être passé vendredi dans la province de Canton, où de violentes émeutes se sont prolongées tout le week-end.

C'est un incident banal qui a entrainé des manifestations de plusieurs milliers de personnes. Tout à commencé dans la ville de Xintang par une altercation entre un couple de vendeurs de rue originaires du Sichuan, et des « chengguan » (sorte de policiers municipaux détestés par beaucoup de Chinois).

Désireux de déloger le couple, car la vente à la sauvette (bien que très répandue) est illégale, ils auraient violemment bousculé la femme, qui est enceinte, provoquant la colère de la foule alentour, et d’immenses manifestations qui se sont répétées chaque jour jusqu’à hier soir.

Selon le South China Morning Post, des voitures de police auraient été détruites et des bureaux du gouvernement local saccagés vendredi et samedi soir. Et hier, malgré une présence policière renforcée, plus de 1 000 personnes sont ressorties dans la rue et ont laissé libre cours à leur rage, et derrière eux, de nombreux véhicules retournés.

Selon le site de Radio Free Asia, 25 personnes seraient à l’heure actuelle détenues par la police.

Un contexte violent

Or cette irruption de violence n’est pas isolée, et dans les usines, les nombreux conflits du travail dégénèrent souvent. Rien que la semaine dernière, toujours dans le Guangdong, plusieurs centaines de migrants avaient manifesté devant le gouvernement central de la ville de Chaozhou.

Ils s’étaient rassemblés pour exprimer leur indignation après qu’un ouvrier qui réclamait des salaires impayés ait été grièvement blessé au couteau par les dirigeants de l’entreprise.

Des centaines de policiers avaient été mobilisés pour calmer les manifestants, qui avaient également dans leur colère détruit plusieurs véhicules. Neuf personnes avaient été arrêtées.

Hier, à Xintang, des internautes ont affirmé que les autorités avaient déployé des véhicules militaires, bien que cette information n’ait pas pu être confirmée.

 

La suite est à lire ici.

Sur les « incidents de masse » en Chine, voir ici et .

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 18:54

 

 

 

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Rappellons qu’Ai Weiwei est toujours emprisonné et tenu au secret. On est sans nouvelle de lui depuis le 4 avril 2011.

 

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Sur le modèle de cette célèbre photo de l’artiste chinois prise place Tiananmen à Pékin, Aram Bartholl a inventé des lunettes à découper pour lui venir en soutien.

 

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Le kit d’Aram Bartholl est ici.

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 08:16

 

 

 

En dehors de ce qui vient d’être évoqué, l’une des plaies de la Chine contemporaine, c’est un nationalisme dont on n’a pas idée ici.

 

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Je rappelle que le 4 juin est la date anniversaire du début de la répression place Tiananmen en 1989.

Illustration de Roberto de Vito sur son site Politicomix

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 08:03

 

 

 

« En Chine, “le consensus de l’après
4 juin est en train de s’effriter” »

par Benjamin Gauducheau
Aujourd’hui la Chine, le 4 juin 2011

 

Grand spécialiste de la Chine, Jean-Philippe Béja revient sur la frénésie répressive qui sévit actuellement en Chine, que beaucoup d’observateurs estiment être la pire depuis le massacre de Tiananmen, le 4 juin 1989.

 

Quel est le bilan du mouvement répressif qui s’est abattu sur la société civile chinoise depuis que les « révolutions du jasmin » ont ébranlé le monde arabe ?

Jean-Philippe Béja : D’abord, je ne pense pas que ce retour en arrière ait commencé à ce moment-là, même s’il est indéniable qu’il s’est accéléré. Pour moi, cela a commencé avec les Jeux Olympiques et la répression au Tibet, puis avec la condamnation de Liu Xiaobo à 11 ans de prison.

Quant au bilan, il est difficile à établir, car beaucoup de gens ont été arrêtés sans qu’on le sache, notamment dans les districts reculés. Mais on estime qu’entre les disparitions, les assignations à résidence et les arrestations (dont certains ont déjà été relâchés), on arrive au moins à 100 ou 120 personnes.

