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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 18:58


 

Je vous soumets un texte volé sur le site de Charles Tatum et qui est donné dans le dernier Siné hebdo. Il vient contrebalancer les inconséquences que Michel Onfray avait cru bon de publier l’hiver dernier dans cet hebdomadaire – je renvoie à ses deux articles numérisés, dignes de Je suis partout, que j’ai donné ici. Ils étaient bien dans la veine vichyssoise du reste de la presse française : aux ordres, comme la tradition le veut. On notera avec quelle mansuétude Nicolas Sarkozy traite ses vassaux ; quand il ne les fait pas interroger par ses juges, il les fouille au cul.




Tarnac, zone interdite

 

Les plus inattentifs l’auront remarqué : l’État fait preuve d’un bel acharnement contre les inculpés du 11 novembre 2008, dans l’affaire dite de Tarnac. Le 26 mars, un article du Monde faisait pourtant le point sur le contenu du dossier, près de mille pièces et p.v. : depuis plus d’un an s’était déployé un dispositif digne de la Stasi (caméras dans les appartements et autour de la ferme tarnacoise, intrusions clandestines) et au bout du compte : aucune preuve matérielle. La seule mise sur écoute de l’épicerie gérée par l’un des membres du groupe a coûté 2 883,15 euros par mois. La réplique médiatique ne se fait pas attendre : dès le lendemain, le site du Nouvel Observateur annonce que « l’étau se resserre sur les inculpés de Tarnac », au motif qu’on aurait trouvé, tiens donc justement maintenant, un « manuel de fabrication d’explosifs sur l’ordinateur d’Yldune Lévy ». Or tout le monde sait que de tels « manuels », plus ou moins sérieux, sont téléchargeables sur internet.
 

En réalité, le seul élément à charge contre Julien Coupat et sa compagne est leur présence non loin des lieux d’un sabotage de caténaire, dans la nuit où il s’est déroulé. Outre qu’en suivant de manière visible un couple de militants déterminés à échapper à toute surveillance étatique, il n’est pas bien difficile de les amener à être présents où on veut, les bizarreries abondent autour de cette caténaire sabotée en rase campagne par des gens qui ne pouvaient qu’être dotés d’une grande expertise (et la seule connue là-dessus est celle des antinucléaires allemands, qui pratiquent la chose depuis dix ans et ont revendiqué ce sabotage) : total désintérêt des policiers pour la revendication allemande (aux dernières nouvelles, ils ne l’avaient toujours pas demandée au journal qui l’avait reçue - les éventuelles traces qui auraient s’y trouver ne semblant pas les intéresser), relevés effectués seulement là où Julien et Yldune étaient censés avoir opéré (alors que d’autres sabotages avaient eu lieu ailleurs), disparition des enregistrements des communications informatiques et téléphoniques de la SNCF pour la seule tranche horaire du sabotage.
 

Si Julien Coupat reste en taule malgré la faiblesse du dossier, le sort de ses co-inculpés n’est pas non plus très enviable. Les habitants de Tarnac parmi eux sont interdits de présence là-bas, ce que ne saurait justifier aucune nécessité de l’enquête, les logements, perquisitionnés plusieurs fois, n’étant même pas sous scellés. Comme pour les enfantiliser, on assigne ces trentenaires à résidence chez leurs parents : Benjamin, l’épicier, chez sa mère à Avranche, à des centaines de kilomètres de son épicerie, Yldune chez ses géniteurs, interdite de contacts avec les parents de son compagnon, etc. L’épicerie qu’appréciaient tant les gens du cru, menace faillite, la bibliothèque publique créée par Julien et ses amis est en déshérence et les moutons, entretenus pour l’heure par des voisins, attendent leurs pasteurs. On voudrait désocialiser ces gens, rompre les liens tissés avec la population locale et les pousser à ressembler à l’épouvantail qu’on a fait d’eux, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Il paraît que le patron des ex-RG de Limoges a déclaré que tant qu’il serait vivant, ils ne retourneraient pas à Tarnac. Comme on est sûr que la résistance aux opérations médiatico-policières du clan au pouvoir n’a pas fini de s’affirmer, mais comme on ne veut de mal à personne, souhaitons donc au chef local des Grandes Oreilles de changer d’avis et de vivre longtemps.


