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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 19:01

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:28
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:12

 

« Mort du grand historien américain
Howard Zinn à 87 ans »

Par Cyril Cossardeaux

Culturopoing.com, le 28 janvier 2010

 

À côté d’une longue carrière d’activiste (particulièrement dans les mouvements pour les droits civiques ou pacifiques), l’ayant notamment amené à publier, en pleine guerre du Vietnam, des Pentagon Papers (avec Noam Chomsky) qui firent grand bruit, Howard Zinn restera surtout célèbre pour un livre, qui a changé à tout jamais l’approche historique de l’histoire de son pays, les États-Unis.

Son titre français, Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, ne lui rend qu’imparfaitement justice. Le titre original est plus juste : A People’s History of the United States. Davantage qu’une « histoire populaire » (que cela signifie-t-il, d’ailleurs ?) de son pays, une histoire du peuple américain, des Etats-Unis à travers ses « gens ordinaires », et pas ses leaders politiques. Publié en 1980, le livre a fait l’objet de cinq éditions depuis et a passé en 2003 le cap du million d’exemplaires vendus, un score absolument hallucinant pour ce type d’ouvrage, d’inspiration clairement marxiste, qui plus est (en France, il faudra justement attendre cette même année 2003, celle de la contestation contre le début de la deuxième guerre d’Irak, dans laquelle Zinn prit évidemment toute sa part, pour que le livre soit enfin traduit et publié…). Les Américains y découvraient ce que leurs enseignants et leurs médias passaient sous silence, particulièrement l’importance des luttes sociales de la classe ouvrière américaine, dont l’organisation et l’efficacité furent longtemps un exemple à suivre pour les mouvements populaires et syndicaux d’Europe occidentale. Il est clair que les livres et films de Michael Moore (on pense en particulier au récent Capitalism: a Love Story) lui doivent énormément.

Beaucoup plus récemment, cette Histoire populaire des États-Unis a fait l’objet d’une belle version, forcément un peu vulgarisatrice, en BD, rebaptisée Une histoire populaire de l’Empire américain, en collaboration avec Mike Konopacki et Paul Buhle.

Il fut bien entendu aussi l’auteur d’autres livres, tournant généralement autour de l’histoire américaine du 20ème siècle, toujours très politiques, et également de plusieurs pièces de théâtre, dont l’une consacrée à l’anarchiste Emma Goldman.

C’est une voix très importante de la critique sociale américaine qui s’est éteinte ce 27 janvier, en Californie.


 

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 19:01

 

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Londres, 1976


Il y a toujours de belles photographies et un suivi de l’actualité la plus brûlante (c’est le cas de le dire) sur le site Le Jura libertaire. L’adresse est dans les liens ci-contre et ici.

Mais qu’est-ce qui les incite à opter pour un tel debordisme, alors qu’il y a tant à dire sur la Révolution française, par exemple ? (Quant à évoquer d’authentiques révolutionnaires…)


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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 08:38

2009-Offre_p1.jpg


 

Tous les détails de l’opération sont donnés ici.

 

 

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:19

On me signale l’existence d’une pétition pour Cesare lancée depuis le Brésil à l’adresse du président de ce pays, Lula da Silva. Je reproduis les éclaircissements qu’en donne Fred Vargas.

 

 

L’appel explicatif de Fred Vargas

 

Nos amis Brésiliens viennent de mettre en place une pétition adressée au président Lula, lui demandant d’accorder à Cesare Battisti l’asile présidentiel. En effet, l’extradition de Battisti vers l’Italie dépend seulement à présent de la décision du président Lula, qui l’annoncera vers février 2010.

 

Vous savez que Cesare Battisti fut condamné, en son absence, à la prison à perpétuité en 1988, pour deux crimes directs et deux complicités de crimes commis en 1978 et 1979, il y a trente ans, durant les années de plomb italiennes. Vous savez que Battisti fut jugé en Italie lors d’un premier procès, entaché de nombreuses tortures avérées, qui ne le condamna pour aucun des quatre crimes commis par le groupuscule des PAC. Vous savez que Battisti a toujours nié avoir tué quiconque. Et en effet : le second procès, mené en son absence, n’apporta pas la moindre preuve matérielle contre lui, ni un seul témoignage oculaire. Battisti fut condamné exclusivement sur la “parole” des membres du groupe accusés, qui avaient choisi le statut de “repentis”, c’est-à-dire qui gagnaient de considérables remises de peine en échange de leurs accusations. Ce fut essentiellement le chef du groupe, Pietro Mutti, qui chargea Cesare Battisti de ses propres crimes et de ceux de ses camarades. Il ne fit que huit années de prison.