C’est une répression tous azimuts avec toutes sortes de gradations dans l’intimidation, qui utilise une nouvelle méthode déjà expérimentée sur l’avocat Gao Zhisheng.

On les prend, on les garde un mois ou deux et quand ils ressortent, ils ne parlent pas. On a obtenu leur silence par des pressions psychologiques, peut-être des sévices physiques.

Je rappelle par ailleurs que la femme de Liu Xiaobo, Liu Xia, est toujours assignée à résidence, et ce depuis le mois d’octobre dernier.

C’est donc un vaste mouvement dirigé vers toutes sortes d’activistes. Comme le disait récemment Jiang Yu, la porte-parole du ministère des affaires étrangères, la loi ne s’applique pas pour certaines personnes.

 

La suite est à lire ici. Un article de Jean-Philippe Béja se trouve .

 

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 19:57

 

 

 

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« Ai Weiwei fait le mur »

Par Arnaud de la Grange le 2 mai 2011 sur son blog De Chine

 

Des Hongkongais voulant apporter leur soutien à l’artiste Ai Weiwei, arrêté depuis maintenant un mois sans que des informations ne soient données sur son sort, ont imaginé une méthode aussi ingénieuse que graphique. Ils sont projeté son image géante sur des bâtiments de la ville, y compris des immeubles officiels, de la police ou de l’armée chinoise ! Avec ces mots : « qui a peur d’Ai Weiwei ? » (photo South China Morning Post)

Ils pensaient ainsi ne rien faire d’illégal. Mais l’APL, qui maintient un profil plutôt bas à Hong Kong depuis la rétrocession, a vu rouge. Son porte-parole a déclaré qu’il était interdit de projeter une image sur le mur de la caserne et que les lois étaient violées. Les impertinents animateurs urbains ont désormais la police anti-criminelle aux trousses. Un avocat de premier plan, ancien patron du barreau de Hong Kong, Ronny Tong Ka-wah a cependant affirmé au South China Morning Post qu’il ne voyait pas comment on pouvait faire dire à la loi qu’il y avait là un crime. Et rappelé que la loi fondamentale de Hong Kong garantit la liberté d’expression.

Sur ce sujet des « disparitions », notons que les nouvelles vont par deux, bonne et mauvaise, avec un drôle de jeu de chaises musicales pour les cibles du tour de vis en Chine. Alors que l’avocat Teng Biao est réapparu après avoir été escamoté pendant deux mois, un autre avocat renommé dans le domaine des droits de l’Homme, Li Fangping, a disparu de puis trois jours après que la police l’ait arrêté. Son épouse était encore aujourd’hui sans aucune information sur son sort.

 

Tous les articles sur Ai Weiwei se trouvent dans la section Chine.

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 19:57

 

 

 

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Voici un bon documentaire de la BBC réalisé par Matthew Springford en 2010, il est en anglais non sous-titré. En une cinquantaine de minutes, le film passe en revue la carrière de Ai, ses combats et son histoire, ses œuvres et les évènements auxquels il a été mêlé. C’est pour le coup un résumé des grandes dates tant politiques qu’artistiques de la Chine de ces cinquante dernières années, depuis la Révo. cul. de Mao Zedong et le mouvement de Tian’anmen jusqu’à la vaste propagande gouvernementale déployée à l’occasion des Jeux olympiques de Pékin.

 

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 16:55

 

 

 

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Le meilleur moyen de venir en aide à Ai Weiwei qui est emprisonné et tenu au secret à Pékin, outre de signer une pétition à laquelle nous ne sommes pas forcés d’adhérer, c’est de montrer son œuvre. Ici l’installation comprenant des millions de graines de tournesol en porcelaine (matériau qu’Ai affectionne, il a servi pour Field), exposée à Londres à la Tate Modern pendant encore une quinzaine de jours.