Serge Quadruppani

 

Le texte est aussi disponible sur le site « Les contrées magnifiques », http://quadruppani.blogspot.com/


 

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 05:13




 Nouvelle stratégie pour Julien Coupat et les inculpés de Tarnac ?




Tiqqun
Contributions à la guerre en cours


À paraître à La Fabrique le 23 avril 2009



Les trois textes réunis dans ce livre sont parus dans la revue Tiqqun 2, en 2001. Ils ont été rédigés avant le 11 septembre de cette année, et avant bien d’autres événements qui ont suivi, mais leur force prémonitoire les rend aujourd’hui plus qu’actuels. L’Introduction à la guerre civile montre comment « l’État moderne, qui prétend mettre fin à la guerre civile, en est plutôt la continuation par d’autres moyens ». Dans le texte sur « la science des dispositifs », on verra que « les fictions de la métaphysique, ces grandes constructions désertiques qui ne forcent plus ni la foi ni l’admiration ne parviennent plus à unifier les débris de la désagrégation universelle. Sous l’Empire, les anciennes Institutions se dégradent en une cascade de dispositifs. » Et dans l’insurrection qui vient, la liquidation des dispositifs est le premier des buts. Comment faire apporte au livre une note plus douce, bien que … « On a vu, on a compris. Les méthodes et les buts. Le destin qu’on nous réserve. Celui qu’ON nous refuse. L’État d’exception. Les lois qui mettent la police, l’administration, la magistrature au-dessus des lois. La judiciarisation, la psychiatrisation, la médicalisation de tout ce qui sort du cadre. De tout ce qui fuit. On a vu. On a compris. Les méthodes et les buts. »


Tiqqun est tout autre chose qu’une revue – une pensée partagée, un groupe d’ami(e)s à géométrie variable mais à programme fixe, la subversion du monde actuel. De Tiqqun, La Fabrique a publié en 2000 La Théorie du Bloom.

 

200 p., 13x20, 12 euros
ISBN 9782913372931


      

(Source : La Fabrique.)

 

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:00








Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé l'« affaire de Tarnac » ne cesse de ne plus vouloir finir. Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d'une cellule invisible. Puisqu'il semble que quelques personnes aient encore intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque, il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l'on nous a taillé (« les 9 de Tarnac »), pour un nécessaire éclaircissement collectif. Alors voilà.

Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos poubelles, les flics reluquaient jusqu'à l'intérieur de nos rectums. C'est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier, vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos maisons. Vous jouissez de ces moyens.

Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d'autres. Atomisés par vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une administration, toute une police et toute la logique d'un monde. Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà dressé. Aussi, qu'on ne nous demande pas d'être beaux joueurs.

Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d'« individus », constitués en « cellule », appartenant à une « mouvance » d'une fraction de l'échiquier politique. Vous en avez besoin, car c'est votre seule et dernière prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe quelque chose en France, mais ce n'est certainement pas la renaissance d'une « ultragauche ». Nous ne sommes ici que des figures, qu'une cristallisation somme toute plutôt vulgaire d'un conflit qui traverse notre époque. La pointe médiatico-policière d'un affrontement sans merci que mène un ordre qui s'effondre contre tout ce qui prétend pouvoir lui survivre.

Il va sans dire qu'à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons, les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n'y comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour vous expliquer.

Tertio. Nous constatons qu'il y a plus de joie dans nos amitiés et nos « associations de malfaiteurs » que dans vos bureaux et vos tribunaux.

Quarto. S'il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre emploi vous amène jusqu'à nous questionner sur nos pensées politiques et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente aux yeux de l'État et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l'opacité. Et l'on nous dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone portable, qui cryptent les textes qu'ils écrivent, qui font d'habiles détours en rentrant chez eux. Comme on dit : c'est ballot.