 

Il est essentiel de rappeler, concernant le premier homicide des PAC, que Pietro Mutti fut accusé par deux enquêtes policières d’avoir tiré sur Santoro, concernant le 2e homicide, que Memeo, Fatone, Massala et Grimaldi composèrent seuls le commando contre Torregiani, concernant le 3e homicide, que Giacomin avoua avoir tiré sur Sabbadin, et concernant le 4e homicide, que l’arme qui tua Campagna appartenait à Memeo, et que l’agresseur mesurait vingt centimètres de plus que Battisti.

 

Tout au long de ce procès italien, on prit soin de représenter Battisti en fabriquant trois procurations, afin de rendre la sentence irréversible. Une expertise attesta en 2005 la falsification de ces procurations, visible à l’œil nu. Cet usage de faux démontre à lui seul le piège des repentis dans lequel tomba Battisti.

 

Face à cet ensemble de faits et à la démesure de l’acharnement politique du gouvernement italien contre cet homme, devenu un trophée-symbole pour l’Italie, le ministre de la justice brésilien, Tarso Genro, accorda le refuge politique à Battisti en janvier 2009, ce qui devait éteindre légalement le procès d’extradition en cours. Mais, pour des raisons de luttes politiques internes, le Tribunal Suprême Fédéral du Brésil décida de passer outre et de poursuivre, et une courte majorité de ses juges (5 à 4) choisit d’ignorer tous les faits convergeant vers l’innocence de Battisti, de nier la nature politique des crimes (ce qui empêche l’extradition au Brésil), de déclarer “illégal” l’acte de refuge du ministre de la Justice, et de l’extrader. Sentence exclusivement politique, sans aucun respect pour la vérité des faits.

 

Nos amis Brésiliens, mobilisés pour la défense d’une véritable Justice et non pas d’une justice politique, mobilisés pour la défense d’un homme qui n’eut jamais dans sa vie l’occasion de répondre à un juge, qui servit de bouc émissaire à ses anciens camarades puis d’enjeu politique en Italie, en France et au Brésil, ont à présent besoin de notre aide. Nous pouvons la leur apporter en signant la pétition brésilienne.


 


Je renvoie pour toute information complémentaire (traduction du texte de la pétition) à la page de La Revue des ressources et remercie chaleureusement Louise.


 

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 20:18




Howard Zinn
Une histoire populaire de l’empire américain


Mike Konopaki, Paul Buhle
(Vertige Graphic, 2009)



Sortie en août dernier, l’adaptation en bande dessinée de la célèbre histoire de Howard Zinn s’arrache, c’est en passe de devenir la sensation de cette fin d’année. Je suis donc enchanté d’en rendre compte ici et je le fais d’autant plus volontiers que j’aime Giusti, Bérengère et Robert ; c’est la meilleure raison du monde.


Communiqué de presse :

« En tant qu’historien, Howard Zinn part du postulat que les ouvrages de ses collègues sont, quasiment tous, idéologiquement orientés en passant systématiquement et sciemment sous silence tout un pan du passé. Ainsi est né le projet d’Une histoire populaire des États-Unis, destiné à offrir une perspective plus équilibrée de cette dernière. Aussi y sont dépeints les guerres d’expansion des États-Unis, les luttes entre Indiens et Américains blancs, les combats des travailleurs contre l’exploitation éhontée d’un capitalisme sauvage qui voient la difficile naissance du syndicalisme, les luttes des femmes face au patriarcat, les mouvements de Noirs contre le racisme et pour les droits civiques, sans compter bien d’autres épisodes de l’histoire américaine, trop souvent sinon négligés, du moins minorés.