 

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La photo du haut est signée de Ian Robertson, les suivantes viennent aussi de Flickr (sans l’autorisation de son auteur, qu’il me pardonne), elles ont été prise le 11 octobre 2010 lors de la présentation à la presse. Un clip sur le vernissage est visible ici. Le site de la Tate Modern est ici.

 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 01:24

 

 

 

Release

 

Une pétition initiée par la Fondation
Solomon R. Guggenheim que vous pouvez signer ici

 

 

OVERVIEW

 

On April 3, internationally acclaimed Chinese artist Ai Weiwei was detained at the Beijing airport while en route to Hong Kong, and his papers and computers were seized from his studio compound. 

We members of the international arts community express our concern for Ai’s freedom and disappointment in China’s reluctance to live up to its promise to nurture creativity and independent thought, the keys to “soft power” and cultural influence.

Our institutions have some of the largest online museum communities in the world. We have launched this online petition to our collective millions of Facebook fans and Twitter followers.  By using Ai Weiwei’s favored medium of “social sculpture,” we hope to hasten the release of our visionary friend.

 

Richard Armstrong, Director, Solomon R. Guggenheim Museum and Foundation and Alexandra Munroe, Samsung Senior Curator, Asian Art
Juan Ignacio Vidarte, Director General, Guggenheim Museum Bilbao, and Deputy Director and Chief Officer for Global Strategies, Solomon R. Guggenheim Foundation
Glenn Lowry, Director, The Museum of Modern Art, New York
Sir Nicholas Serota, Director, Tate and Chris Dercon, Director, Tate Modern
Kaywin Feldman, President, Association of Art Museum Directors and Director and President, Minneapolis Institute of Arts
Yongwoo Lee, President, The Gwangju Biennale Foundation
Michael Govan, Director, Los Angeles County Museum of Art
Vishakha Desai, President and Melissa Chiu, Vice President of Global Arts, Asia Society
Jim Cuno, President and Director, Art Institute of Chicago
Julián Zugazagoitia, Director, Nelson Atkins Museum, Kansas City
Ann Philbin, Director, Hammer Museum, University of California, Los Angeles
Olga Viso, Director, Walker Art Center
Alfred Pacquement, Director, Musée national d'art moderne/Centre de création industrielle, Paris
Arnold Lehman, Director, Brooklyn Museum
Jill Medvedow, Director, Institute of Contemporary Art, Boston
Julia Peyton-Jones, Director and Hans Ulrich Obrist, Co-director of Exhibitions and Programmes and Director of International Projects, Serpentine Gallery, London
Poul Erik Tøjner, Director, Louisiana Museum of Modern Art, Denmark
Nathalie Bondil, Director and Chief Curator, Montreal Museum of Fine Arts
Neal Benezra, Director, San Francisco Museum of Modern Art
Tony Ellwood, Director, and Suhanya Raffel, Deputy Director, Queensland Art Gallery, Australia
Thomas W. Lentz, Elizabeth and John Moors Cabot Director, Harvard Art Museums

 

前言


享誉国际的艺术家艾未未于四月三日于北京国际机场,在乘机前往香港时遭受扣押。他位于北京住所的文件及电脑也遭查封。

我们身为国际艺术组织的成员,在此表达对艾未未的人身自由之强烈忧虑。同时,我们对于中国政府未能实现其对于培植创造力及自由思考─这些作为”软实力”及文化影响力的根本要件之承诺,感到十分失望。
我们的机构拥有全世界最大的博物馆线上社群。我们已经在网上发起请愿活动,将串联起在Facebook(脸书)及Twitter(推特)上的百万追随者。我们期望藉由艾未未深信能够实现”社会雕塑”的媒体-网络,来达成对释放这位拥有美好远景的艺术家及朋友之请求。

 

Lettre adressée au ministre de la culture de
la République démocratique de Chine

 

To the Honorable Minister Mr. Cai Wu
Ministry of Culture of the People’s Republic of China

 