Quinto. Depuis le début de cette « affaire », vous avez semblé vouloir accorder beaucoup d'importance au témoignage d'un mythomane, aussi appelé « sous X ». Vous vous obstinez, c'est courageux, à accorder un peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait l'honneur de la France il y a quelques décennies - la délation. C'en serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l'accusation de chef à l'encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires, comme à Villiers-le-Bel après les émeutes.

Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu'il nous reste est désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s'est déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu'il est notre ami. Qu'il n'est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons qu'à partir de ce jour, dans l'héroïque tradition d'un Bartleby, « nous préférerons ne pas ». En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu'à ce que vous le libériez, jusqu'à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu'à ce que vous abandonniez les poursuites.

Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas. Pour tous ceux que le ressentiment n'étouffe pas et qui font de la joie une question d'offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères et nos soeurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d'apitoiement. Pas de héros, pas de martyrs. C'est précisément parce que cette affaire n'a jamais été juridique qu'il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d'un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n'est rien d'autre que la généralisation de pratiques collectives d'autodéfense partout où cela devient nécessaire.

Il n'y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.



Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l'« affaire de Tarnac ».

Lundi 16 mars.



http://www.soutien11novembre.org


 

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 21:07


 

Il me faut rappeler les coordonnées
de Julien Coupat en prison.

 

 

Prison de La Santé
Julien Coupat
N° d’écrou : 290173
42, rue de la Santé
75014 Paris
France 

 


http://www.soutien11novembre.org



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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 18:53




 

Affaire Tarnac : Julien Coupat reste en détention

Lemonde.fr 13.03.09

 

Julien Coupat reste en détention. La cour d’appel de Paris a rejeté une nouvelle fois, vendredi 13 mars, sa demande de remise en liberté. Julien Coupat est incarcéré depuis le 15 novembre dans l’enquête sur des dégradations contre des lignes SNCF. Il s’agissait de la troisième demande de mise en liberté déposée par cet homme de 35 ans mis en examen pour direction d’une entreprise terroriste et destructions en réunion à visée terroriste.


Son avocate, Me Irène Terrel, avait fait appel d’une ordonnance de rejet de mise en liberté délivrée le 23 février par un juge des libertés et de la détention (JLD). « Une nouvelle fois, la demande est rejetée », a indiqué à la presse Me Terrel, dénonçant un « fiasco politico-judiciaire ». Le parquet général avait requis son maintien en détention. L’avocate a dans la foulée annoncé un certain nombre « d’initiatives juridiques et politiques ». « Nous allons demander à ce que la juridiction antiterroriste soit déclarée incompétente », a notamment annoncé Me Terrel.


Soupçonné d’avoir commis des dégradations à caractère terroriste début novembre de lignes de TGV, Coupat reste le seul en détention parmi les neuf personnes mises en examen dans cette enquête. Sa compagne, Yldune Levy, avait été remise en liberté le 16 janvier.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/13/sncf-julien-coupat-reste-en-detention_1167761_3224.html#ens_id=1164748

  

 

Affaire de Tarnac : « Nous ne répondrons plus aux questions du juge »

Lemonde.fr 13.03.09



Après le refus de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris de remettre en liberté Julien Coupat, les huit autres personnes mises en examen annoncent par la voix de Benjamin Rosoux qu’elles ne répondront plus aux questions du juge afin de « faire front commun contre un processus d’individualisation toujours croissant dans la procédure ».


Propos recueillis par Isabelle Mandraud

 

http://www.lemonde.fr/societe/son/2009/03/13/affaire-de-tarnac-nous-ne-repondrons-plus-aux-questions-du-juge_1167796_3224.html#xtor=EPR-32280154&ens_id=1164748

 


Liberté rejetée pour Julien Coupat

Liberation.fr 13/03/2009 

 

Julien Coupat ne sortira pas. Ainsi en a décidé la cour d’appel de Paris. Pour la troisième fois la chambre d’instruction a rejeté la demande de remise en liberté du principal suspect dans l’affaire du sabotage des lignes de TGV.


« Déni de justice » s’est exclamée Me Irène Terrel, son avocate. « A mes yeux, Julien Coupat fait figure de bouc-émissaire d’un fiasco politico-judiciaire. » Coupat va donc retrouver le chemin de la Santé, où il est détenu depuis maintenant 4 mois. Son entourage a annoncé son intention de contre-attaquer.


