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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 21:31

Cochon pendu compte parmi la cinquantaine d’éditeurs invités à la librairie éphémère à la Halle Saint-Pierre à Paris, du 15 décembre au 10 janvier 2010.

Je redonne un lien avec leur site, sinon l’adresse se trouve ci-contre. Une présentation de ses activités que j’apprécie beaucoup figure ici.

Le site de la halle saint-Pierre avec l’annonce de l’ouverture de la librairie éphémère se trouve .




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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 19:44



Les Seigneurs de la mer
(Sharkwater)

De Rob Stewart (2006)


Biologiste, photographe, caméraman, le Canadien Rob Stewart a réalisé un premier film qui tente d’alerter l’opinion sur le grand danger que représenterait la disparition du requin, plusieurs espèces étant en voie d’extinction (requin baleine, requin pèlerin, grand requin blanc), dont il souligne le rôle crucial dans l’écosystème marin, et par conséquent dans le nôtre. Le fil rouge du documentaire est la dénonciation du commerce international de la chaire de ce grand prédateur, qui a tout de même vécu plus de 400 millions d’années sans encombre, jusqu’à ce qu’il trouve plus fort que lui – nous.

Lors d’une opération totalement rocambolesque, Stewart met à jour un trafic d’ailerons de requins organisé par la mafia taiwanaise à partir du Costa Rica en direction de l’Asie (Taiwan, Hong Kong, la Chine populaire) où ce met est fort apprécié et pour des raisons parfaitement grotesques. Il est épaulé tout le long par le capitaine Paul Watson, Canadien comme lui, dont la présence ajoute beaucoup au film.

Grande gueule de l’écologie radicale, Watson est un des cofondateurs de Greenpeace, il mène des campagnes sur toutes les mers du globe. Ce fameux pirate s’est fait connaître par de véritables abordages de navires pêchant des espèces menacées. Rien ne l’arrête, qu’il s’agisse des frêles embarcations ou de bateau usines des baleiniers – ce type est la terreur des baleiniers du monde entier ! –, il a endommagé et coulé bon nombre de navires surpris dans l’illégalité, il est à ce titre aussi craint que détesté par ceux qui braconnent, voire par les autorités et les écologistes.

En dehors des archives de tueries d’animaux marins, la plupart des images ont été prises dans des réserves naturelles telles que les îles Galápagos, ce qui donne des plans d’une grande beauté ; il n’est pas inutile de le préciser.




Deux sites du film sont disponibles ici (français) et (anglais).
Le site de la Sea Shepherd Conservation Society de Paul Watson existe en français et en anglais.


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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 17:54

« If slaughterhouses had glass walls, we’d all be vegetarians. »
(Si les abattoirs avaient des parois de verre, nous serions tous végétariens.)
Paul McCartney




Manifeste pour l’abolition du foie gras


Une coutume barbare

Le foie gras est l’organe malade d’une oie ou d’un canard, gavé de force plusieurs fois par jour au moyen d’un tube de métal de 20 à 30 centimètres enfoncé dans la gorge jusqu’à l’estomac. Pour contraindre son corps à produire du foie gras, l’oiseau doit ingérer en quelques secondes une quantité de maïs telle que son foie finit par atteindre presque dix fois sa taille normale, et développe une maladie, la stéatose hépatique.

En se débattant lorsque le tube s’enfonce dans sa gorge, ou par la simple contraction de son oesophage provoquée par le besoin de vomir, il risque l’étouffement et des perforations mortelles au cou.

L’enfoncement du tube provoque des lésions du cou où se développent des inflammations douloureuses et des germes. La suralimentation forcée et déséquilibrée provoque fréquemment des maladies du système digestif, potentiellement mortelles.

Suite au choc du gavage, il est pris de diarrhées et de halètements. En outre, les dimensions de son foie hypertrophié rendent sa respiration difficile, et ses déplacements pénibles.

Si ce traitement était poursuivi, il provoquerait la mort des animaux gavés. L’abattage intervient à temps pour masquer les conséquences du gavage. Les plus faibles d’entre eux sont tout de même moribonds lorsqu’ils parviennent à la salle d’abattage, et beaucoup ne résistent pas jusque-là : le taux de mortalité des canards est dix à vingt fois plus grand pendant la période de gavage.


Un concentré de souffrances

Cette violence, inhérente à la production de foie gras, justifie à elle seule son abolition. Mais pour la plupart de ces animaux le calvaire ne s’arrête pas à la brutalité du gavage. Beaucoup sont amputés d’une partie de leur bec, sans anesthésie, à l’aide d’une pince ou d’une simple paire de ciseaux.