Our museums are members of The International Council of Museums (ICOM) and the International Committee of ICOM for Museums and Collections of Modern Art (CIMAM), a non-governmental organization with formal relations with UNESCO. On April 6, CIMAM sent a communiqué calling for the release of Ai Weiwei. Our museums, foundations, and communities of Facebook fans and Twitter followers support CIMAM’s statement:

“The detention of artists and activists is not only inconsistent with China’s commitment to the fundamental freedoms guaranteed in the Universal Declaration of Human Rights and in China’s own constitution, it is also inconsistent with the Chinese government’s pledge, through the Ministry of Culture, to promote all artistic disciplines and to advance artistic ideas. As organizations that represent modern and contemporary art around the world, such actions and the obscurity surrounding them are diametrically opposed to our values. They are of grave concern and consequence for the well-being of Ai Weiwei and for the artistic community at large, and hinder future collaboration with the Chinese colleagues we welcomed at our recent annual meeting in Shanghai.”

 

请愿书

 

致 中华人民共和国文化部 蔡武
诉求: 要求释放艾未未

 

本博物馆為国际博物馆协会(ICOM)之成员。也為其下负责现代美术之博物馆暨收藏国际委员会(CIMAM)之委员,此委员会虽非为政府机构,但与联合国教科文组织有着正式的关系。我们在此支持国际委员会于四月六日所发表之请求释放艾未未的声明:

"对艺术家及人权份子的拘捕,不仅违反了中国在国际人权宣言以及宪法中对于基本人权的保障,同时与中国政府藉由文化部所宣导,對於各式艺术创作及创意的提倡並不一致。身为代表着全球现当代艺术的机构,此做法与我们所深信的价值是背道而驰的。我们对于艾未未的人身安全以及整体艺术界感到深切的忧虑。此外,这也将影响我们于上海举行的年度会议中与中国艺术界所建立的合作关系."

 

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Photo du haut : Ai Weiwei à la Tate Modern à Londres le 11 octobre 2010 lors de la présentation à la presse de son installation Sunflower Seeds.

Photo du bas : La Tate Modern, ces jours-ci.

 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 00:48

 

 

 

« Il y a 35 ans, le printemps de Tiananmen »
Par Jean-Philippe Béja

Mediapart du 4 avril 2011

 

Dimanche dernier [le 3 avril], l’artiste Ai Weiwei, l’un des concepteurs du « Nid d’oiseau », le stade olympique qui a tellement contribué au développement du « soft power » chinois, a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à prendre un avion pour Hong Kong. Il a disparu depuis. Il n’est que le plus récent d’une longue liste de citoyens libres et de défenseurs des droits de l’Homme  arrêtés, « disparus », inculpés.

Depuis l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo en décembre dernier, et, plus encore depuis qu’en février, un message posté sur un site internet basé aux États-Unis, a appelé les Chinois à « aller se promener dans le centre des villes »,  en l’honneur de la « révolution du jasmin », la répression s’est intensifiée. Les avocats Teng Biao, Jiang Tianyong, Tang Jitian à Pékin, disparus et peut-être torturés, les intellectuels sichuanais Ran Yunfei, Ding Mao et Chen Wei, inculpés d’incitation à la subversion, le dissident de la même province Liu Xianbin, condamné à dix ans de prison pour le même « crime », et tous ceux, dont l’épouse du Prix Nobel, Liu Xia, qui sont actuellement en résidence surveillée : au total, environ deux cent défenseurs des droits de l’homme ont perdu leur liberté depuis environ deux mois [1].

Trois dimanches de suite, le centre de treize grandes villes de Chine a été soumis à une véritable occupation policière, tandis que des flics en civil embarquaient tous ceux, pourtant bien peu nombreux, qui avaient l’air de manifestants. La présence, le premier dimanche de la « révolution du jasmin » de l’Ambassadeur américain près du McDonald de Wangfujing de Pékin, l’un des lieux de la « révolution du jasmin », a conduit de nombreux officiels à crier au complot pour abattre le régime. Mais celui-ci est-il donc si fragile qu’il s’effraie d’un mot d’ordre dont personne ne sait d’où il vient ? Les conflits sociaux sont-ils si graves pour que le plus grand parti du monde soit en proie à un affolement sans précédent ?