« Son adaptation en bande dessinée, Une histoire populaire de l’empire américain, est remarquable par sa puissance synthétique, qui réussit à n’édulcorer en rien le propos de Zinn. Son découpage et son rythme parviennent à insuffler une vie à ce qui n’aurait pu apparaître que comme une somme historique. Partant, elle est chaudement recommandable à qui s’intéresse de près ou de loin à l’histoire des États-Unis.

« Aux États-Unis comme en France, le livre de Zinn a rencontré et continue de remporter un vif succès (Agone à ce jour en a vendu près de 30 000 exemplaires). »



Scénario : Howard Zinn & Paul Buhle
Dessin : Mike Konopacki
Traduction : Barbara Helly
Postface : Robert Chesnais
17 x 24, 288 p. en noir et blanc, 22 euros


Vertige Graphic
5, rue Saint-Sébastien
75011 Paris


Vous pouvez vous rendre chez eux, ils proposent les livres des éditions Nautilus et ceux de Vertige Graphic, ainsi qu’une ribambelle d’éditeurs indépendants, près d’une quarantaine, qu’ils distribuent au travers de la structure Court-circuit (Les Nuits rouges, L’Échapée, L’Insomniaque, L’Or des fous, etc.).

Ne me demandez pas l’adresse de leur site, Vertige graphic et Nautilus en sont dépourvus !


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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 21:04




L’Empire de la honte
(Fayard, 2005, réédition
 Le Livre de Poche, 2007)



Présentation de l’éditeur :

« Nous assistons aujourd’hui à un formidable mouvement de reféodalisation du monde. C’est que le 11 septembre n’a pas seulement été l’occasion pour George W. Bush d’étendre l’emprise des États-Unis sur le monde, l’événement a frappé les trois coups de la mise en coupe réglée des peuples de l’hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales.

« Pour parvenir à imposer ce régime inédit de soumission des peuples aux intérêts des grandes compagnies privées, il est deux armes de destruction massive dont les maîtres de l’empire de la honte savent admirablement jouer : la dette et la faim. Par l’endettement, les Etats abdiquent leur souveraineté ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté.

« Cette formidable machine à broyer et à soumettre ne supporte plus aucune des limitations que le droit international prétendait traditionnellement imposer aux rapports entre les États et entre les peuples. Du coup, c’est le régime de la violence structurelle et permanente qui, partout, gagne du terrain au Sud, tandis que le droit international agonise.

« Mais qui sont donc ces cosmocrates qui, peu à peu, privatisent jusqu à l’eau que les peuples doivent désormais leur acheter ? Ce livre traque leurs méthodes les plus sournoises : ici on brevète le vivant, là on casse les résistances syndicales, ailleurs on impose la culture des OGM par la force.

« Oui, c’est bien l’empire de la honte qui s’est mis subrepticement en place sur la planète. Mais c’est précisément sur la honte qu’est fondé le ressort révolutionnaire, comme nous l’ont appris les insurgés de 1789.

« Cette révolution, elle est en marche : insurrections des consciences ici, insurrections de la faim là-bas. Elle seule peut conduire à la refondation du droit à la recherche du bonheur, cette vieille affaire du XVIIIe siècle.

« Jean Ziegler, qui témoigne ici d’une connaissance exceptionnelle du terrain, y appelle sans réserve en conclusion. »



J’en profite pour glisser l’annonce d’une publication entre aperçue dans une librairie et dont je ne sais rien de plus que le texte qui figure en quatrième de couverture, sinon que le sujet me plait bien !


Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours
Le vrai visage du capitalisme français


Par F. Charpier, B. Collombat,
M. Orange,
D. Servenay, E. Seznec
 (La Découverte, 2009)


    
Présentation de l’éditeur :


« De la Seconde Guerre mondiale à la crise financière de 2008-2009, chacun croit plus ou moins connaître l’histoire de l’économie française. Mais derrière l’histoire officielle des manuels scolaires s’en cache une autre, secrète : elle met en scène les hommes qui ont réellement façonné le capitalisme français. C’est cette saga que racontent dans ce livre cinq journalistes d’investigation.