Dans la nature, les canards passent une grande partie de leur vie sur l’eau. Dans ces élevages, beaucoup sont enfermés dans des hangars, puis dans des cages où leurs pattes se blessent sur le sol en grillage. Des cages si petites qu’ils ne peuvent même pas se retourner, encore moins se mettre debout ou battre des ailes. Parmi ceux qui tiennent jusqu’au jour d’abattage, beaucoup ont les os brisés lorsqu’ils sont transportés, manipulés et enfin accrochés la tête en bas pour être électrocutés puis égorgés. Les canes, parce qu’elles produisent un foie plus veineux que les mâles, sont le plus souvent broyées vivantes ou gazées peu après leur naissance.


Le plaisir des uns payé par la souffrance des autres

Comment le simple plaisir que nous avons à manger son foie peut-il justifier de faire subir une vie si misérable à un être sensible qui, comme nous, ressent la douleur et la détresse ? Qu’il soit d’une autre espèce que nous justifie-il de rester sourd à sa souffrance, et muet face à l’immoralité de cet esclavage ?

Il existe des lois et règlements qui protègent les animaux contre de tels sévices et mauvais traitements. Ces textes sont délibérément ignorés pour les plus de 30 millions d’entre eux qui, pour la plupart en France, sont utilisés chaque année pour le foie gras. On nous dit que les « souffrances nécessaires » sont acceptables. Mais la consommation de ce produit ne présente aucun caractère de nécessité. Personne, pas même ceux qui profitent de ce commerce, n’ose le prétendre.

Alors que le prix au kilo est toujours plus bas pour le consommateur, le foie gras est un produit très cher payé par les animaux dont le corps, utilisé comme une machine à produire, est volontairement rendu malade.

Le foie gras est aussi un produit de plus en plus coûteux pour la France, dont il donne l’image d’un peuple rétrograde au moment où bien d’autres pays en interdisent la production. Comment peut-on encore faire passer pour une tradition de savoir-vivre une coutume barbare qui consiste à enfoncer dans la gorge d’un animal encagé l’embout d'un entonnoir ou d’une pompe pneumatique ?


L’interdiction du foie gras : vers une éthique de l’alimentation

Constatant que la production du foie gras nécessite de mépriser les intérêts de l’animal qu’on utilise pour le produire :

    • Nous demandons à ceux qui gavent les oies et canards de cesser de pratiquer ces actes de maltraitance. Qu’ils n’aient aucune intention cruelle envers les animaux gavés ne diminue en rien la souffrance qu’ils provoquent.

    • Nous demandons à ceux qui tirent profit du foie gras, sans aucune considération éthique, de mettre fin à leur participation à ce commerce malsain.

    • Nous demandons aux autorités scientifiques et vétérinaires sincèrement préoccupées du bien-être des animaux, d’avoir le courage, malgré les pressions politiques et économiques, de dénoncer les méthodes de production du foie gras pour ce qu’elles sont.

    • Nous demandons à la justice de rappeler que les lois et règlements imposent une limite à la souffrance que l’on peut infliger à un être sensible, et que la production de foie gras est par conséquent illégale.

    • Nous demandons à nos représentants de légiférer pour interdire définitivement cette pratique.


En tant que consommateurs déterminés à mettre de l’éthique dans notre assiette, et constatant que ces souffrances n’existent que pour procurer du plaisir à notre palais, nous refusons d’acheter et de consommer ces foies malades d’animaux torturés.



Le texte se trouve ici, sur le site « stop gavage », une campagne de L214 (association déjà évoquée dans cette section et dont l’adresse se trouve dans les liens ci-contre).

Je rappelle un point essentiel dans cette affaire, le gavage est illégal :

L’illégalité du gavage découle de la Directive européenne du 20 juillet 1998 concernant la protection des animaux dans les élevages : « les animaux reçoivent une alimentation saine, adaptée à leur âge et à leur espèce, et qui leur est fournie en quantité suffisante pour les maintenir en bonne santé et pour satisfaire leurs besoins nutritionnels. Aucun animal n’est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu’il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles ».

Je vous invite à consulter le dossier « stop gavage » d’ou est tirée cette information. Il montre l’étendue de l’interdiction du foie gras dans le monde, mais indique de nombreuses alternatives au gavage ainsi que des recettes autrement plus saines, afin que les mordus continuent à en consommer.