Aujourd’hui, les observateurs informés ne cessent de nous affirmer qu’il est impossible qu’un mouvement analogue au printemps arabe se produise en République populaire ; que les succès du régime sont tels que les Chinois ne redoutent rien plus que le désordre et soutiennent les actions de leurs gouvernement ; que la classe moyenne qui ne cesse de se développer n’est nullement hostile au régime ; qu’enfin, le dépassement du PIB du Japon par la Chine est acclamé par l’ensemble de la population ; et que, pour la première fois dans un pays dirigé par un parti communiste, la succession du numéro un est déjà réglée et se déroulera sans anicroche. Les analyses de ces observateurs ne sont pas dénuées de fondements. Alors, pourquoi ce déchaînement paranoïaque de la part de dirigeants dont la position semble si solide ? Sont-ils à ce point ignorants de l’ampleur de leurs soutiens ?

Reportons nous trente-cinq ans en arrière. À l’époque, les observateurs nous expliquaient que la Chine avait trouvé une voie particulière vers le développement qui en faisait un modèle pour les pays du tiers monde. Son dirigeant suprême était adulé dans son pays, et, lors de sa disparition en septembre 1976, dans le monde entier, intellectuels, hommes d’État et journalistes de tous bords versèrent des torrents d’éloge sur le Grand homme.

Et pourtant, quelques mois avant sa disparition, à l’occasion de la Fête des morts de Qingming le 5 avril 1976, près de cent mille personnes s’étaient rassemblées sur la place Tiananmen [2] pour rendre hommage au Premier ministre Zhou Enlai disparu en janvier de la même année, mais surtout pour réclamer « la fin de la dictature de Qin Shihuang [3] » nom de code de Mao Zedong. Cette manifestation avait réuni des intellectuels, des ouvriers, des cadres du Parti dégoûtés de la ligne gauchiste de Mao, des jeunes instruits (lycéens envoyés à la campagne après leur baccalauréat) revenus clandestinement en ville, qui avaient crié sur la principale place de Pékin, à Nankin et dans bien d’autres villes, leur ras le bol de la dictature. Malgré l’endoctrinement omniprésent, en dépit de l’absence totale de libertés individuelles, du délirant culte de la personnalité et de la fermeture du pays, des dizaines de milliers de citoyens n’avaient pas hésité à descendre dans les rues sans se soucier de l’éventuelle répression. Et le tout sans Internet, sans Facebook et sans twitter qui jouent un rôle si important dans les mobilisations d’aujourd’hui.

La manifestation fut réprimée à coups de matraque par les « milices ouvrières » du régime, des dizaines de personnes furent arrêtées, l’incident fut qualifié de « contre-révolutionnaire » et Deng Xiaoping, accusé de l’avoir organisé, fut dépouillé de ses fonctions de vice-président du Parti et de vice-Premier ministre. Pourtant, la victoire du Grand Timonier ne fut que de courte durée puisque  quelques mois après cette manifestation, le 9 septembre, il mourut  et le 6 octobre, la Bande des Quatre dirigée par son épouse qui voulait poursuivre sa politique fut arrêtée. Ces mesures ouvrirent la voie aux réformes qui allaient transformer la Chine.