« Elle plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable “système” né dans l’après-guerre et qui, malgré ses mutations, marque encore aujourd’hui la machine patronale. Du recyclage des anciens cadres de Vichy dans la reconstruction jusqu’aux caisses noires des syndicats patronaux, en passant par le financement secret des partis politiques ou les graves dérives du paritarisme, on découvre le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, de Georges Albertini, éminence grise du patronat liée à l’extrême droite dans les années 1950, ou les “conseillers du prince” qui ont influencé les choix économiques des présidents successifs de la Ve République. On découvre aussi les efficaces lobbyistes d’un patronat capable de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens. Et qui a su s’appuyer sur des intellectuels et des grands médias pour convertir les élites politiques aux “mérites” de la finance dérégulée.

« Cette somme brosse le vrai portrait de nombreux patrons, révèle les bonnes affaires des uns dans la “Françafric”, les juteuses opérations des autres dans l’immobilier ou l’industrie. On découvre comment se sont vraiment faites la plupart des grandes fortunes françaises, celles d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à l’État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions plus qu’obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, coups fourrés, etc.

« La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête. »




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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:09




We Feed The World, Le Marché de la faim
D’Erwin Wagenhofer (2005)




« Étant donné l’état actuel de l’agriculture dans
le monde, on sait qu’elle pourrait nourrir
12 milliards d’individus sans difficulté.
Pour le dire autrement : tout enfant qui
meurt actuellement de faim est,
en réalité, assassiné. »


(Jean Ziegler, extrait de We Feed The World)




Le film de l’Autrichien Wagenhofer est autrement plus subtil que Food Inc. que je viens d’évoquer. Remarquablement réalisé, bien rythmé, doué d’un regard et d’une sensibilité qui font complètement défaut au précédent, le documentaire réussit en seulement 1 h 35 un pari difficile. Passant de différentes régions de l’Europe au Brésil, il esquisse un état des lieux de la production alimentaire contemporaine, mettant à jour les nombreuses contradictions du système qui l’a produit. Jean Ziegler, pourfendeur des injustices du monde, vient rappeler de-ci de-là, autant de chiffres accablants que de vérités dérangeantes.

Tristesse devant les images du Nordeste brésilien où rien ne s’améliore. Robert Linhart, il y a trente ans de cela, a dénoncé la misère et la faim qui touchait cette région dans les pages inoubliables de Le Sucre et la faim (Éditions de Minuit, 1980).

Fascination devant la longue séquence qui montre la chaîne de « fabrication » du poulet depuis l’incubation artificielle de l’œuf… Sourire devant le discours stéréotypé de l’enflure qui règne sur le siège de Nestlé (à Vevey en Suisse) et excellente initiative du réalisateur de ne pas le contredire ; mieux valait, en effet, le laisser débiter ses poncifs et ses horreurs.




Film très fortement conseillé – et oubliez le précédent. On a hâte de découvrir, du coup, Let’s Make Money, la dernière œuvre cinématographique de Wagenhofer, dont les extraits font froid dans le dos (ici)…

We Feed The World
dispose lui aussi d’un site officiel, . Enfin, il existe un livre tiré du film qui est même paru en poche, Le Marché de la faim : Le livre du film We Feed The World (Actes Sud, 2007, rééd. Babel, 2008).

Daniel Mermet dans l’émission « Là-bas si j’y suis » a réalisé un entretien avec Jean Ziegler à propos du documentaire que je vous invite à écouter sans tarder. Ziegler expose avec beaucoup de clarté des aspects essentiels du capitalisme contemporain, dont la dette des pays en voie de développement et sous développés ou le rôle criminel d’une institution telle le FMI – faut-il rappeler que le Fond monétaire international est dirigé par un socialiste français, le fringant Dominique Strauss-Khan ?

On peut également citer l’ouvrage de Jean Ziegler dont s’est inspiré Erwin Wagenhofer, L’Empire de la honte (Fayard, 2005, rééd. Le Livre de Poche, 2007).



Je reproduis pour finir le début de l’entretien avec le réalisateur qui est tiré du site du film.


Comment vous est venue l’idée de ce film ?