Si vous demeurez sceptiques sur les conditions d’élevage des bipèdes destinés à fournir du foie gras, je vais achever de vous convaincre de leur barbarie en vous enjoignant de regarder la vidéo « Foie gras : élevages sous contrat avec Euralis », visible ici.


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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 11:42

« If slaughterhouses had glass walls, we’d all be vegetarians. »
(Si les abattoirs avaient des parois de verre, nous serions tous végétariens.)
Paul McCartney


Un texte d’Armand Farrachi sur l’holocauste de la condition animale. Il est disponible sur le site du Monde diplomatique (août 2001).


Silence, on souffre !
Pitié pour la condition animale

Par Armand Farrachi


« La tragédie du jour suivant, écrivait Edward Gibbon (1) à propos des spectacles romains, consista dans un massacre de cent lions, d’autant de lionnes, de deux cents léopards et de trois cents ours. » Le temps de ces spectacles odieux est révolu (même si divers combats de coqs ou de taureaux font penser qu’on pourrait encore remplir un cirque avec des amateurs de sang). Mais la vérité, si l’on consent à la regarder en face, est que notre société fait preuve d’une plus grande et plus secrète cruauté. Aucune civilisation n’a jamais infligé d’aussi dures souffrances aux animaux que la nôtre, au nom de la production rationnelle « au coût le plus bas ». Pour sept cents fauves massacrés un jour de fête dans l’Empire romain, ce sont des millions d’animaux que nos sociétés condamnent à un long martyre.


N’ayons pas peur des mots : la France est couverte de camps de concentration et de salles de torture. Des convois de l’horreur la sillonnent à tout instant et en tous sens. Pour cause d’élevage intensif, les fermes, devenues des « exploitations », se sont reconverties en centres de détention à régime sévère, et les « fillettes » de Louis XI passeraient pour de véritables hangars face aux dispositifs où l’on enferme des créatures que la nature avait conçues pour la lumière, pour le mouvement et pour l’espace.

En France, 50 millions de poules pondeuses – à qui l’on a souvent tranché le bec au fer rouge – sont incarcérées à vie dans des cages minuscules où elles ne peuvent ni dormir ni étendre les ailes, mais seulement absorber une nourriture éventuellement issue de fosses septiques et de boues d’épuration… Les truies sont sanglées jour et nuit dans des stalles qui leur interdisent toute espèce de mouvement, et ce pendant deux ans et demi… Des veaux de 145 kg sont enchaînés dans l’obscurité en cases de 0,81 m… Des poulets, dits « de chair », ont les flancs si hypertrophiés que leurs os ne les portent plus et qu’il leur est impossible de se déplacer. Au moyen d’un tube de 40 centimètres enfoncé dans l’oesophage, des appareils pneumatiques font avaler chaque jour 3 kilos de maïs brûlant (l’équivalent de 15 kilos pour un humain) à des canards et à des oies immobilisés dans des « cercueils » grillagés, puisque, de toute façon, ils ne peuvent plus se tenir debout. Pour finir cette existence qui a surtout le mérite d’être brève, beaucoup seront transportés dans des conditions effroyables, entassés sans nourriture, sans soins, sans eau, au cours de voyages proprement étouffants, interminables et souvent fatals. Qui a vu cela ne l’oublie plus jamais.

En Chine, où il est courant d’ébouillanter et d’écorcher vifs les animaux, des ours sauvages sont enfermés jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des cages où ils ne peuvent pas même s’asseoir et où ils perdent jusqu’à l’usage de leurs membres. Une sonde est en permanence enfoncée dans leur foie pour y prélever la bile, utilisée en médecine traditionnelle. En Occident, la « communauté scientifique » fignole des animaux d’un genre nouveau : sans poils ni plumes ni graisse, aveugles et dotés de quatre cuisses, manifestement conçus pour le bonheur au grand air ! Il serait long, et pénible, de multiplier les exemples.

Pour ces millions, pour ces milliards d’animaux, le simple fait de vivre, depuis la naissance jusqu’à la mort, est un supplice de chaque seconde, et ces régimes épouvantables leur sont infligés pour des raisons si mesquines qu’on a peine à croire que des êtres humains puissent s’en prévaloir sans honte : une chair plus blanche, quelques centimes gagnés sur un oeuf, un peu de muscle en plus autour de l’os. « Cruelles friandises », disait Plutarque (2).