En novembre 1978, après son retour au pouvoir, Deng Xiaoping réhabilita la manifestation, et les personnes arrêtées furent libérées et traitées en héros. Cette décision fut immédiatement interprétée comme une réhabilitation de l’action spontanée des citoyens, et déclencha le mouvement du « Mur de la démocratie » marqué par le dazibao de Wei Jingsheng réclamant la « Cinquième modernisation : la démocratie » [4]. En mars 1979, Deng, qui avait sanctifié l’action des citoyens pour consolider son retour au pouvoir, faisait arrêter Wei Jingsheng et instaurait les Quatre principes fondamentaux [5], interdisant de critiquer le Parti. Dix ans plus tard, ce même Deng allait lancer les tanks sur les Pékinois désarmés [6] et inaugurer la politique de stabilité à tout prix. Cela explique l’ambiguïté de l’attitude du pouvoir à l’égard de l’« Incident de Tiananmen ».

Bien qu’il soit considéré comme l’événement annonciateur des réformes qui ont bouleversé le visage de la République populaire, il n’a pas trouvé sa place dans le calendrier des célébrations officielles, pourtant fort rempli, de la République populaire. En effet, les dirigeants du parti communiste chinois n’apprécient pas les mouvements spontanés de citoyens, à part lorsqu’ils sont dirigés contre des pouvoirs « réactionnaires », si possible dans le passé. Aujourd’hui, la célébration du « mouvement du 5 avril » pourrait être interprétée par les mécontents comme l’a été sa réhabilitation : comme une légitimation du droit de manifester. Cela ne risque pas de se produire au moment où les avancées juridiques qui s’étaient produites au cours des trente dernières années sont largement remises en question.

« L’avenir est radieux, mais la voie est tortueuse », disait la propagande officielle du temps de Mao Zedong. L’évolution de l’attitude du pouvoir à l’égard des opinions divergentes montre que, de ce point de vue, les choses n’ont guère changé. Les réunions de l’Assemblée populaire nationale et de la Conférence politique consultative du peuple chinois qui se sont tenues en mars de cette année ont annoncé une seule nouvelle intéressante : la part du budget consacré au « maintien de la stabilité » (624 millions de yuans) a dépassé les dépenses militaires pourtant considérables (601 millions).

En général, lors de la Fête des morts, les policiers en civil sont très nombreux dans les cimetières, car on craint tout particulièrement que les parents des victimes du massacre du 4 juin 1989, et notamment les « mères de Tiananmen » dont les principales animatrices sont aujourd’hui en résidence surveillée, ne profitent de l’occasion pour réclamer la réhabilitation des victimes. En ces temps de tolérance zéro pour toute manifestation d’opposition, le souvenir du « Mouvement du 5 avril » inquiète les successeurs de Deng Xiaoping.

 

[1] Chinese Human Rights Defenders, March 31, 2011, « Escalating Crackdown Following Call for “Jasmine Revolution” in China ».

[2] Voir, Claude Cadart, Cheng Ying-hsiang, Les deux morts de Mao Tsé-toung, Paris, Seuil, 1977.

[3] Empereur qui unifia la Chine en 213 AC.

[4] Deng Xiaoping s’était engagé à réaliser les « Quatre modernisations » (déjà promises en 1973 par Zhou Enlai) de l’industrie, de l’agriculture, de la défense nationale, des sciences et techniques.

[5] Socialisme, marxisme-léninisme-pensée maozedong, dictature du prolétariat, direction du parti communiste.

[6] Le 4 juin 1989, date du massacre de Tiananmen.

 

 

« Faut-il avoir peur d’Ai Wei Wei ? »
Par Jordan Pouille

Mediapart du 11 avril 2011

 

On commence à en savoir un peu plus sur ce qui attendra Ai Wei Wei à sa sortie, si toutefois la police consentait à le faire réapparaître à la fin des 37 jours autorisés par la loi. D’après Xinhua, l’artiste enlevé le dimanche 3 avril pourrait être officiellement accusé… de plagiat et d’évasion fiscale.

Souvenons-nous : Ai Wei Wei a été arrêté par la police des frontières de l’aéroport de Pékin le dimanche 3 avril alors qu’il s’envolait pour Hong Kong. Depuis, l’artiste est coupé du monde extérieur et son nom est censuré par Baidu, le principal moteur de recherche. La semaine dernière, toute question à son sujet posée durant le point-presse du ministère des affaires étrangères, recevait la même réponse pleine de compassion : « La Chine est un État de droits et cette affaire sera gérée conformément à la loi ». Ironie du sort, les questions sur l’artiste disparaîtront finalement du compte rendu officiel de ce point-presse.