Pour répondre complètement à votre question, l’idée est venue d’un précédent projet. Nous étions en train de réaliser un film intitulé « Opération Figurini » sur un projet artistique sur les marchés viennois. À l’origine nous avions prévu de réaliser un documentaire très détaillé sur les marchés de la capitale. Et puis au moment d’écrire le scénario, de démarrer la préparation du film, je me suis baladé de long en large sur les marchés de la ville et je me suis demandé ce qui en faisait le principal intérêt. Moi, tout ce qui m’intéressait, c’était les produits : d’où viennent toutes ces marchandises ? L’idée originale était de commencer sur le plus célèbre marché de Vienne, le Naschmarkt, et de regarder ce qui se passait en coulisses. D’où viennent ces marchandises, les tomates, tous les autres produits ? D’où est-ce qu’ils viennent ? Nous avons commencé par les tomates. Nous avons fait des recherches, et c’est comme cela que nous avons atterri en Espagne. On a commencé par le cas des tomates, voilà.

Vous attendiez-vous à rencontrer quelque chose de cette ampleur en Espagne ?

Je n’ai jamais cherché à savoir s’il y avait des pesticides ou tout autre substance illégale dans les aliments. J’ai toujours été davantage intéressé par les relations entre les évènements. Dans le cas des tomates espagnoles, par exemple, je trouvais déjà ça assez curieux avant de me rendre sur place qu’un produit aussi simple qu’une tomate doive parcourir 3 000 km pour arriver jusqu’à nous. Il y a quelque chose qui ne me plaisait pas là-dedans. Et puis c’est devenu l’histoire principale. Nous n’avons découvert que les plus grandes serres du monde se trouvaient en Espagne qu’une fois arrivés là-bas.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans ce que vous avez vu ?

Au fond, ce qui m’a le plus étonné, c’est de voir la taille de ces centres de production. C’est vrai, voir ça en Espagne, la dimension de ce lieu, c’est vraiment impressionnant. Prenez les poules, par exemple : nous étions dans des hangars d’élevage avec cages en batterie de taille moyenne qui, ici en Autriche, contiennent 35 000 poules. Et ce sont des hangars de taille moyenne, il y en a qui contiennent 70 000 poules. C’est… je ne dirais pas impressionnant, mais c’est plutôt inquiétant de se retrouver avec ça sous les yeux. Le pire moment du film qui me soit arrivé personnellement, ce fut alors que nous filmions tôt le matin le rassemblement des poules. Ils les rassemblent quand il fait encore nuit parce qu’à ce moment-là elles ne s’excitent pas trop. Une fois qu’il fait jour, elles deviennent complètement hystériques et sont plus difficiles à attraper. Nous y sommes donc allés dans une obscurité presque totale. Il y a l’odeur, bien sûr, et le bruit, mais il y a eu autre chose, qui fut l’expérience la plus horrible pour moi : entrer dans un hangar où les poules ont chié et pissé dans la fosse à fumier pendant cinq semaines, le sol est tout mou, tout spongieux, et tout à coup, vous dites « ouh la! », et en fait vous avez marché sur une poule morte. Alors ça, ça a vraiment été le pire moment, pire que l’abattoir.

Comment avez-vous réussi à pénétrer dans ces lieux pour filmer et interroger les gens ?