Le cerveau présumé de l’opération de destruction des caténaires qui avait perturbé le réseau SNCF en octobre-novembre 2008, a été arrêté le 11 novembre et incarcéré dans la foulée. Les 8 autres membres présumés du commando ont tous été relâchés depuis.


Me Irène Terrel a promis de passer à la vitesse supérieure. « Puisque il ne sert visiblement à rien de se limiter au terrain juridique, nous allons nous déplacer sur le terrain politique, là où toute cette affaire a été fabriquée. » Dans sa ligne de mire, il y a Michèle Alliot-Marie, qui exprime depuis longtemps sa crainte d’une résurgence du terrorisme d’extrême-gauche. L’avocate de Julien Coupat refuse cette assimilation. « C’est totalement démesuré », estime-t-elle.


En attendant, Julien Coupat « va bien, en dépit des conditions indignes dans lesquelles il est incarcéré », a-t-elle précisé. Il réfléchirait et écrirait même sur les conditions d’emprisonnement en France.


Pour soutenir leur action, ses proches appellent les intellectuels « à s’exprimer et à rejoindre ce combat ». Mardi, ils avaient déjà reçu l’appui plutôt inattendu du corbeau, qui avait exigé dans l’une de ses missives la libération de Julien Coupat. Un soutien plus que douteux, pour une histoire qui n’a pas fini d’être instrumentalisée.

 

http://www.liberation.fr/societe/0101555214-julien-coupat-liberte-rejetee



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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 04:37

 

 

 

Rassemblement vendredi 6 mars 2009
pour la libération de Julien Coupat. 

Rendez-vous à 14 h devant la chambre de l’instruction, escalier A,
au Tribunal de Grande Instance de Paris (M° Cité).

 


Ce vendredi 6 mars, après un nouveau rejet de la demande de mise ne liberté de Julien Coupat par le juge des libertés (alors qu’un autre juge des libertés, dessaisis depuis, l’avait jugé libérable le 19 décembre 2008), la cour d’appel devra déterminer si ce rejet est fondé.


Force est de constater que le dossier des mis en examens dans l’affaire dite « des sabotages de la SNCF » n’a cessé depuis novembre de se dégonfler, que les détenus ont été un à un libérés sans que jamais un seul nouvel élément à charge ne soit porté à la connaissance de la défense et a fortiori du public.


Julien Coupat est le dernier des neuf mis en examen dans cette affaire à être encore en « détention préventive », sous le chef d’inculpation de « direction d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». Ce chef d’inculpation relève du régime « criminel » et l’expose à une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison.


Nous considérons que les pouvoirs publics et l’institution judiciaire cherchent à ne pas perdre la face en reportant tout leur acharnement sur une figure de « chef » qu’ils ont eux-mêmes monté de toutes pièces. Nous appelons donc à un rassemblement pour exiger la libération de Julien et la fin d’un feuilleton politico judiciaire qui n’a que trop duré.




 http://www.soutien11novembre.org

 

 

 

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:09


 

 

Mise au point 
Par le Comité invisible


Tract à télécharger sur
http://www.bloom0101.org/

 

 

Tous Coupat tous coupables
Par Alain Brossat

 

La campagne qui s’est développée en faveur des inculpés de Tarnac est portée par un si vif et si constant désir d’innocence, de si persistantes références à la légalité, à l’inoffensive innocence des inculpés qu’il apparaît très distinctement que, pour l’essentiel, le référent démocratique indistinct continue à obscurcir la perception du présent politique de ceux qui s’y trouvent mobilisés.