Aucune information sur la situation, sauf deux courtes dépêches de l’agence de presse officielle Xinhua, aussitôt effacées.

Une première annonçait que la police enquêtait sur d’éventuels « crimes économiques ». Bingo. Son comptable a disparu vendredi et aucune nouvelle depuis. Sur le site Boxun (qui diffusait les appels de Jasmin en Chine), on parle de soupçon d’évasion fiscale à hauteur de 60 millions de yuans : http://www.boxun.com/forum/201104/boxun2011/168940.shtml

Une deuxième dépêche, sortie dimanche, évoque le plagiat : un projet de déplacement de 1001 Chinois de Shanghai à Xi’an en 2006 ressemble à la même performance organisée par Ai Wei Wei plus tard en Allemagne. La dépêche s’accompagne de critiques personnelles (« artiste de seconde zone ») visant manifestement à discréditer l’artiste. Soit la même méthode utilisée à l’encontre du prix Nobel chinois Liu Xiaobo l’an dernier par la presse officielle. Interrogé par la correspondante du Guardian Tania Branigan, le professeur « plagié » se dit solidaire d’Ai Wei Wei et demande même sa libération.

Ai Wei Wei, 53 ans, est l’un des artistes chinois les plus réputés à l’étranger. Il jouit en Chine d’une certaine popularité, notamment pour avoir participer au design du « Nid d’Oiseau » : le fleuron des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.  Même si son atelier « Fake » était plutôt excentré, il a toujours été l’une des stars de 798, le quartier d’art contemporain de Pékin.

Un an plus tard, Ai Wei Wei faisait appel à une centaine d’architectes étrangers pour assouvir les fantasmes urbains des officiels de Ordos, une ville nouvelle de Mongolie Intérieure, en plein milieu du désert et construite avec l’argent du charbon. Le projet 101 0rdos ne s’est pas concrétisé (la ville, si), Ai Wei Wei étant devenu entre temps totalement infréquentable pour tout homme d’affaires ou haut fonctionnaire chinois qui se respecte.

Le 11 janvier, son atelier de 2 000 m2 sera rasé sans préavis par les autorités, « pour usage non conforme du terrain ». Reste son atelier Pékinois, toujours réquisitionné. Récemment, il y présentait aux visiteurs ses dernières sculptures de marbre : des caméras de surveillance, identiques à celle installées devant chez lui par la police. En général, Ai Wei Wei refusait les interviews « sensibles » par téléphone, se sachant sur écoute. Ce qui ne l’empêchait pas de vider son sac au cours de chaque entretien en face à face.

Ai Wei Wei savait, comme sa maman, qu’il pouvait se faire arrêter à tout moment. Sans doute n’avait-il pas digéré que son père, le célèbre poète Ai Qing, ait été contraint de nettoyer les chiottes du village durant la Révolution Culturelle, en débit d’une réhabilitation, à la mort de Mao.

Non content de comparer le gouvernement chinois à une mafia, de mêler son art à la dénonciation du régime actuel (en se photographiant par exemple le majeur tendu devant la Porte de la Paix Céleste de la Cité Interdite, où est accroché le fameux portrait de Mao), Ai Wei Wei a aussi signé la Charte 08 qui vaudra à son co-rédacteur l’intellectuel Liu Xiaobo une peine de onze années prison pour tentative de subversion au pouvoir de l’État.

Ai Wei Wei est aussi un usager éclairé des réseaux sociaux. Sur Twitter (78 000 followers) et Weibo, l’homme mettait donc en ligne nom, prénom, âge de chaque écolier mort dans les écoles trop vites effondrées pendant le séisme du Sichuan. Un travail de mémoire. Un tweet par enfant. 5 000. Le gouvernement, promettait lui aussi une enquête sur la malfaçon des écoles mais n’a jamais tenu promesse.