Quelle a été notre approche ? Et pourquoi avons-nous quitté l’Autriche si vite après cela ? En Autriche, c’est un fait, les gens ont peur. On a vraiment eu du mal à trouver des gens capables de dire plus ou moins ce qu’ils pensaient. On peut trouver à tous les coins de rue des agriculteurs qui au bout de deux minutes vont se plaindre des règlements, des prix imposés et des chaînes de grande distribution en les nommant. Mais quand on leurs demande s’ils peuvent parler devant la caméra, même s’ils disent oui, en fait ils ne peuvent pas. Ils ont peur. Tous les producteurs et toutes les sociétés alimentaires d’Autriche dépendent de deux grandes chaînes de distribution, et ils sont terrifiés à l’idée de ne plus pouvoir vendre à la chaîne A ou à la chaîne B. C’est vraiment impressionnant. Ça, c’est une partie de l’histoire. Il y en a une autre en Espagne, où les gens étaient sceptiques aussi, bien sûr. Finalement je me suis demandé pourquoi ils nous laissaient filmer. C’est en raison de ma façon de procéder. Je n’arrive jamais avec la caméra, au contraire, souvent je viens seul quatre ou cinq fois. C’est ce que j’appelle établir la confiance. Et je ne me moque pas des gens, ça se voit très bien dans le film. C’est quelque chose dont je suis très fier, je ne ridiculise personne dans le film. Pas même Peter Brabeck, le président de Nestlé, je vous assure. J’ai parlé avec lui comme je l’aurais fait avec un agriculteur en Autriche, et les gens s’en rendent bien compte. C’est pourquoi ils disent oui. En tout cas, nous ne nous sommes jamais intéressés à ce qui était illégal. C’est très important. Nous n’avons pas traité l’illégal, mais ce que recouvrent les conditions normales, légales. Rien de ce que montre le film ne sort du cadre légal, aucune manigance. Le film ne montre pas la moindre affaire louche, ça ne m’a absolument jamais intéressé. Que des pommes de terre soient expédiées de Munich à Trieste, et là, je ne sais pas, réexpédiées à Regensbourg, où elles sont emballées et transportées jusqu’à Budapest pour en faire des frites, ça ne m’intéresse pas. Les vides juridiques existent dans tous les systèmes. Tout comme ces barons pillards de l’industrie du début du XXe siècle, les gens essaient toujours de gagner de l’argent facilement. Le législateur s’en rend compte, comble le vide juridique et voilà, c’est terminé. Je m’intéresse davantage au long terme. Ce qui se passe en Espagne, notamment, a commencé dans les années 60, comme nous l’a indiqué notre guide sur place, Lieven Bruneel. C’est le genre de chose mise en place et qui grandit, grandit, devient de plus en plus complexe, et maintenant les Espagnols doivent faire face à une pénurie d’eau et à d’autres problèmes. Ce qui nous a intéressé, c’était de voir comment le travail était effectué dans un premier temps. Pourquoi tous ces Africains viennent-ils travailler ici ?

Comment avez-vous trouvé des gens comme Karl Otrok ?

De différentes manières. Quand on commence à traiter un sujet, il s’étend, il s’ouvre, et parfois on est sur la bonne voie, et parfois pas du tout. Karl Otrok est un cousin de Gerhard (un boulanger autrichien), celui qui m’a conduit à l’histoire du pain. Mais Karl Otrok vit en Roumanie, il est plutôt difficile à joindre, et quand il est en Autriche, ce n’est que pour quelques heures le week-end. J’avais déjà été en contact avec lui cinq ou six fois mais là, ça devenait urgent parce que c’était déjà la saison de la récolte et nous voulions tourner avant. Puis un jour, j’ai simplement dit : « Il faut que je vous parle face à face, il faut que je vous voie ». Il m’a répondu : « Seule possibilité : à 8 heures demain matin, parce que j’ai un vol pour Budapest à 10 heures ». C’était un lundi. A l’aéroport il a tout de suite commencé à dire tout ce qu’il dit finalement dans le film. Mais j’ai demandé : « Attendez. Vous pourriez dire ça devant une caméra ? Oui ? Bien, alors vous décollez à 10 heures, nous partirons en voiture à 5 heures. » C’est comme ça que ça s’est passé.

… Jean Ziegler ?

La façon dont ça s’est passé est intéressante, parce que c’est lui que j’ai trouvé en premier. Je lis ses livres et je suis ses apparitions télé depuis des années et j’ai un grand respect pour son travail. Mais j’ai choisi Jean Ziegler pour une seule raison, ou plutôt il nous a intéressé pour une seule raison : il travaille à l’ONU. C’est-à-dire que Ziegler parlant en son propre nom interviendrait tout de suite sous l’angle social, mais étant donné sa fonction de Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, c’était intéressant de l’avoir dans le film. Je lui ai écrit une lettre, et comme je sais que c’est un admirateur de la révolution française, j’ai posté la lettre le 14 juillet. J’ai longtemps travaillé sur cette lettre, mais deux jours après il m’appelait. Nous nous sommes rencontrés à Genève trois mois plus tard.

… Peter Brabeck ?