Ce qui est ici en question n’est évidemment pas la nécessité impérieuse que s’organise une solidarité sans faille avec les inculpés de Tarnac, et que celle-ci soit aussi puissante et déterminée que possible. La question est plutôt que cette solidarité s’est déployée sur une ligne de pente dont le propre est qu’elle ensevelit sous l’épaisse couche de cendres d’une police sentimentale et « démocratique » tout ce qui pouvait constituer le venin, le ferment de radicalité de L’Insurrection qui vient, avec son appel à se mettre « en route ». Le rassemblement informe et sans bords qui s’est constitué en faveur des inculpés (et dont, répétons-le, la volte-face des journaux a donné le signal et en quelque sorte défini les conditions) n’est pas sans rappeler le consensus anomique, propre à la « démocratie du public » brocardé par des auteurs comme Rancière et Badiou ; il s’étend maintenant jusqu’aux dirigeants du parti socialiste, voire du Modem et, inclut bien sûr, le télégénique Besancenot ; mais c’est un rassemblement qui se tient aux antipodes de ce que s’efforçait de présenter L’Insurrection qui vient et la décision d’y faire jouer en acte le motif de la communauté.

 

Texte en téléchargement gratuit (Pdf 236 Ko, 16 pages A4)
http://www.editions-lignes.com/TOUS-COUPAT-TOUS-COUPABLES.html

 

 

« De Tarnac à Tchernobyl en passant par Wall Street »
Par Frédéric Neyrat

 

Crise, être plongé dans la crise, sortir de la crise… Le minimum conceptuel consisterait aujourd’hui à mettre en crise le concept de crise, à décider de ne plus l’employer. Véritable signifiant bouche-trou, il dit moins et plus qu’il ne faut, comme dans le cas de la dite « crise financière ».


Il dit trop peu parce qu’il atténue la gravité des événements qu’il est censé décrire: nous ne traversons pas une « crise du capitalisme », mais un effondrement annoncé de notre mode de subsistance. Nos manières de vivre et de continuer à vivre. Cet effondrement programmé dépasse largement la question du mode de subsistance de la sphère financière et engage l’économie tout entière dans ses rapports aux matières premières, aux territoires, aux habitations, aux énergies et à la nourriture, autrement dit à l’écologie globale.


L’écologie physique et psychique du Globe, de l’Hydroglobe aux flux interconnectés, à la communication panique, épidermique, virale et virulente. Quand la totalité d’un monde et des manières d’être qui s’y rapportent est sollicitée par des événements susceptibles d’y inscrire une solution de continuité, ce n’est pas de crise qu’il faut parler, mais de catastrophes. De catastrophes en cours.


Pourtant le terme de crise dit aussi plus qu’il ne faut. Il semble dire que quelque chose serait vraiment sur le point de changer, engageant dès lors son sens étymologique (la krisis comme « jugement », « décision »). Or cela fait bientôt un demi-siècle que se met progressivement en place une nouvelle forme de « gouvernementalité », de « rationalité politique » précisément axée sur la questions des risques et des crises. Depuis la fin du siècle dernier, cette nouvelle gouvernementalité a désormais intégré la gestion des catastrophes, des phénomènes extrêmes – climatiques, épidémiques, « terroristes », etc. - comme une donnée régulière.


L’exceptionnel n’est pas seulement devenu la norme, comme on le répète aujourd’hui de façon somnambulique après Walter Benjamin, car les normes et les exceptions de naguère ont laissé la place à un Dispositif inédit, qui les reconfigure profondément. On peut nommer biopolitique des catastrophes la gouvernementalité qui, bien au-delà de la question « néo-libérale » des risques, fait de la catastrophe le point à partir duquel s’agence l’ordre politique, le nouveau nomos global. Pour exemple, la National Security and Homeland Security Presidential Directive promulguée en mai 2007 aux U.S.A., qui suspendrait le gouvernement constitutionnel en installant des pouvoirs dictatoriaux étendus sous loi martiale dans le cas d’une « urgence catastrophique » — soit, dit la directive, n’importe quel « incident » pouvant « affecter la population, l’infrastructure, l’environnement, l’économie ou les fonctions gouvernementales des U.S.A. ». Reste dès lors à relier biopolitique des catastrophes et solution de continuité, installation du nouveau nomos et abolition d’un mode de subsistance.