Le 7 avril, le ministre de la culture Frédéric Mitterand réclamait la remise en liberté de l’artiste : http://bit.ly/dOBPRL. Le directeur du Tate Modern, où Ai Wei Wei expose des millions de graines de tournesol en porcelaine, comme celui du musée d’Art Moderne de New York font pour leur part circuler une pétition.

Depuis bientôt deux mois, des dizaines de militants des droits de l’homme « disparaissent » dans l’indifférence générale, depuis un premier appel à la Révolution de Jasmin et sans que ceux ci ne soient même impliqués. La disparition d’Ai Wei Wei accentue subitement la pression internationale mais pour quel résultat ?

En attendant des nouvelles, Ai Wei Wei est devenu Ai Weila (« Aimer le futur ») sur Internet, permettant à ses défenseurs chinois de déjouer provisoirement la censure.

 

www.jordanpouille.com

La dernière oeuvre d’Ai Wei Wei, exposé dans le grand hall du Tate Modern jusqu’au 1er octobre : http://youtu.be/td3_EKX1Igo

 

 

« Amid Chinese Reports That Ai Weiwei Has
Confessed Guilt, a Global Protest Is Planned and
Blackjack Players Remember Their “Guru” »

Par Ben Davis sur Artinfo du 14 avril 2011

 

As Ai Weiwei’s detention by the Chinese government stretches onto its 12th day, his family and supporters, unable to contact the artist, remain in the dark about his fate. Despite that information blackout, jarring, sometimes contradictory news continues to trickle out through official state media outlets, and supporters — including some unlikely ones — are building up campaigns around the world, with demonstrations planned for this weekend. Here is a roundup of latest developments:

Ai Said to Have Confessed Guilt: In the face of global scrutiny and diplomatic denunciations, the Chinese government has continued to press its case against Ai before the public. The latest twist comes from the Hong Kong-based newspaper Wen Wei Po, controlled by mainland authorities, which has declared that Ai Weiwei himself has confessed to crimes. “A source revealed to this newspaper that firm evidence has been collected about Ai Weiwei's suspected economic crimes,” the paper wrote, according to the Guardian, adding, “As the investigation has deepened, the public security authorities have accumulated quite solid witness, documentary, and circumstantial evidence and Ai Weiwei has had quite a good attitude in co-operating with the investigation and has begun to confess about the issues.” Citing an unnamed source, the paper said that authorities had obtained “a large amount of evidence that Ai Weiwei is suspected of avoiding taxes, and the sums are quite large.”

La suite est à lire ici. L’article donne beaucoup de liens intéressants.

 

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 14:46

 

 

 

 

a-l-ouest-des-rails

 

Bonne nouvelle : deux des films de Wang Bing sont visibles en streaming.

 

À l’ouest des rails
2003

 

La premier volet d’À l’ouest des rails est ici en 23 parties sous-titrées en anglais (mais vraiment facile). Les trois autres volets sont dans les parages et comptent au moins autant de parties chacun, le documentaire durant plus de neuf heures. Cherchez le titre en anglais et en chinois, si nécessaire (Tie Xi Qu, West of the Tracks).
Il faut pirater ce film sans relâche et sans honte. D’abord parce que c’est un chef-d’œuvre absolu et ensuite parce que ce vieux saligaud de Karmitz le proposait à la vente pour près de 100 euros ! (Je viens de vérifier, le prix a baissé.) Si Karmitz voulait que personne ne voit le film, il ne s’y prendrait pas autrement.

Une présentation du film se trouve ici.

 

L’Argent du charbon
2008

 

L’Argent du Charbon est en cinq parties sous-titrées en anglais (toujours aussi facile), il ne dure que 52 minutes.

Une présentation du film se trouve ici.

 

Enfin pour les sinisants, voici un court entretien en chinois pas sous-titré du tout.

 

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