J’ai adressé une lettre similaire à Peter Brabeck, à vrai dire presque la même lettre mot pour mot. Pas le 14 juillet, un peu plus tard, avec quelques modifications, et étonnamment, j’ai reçu une réponse. Au début, la réponse était non, nous ne voulons rien avoir à faire avec ça, votre film sur les produits frais, etc. En tout cas, Nestlé a d’abord refusé d’intervenir dans le film. Ils voulaient en fait me renvoyer vers quelqu’un de chez Nestlé Autriche ou à des responsables des produits alimentaires. Mais pour moi c’était clair, c’était Brabeck ou rien. Ensuite il y a eu un long silence de Nestlé. En octobre, je rencontrais Jean Ziegler à Genève et je me suis dit que j’allais m’arrêter chez Nestlé. Je les ai appelés la veille, j’ai eu le porte-parole de la société à qui j’ai dit que je venais le lendemain, que ce serait bien de discuter face à face. Ça a été le point décisif. Ça a vraiment été significatif que je me montre en personne, je devenais réel, concret. Puis assez rapidement on a pu faire l’entretien. Je ne réalise pas vraiment des entretiens, mais j’avais un rendez-vous avec Peter Brabeck, le 11 novembre 2004, juste le jour du lancement du carnaval allemand. On a filmé pendant une heure et demie. On a d’abord fixé le sujet : le génie génétique, l’eau, la faim et la position des sociétés de l’alimentaire sur ces thèmes. Je savais très bien que M. Brabeck, dans sa vie, avait dû suivre je ne sais combien de séminaires de rhétorique et que je ne pourrais pas rivaliser avec lui sur ce terrain. Lui il fait de la communication, il veut délivrer un message. Alors comment l’amener d’un côté, à lui donner l’impression qu’il a délivré son message, et de l’autre, à lui faire dire des choses qu’il pourrait ne pas vouloir dire ? Ma théorie, c’était qu’en le laissant parler assez longtemps, à un moment il dirait aussi ce qu’il pense vraiment en tant qu’être humain. Et ça a d’ailleurs fini par marcher. Je suis sûr que quand Peter Brabeck verra le film, il ne trouvera absolument rien à redire à ce que nous montrons. C’est comme ça qu’il voit le monde, c’est une manière de voir le monde et il doit représenter cette vision. Après tout, il ne fait que représenter les grandes entreprises, c’est son métier, il reçoit beaucoup d’argent pour ça. Je ne pense pas qu’il soit un « méchant ». Je dirais plutôt que c’est une certaine vision des choses. Il y en a d’autres.


Extrait d’un entretien de Birgit Kohlmaier-Schacht,
réalisé à Vienne, le 28 juin 2005.

 
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 01:57


Le Monde avec AFP
25 novembre 2009


L’ancien activiste italien Cesare Battisti pense qu’il restera au Brésil, même s’il a l’intention de revenir un jour en Italie, mais « pas avec les menottes », affirme-t-il dans un entretien au quotidien italien La Repubblica publié mercredi 25 novembre. « Franchement, je crois que, même pour [Silvio] Berlusconi, cette histoire n’a aucune importance. Je pense que je resterai au Brésil. Hormis quelques ministres fascistes, les autres resteront tranquilles », déclare-t-il dans cette interview réalisée dans sa prison de Brasilia.

Cesare Battisti a interrompu mardi sa grève de la faim entamée onze jours plus tôt, « une marque de confiance envers le président » Luiz Inacio Lula da Silva, qui doit rendre une décision sur son extradition. Sans jamais se prononcer expressément, le président Lula a laissé entendre qu’il était opposé à l’extradition de Battisti.

« Trente années après [les faits], je suis un trophée. C’est pour cela que l’on s’acharne en Italie. Il n’y a plus personne de cette époque en prison, et maintenant vous voulez que ce soit moi qui paye pour tout le monde », s’indigne M. Battisti. « Je l’ai répété tant de fois, j’ai été condamné par contumace sur la base de déclarations de repentis qui ont obtenu des remises de peine, explique-t-il. Je retournerai en Italie un jour ou l’autre, mais pas avec les menottes. »

Battisti, 54 ans, à qui le Brésil a octroyé, en janvier dernier, le statut de réfugié politique, a été accusé de quatre meurtres en Italie à la fin des années 1970 alors qu’il était membre des Prolétaires armés pour le communisme. Il a été condamné à perpétuité par contumace en Italie.

Dans un vote serré et controversé, la Cour suprême du Brésil a donné son feu vert, le 18 novembre, à l’extradition de Battisti vers l’Italie, mais a décidé dans le même temps qu’il revenait au chef de l’État de se prononcer en dernier ressort.

L’article est consultable ici.

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