Voici notre hypothèse : de nombreux chefs de gouvernements, instances internationales et experts déclarés ont aujourd’hui clairement accepté l’idée de l’irréparable, changements climatiques, guerres de l’eau à venir, l’augmentation irrésistible des exils écologiques et économiques, etc. Un nouveau partage et une nouvelle distribution – un nomos donc – sont en cours. Ce sont des programmes d’adaptation aux bouleversements anticipés qui s’installent sous nos yeux. Et c’est dans ce cadre qu’il faut désormais penser la mise en place des lois et des structures dites « anti-terroristes » : leur fonction est d’agencer la surveillance, le contrôle, l’emprisonnement des populations sous condition catastrophique, qu’ils soient de lointains exilés ou des affamés de l’intérieur (ces deux catégories étant superposables et réversibles : dans un monde globalisé, comme sur un ruban de Mobius, tout élément intérieur est en même temps un élément extérieur).


La visée du nomos global est de tenter de retrancher des groupes privilégiés du « reste » des populations, de créer des poches d’immunité, une Green Zone comme en Irak. Pourtant, à la fin, il faut quitter l’Irak, Obama va le faire, et l’on pense d’ores et déjà à quitter la Terre – mais ce sera nettement plus difficile. Car on sait bien que la biopolitique des catastrophes est condamnée à l’échec, que l’adaptation sera désastreuse, qu’aucune « classe » ne s’en sortira et que les velléités de désobéissance sont désormais monnaie courante, au point de rendre tendanciellement impossible tout contrôle efficace. Mais règne, hélas, l’antinomie du jugement immunologique: d’un côté je sais que je fais complètement partie du monde, de l’Hydroglobe, du Flux intégral et des comportements mimétiques qu’il génère ; de l’autre je crois m’en excepter, « il ne m’arrivera rien, je suis en sécurité », je vote pour Sarkozy.


Les gens de Tarnac auront ainsi expérimenté à leur corps défendant l’un des aspects de ce nouveau nomos. Ils ne seront pas les derniers. Tant que l’on continuera à simplement rabattre les lois anti-terroristes sur des lois répressives, liberticides, policières sans comprendre la nouvelle fonction de la police, on restera incapable de les combattre. Ce qu’il faut combattre est la Condition Catastrophe. A la fois les origines des désastres économiques et écologiques, leurs réponses gouvernementales, et le clivage immunologique qui rapporte inconsciemment les unes aux autres. De fait, c’est la même chose. Les Grenelle de l’Environnement, c’est Tchernobyl. Le capitalisme vert, c’est la famine. Les lois anti-terroristes, c’est la liberté sur les dents.

 

Frédéric Neyrat, philosophe, est l’auteur de Biopolitique des catastrophes (MF 2008), L’Indemne : Heidegger et la destruction du monde (Sens et Tonka 2008), Surexposés : le monde, le capital, la Terre (Lignes Manifestes 2005).

 

Publié sur le blog « 24 heures Philo » de Libération en ligne
http://philosophie.blogs.liberation.fr/noudelmann/2009/01/de-tarnac-tcher.html




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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 07:29

 

 

Disponible sur YouTube, l’enquête de Mediapart réalisée par David Dufresne en 2008. (Si quelqu’un possède la seconde partie ou pouvait me fournir le lien pour en prendre connaissance, je suis preneur.)

 

Tarnac : les accusations (enquête de Mediapart 1/4)
http://fr.youtube.com/watch?v=EceiGC0vhbQ


Tarnac : l’emballement médiatique (enquête de Mediapart 3/4)
http://fr.youtube.com/watch?v=qq-VkobHdvw


Tarnac : une affaire politique (enquête de Mediapart 4/4)
http://fr.youtube.com/watch?v=yQyUUpxNo98

 

 

 

Belgium Connection
 

Ajoutons ces réflexions de l’entarteur Noël Godin et du cinéaste Jan Bucquoy, lors d’une manifestation de soutien à Bruxelles le 2 décembre dernier. http://fr.youtube.com/watch?v=qSyZJgG_Iro



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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 06:20



Affiche et programme sur
http://96heures.canalblog.com








 


 
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 05:44


 


Prison de La Santé
Julien Coupat
N° d’écrou : 290173
42, rue de la Santé
75014 Paris

 

 

Son site :
http://www.juliencoupat.com


et toujours, 
http://www.soutien11novembre.org 



 

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