Quant aux animaux sauvages, pour n’en dire qu’un mot, on se doute qu’ils ne sont guère épargnés par le piège, le fusil, le poison, le trafic, la pollution ou la destruction de leur habitat. 8 500 espèces de vertébrés sont menacées d’extinction à court terme. L’homme est seul responsable de cette extermination qui ne peut être comparée qu’aux extinctions massives du mésozoïque. Au Cameroun, les grands singes sont actuellement victimes de ce qui mérite pleinement d’être appelé une destruction systématique, comparable à une sorte de génocide. Et, dans le domaine de la protection des animaux sauvages, ce n’est certes pas la France qui pourra donner des leçons, elle qui montre tant de zèle à légaliser le braconnage.

On a vu récemment de monstrueuses hécatombes (3), de terribles holocaustes (4) où les animaux étaient non pas « euthanasiés », comme on le dit pudiquement, mais massacrés et brûlés par milliers, par millions en Grande-Bretagne, victimes d’une maladie le plus souvent sans réelle gravité (la fièvre aphteuse), mais coupables de gêner le commerce et de déprécier la marchandise. Il faut d’ailleurs savoir que les abattages continuent après l’épizootie et que 450 000 vaches saines sont actuellement sacrifiées en France à « l’assainissement du marché ». Ce traitement, déjà révoltant quand il s’agit de lait ou de choux-fleurs, est-il admissible sur des êtres sensibles, affectueux et craintifs, et qui ne demandent qu’à vivre ? Rares ont été les professionnels qui se sont plaints d’autre chose que du montant ou de la rapidité de versement des primes au moyen desquelles on s’acharne à maintenir coûte que coûte une agriculture de cauchemar : un système d’indemnités après sinistre, une prime à la torture et à la pollution ? Qui n’a pensé aux pires horreurs médiévales en voyant ces crémations en masse, ces charniers remplis à la pelleteuse ? À quelle horreur veut-on nous préparer en appelant « sensiblerie » ou « zoophilie » toute compassion à l’égard de la condition animale ?


Ces condamnés sans langage

Les sentiments et les affaires n’ont jamais fait bon ménage, mais il semble quand même qu’on ait franchi les limites du supportable. Un producteur fait-il encore la différence entre une créature qui souffre et un objet manufacturé, quand il appelle un veau « le produit de la vache » ? Et alors qu’on entend de plus en plus souvent parler d’« organes vitaux » pour les voitures et de « pièces détachées » pour les corps ?

Il est vrai que partout des hommes, des femmes, des enfants sont victimes de l’injustice, de l’arbitraire, de la misère ou de mauvais traitements, que l’humiliation du prochain est un principe universel, que trop d’innocents croupissent en prison. Mais les souffrances s’additionnent sans s’exclure. « Dans le combat pour la vie, écrit Raoul Vanegeim, tout est prioritaire. » Peut-on être heureux quand on sait que d’autres êtres vivants, quels qu’ils soient, gémissent ?

Ceux que la souffrance animale laisse indifférents, fait sourire ou hausser les épaules au nom des « priorités » devraient se demander si leur réaction ne ressemble pas à celle des adeptes de l’inégalité, partisans de l’esclavage jusqu’au début du XIXe siècle, ou des adversaires du vote des femmes voilà à peine plus de cinquante ans. Au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs, n’a-t-on pas fait valoir également une « priorité » entre les plus proches voisins de nationalité, de religion, de « race » ou de sexe pour renvoyer les victimes à l’étrangeté, et si possible à l’animalité, afin de les éliminer plus facilement ?

Notre compassion est-elle si limitée qu’il faille établir des hiérarchies subjectives entre ceux qui méritent d’être sauvés en premier lieu, puis en second, puis plus du tout ? Faudra-t-il attendre qu’il n’y ait plus un seul Européen dans le malheur avant de se soucier des Africains, ou que tous les humains soient comblés pour s’occuper des animaux ? À quel odieux « choix de Sophie » serions-nous alors sans cesse confrontés ?

Claude Lévi-Strauss a écrit : « L’homme occidental ne peut-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt que né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ? (...) L’unique espoir pour chacun d’entre nous de n’être pas traité en bête par ses semblables est que tous ses semblables, lui le premier, s’éprouvent immédiatement comme des êtres souffrants. »

Au risque de choquer, demandons-le franchement : pourquoi les hommes auraient-ils le droit de se conduire avec les non-humains comme des barbares avec des innocents, et faudra-t-il toujours être l’inquisiteur, le démon, l’esclavagiste ou l’oppresseur d’un autre ? Quelle vie est a priori méprisable ? Tant que certains se croiront autorisés à maltraiter un être sensible parce qu’il porte des cornes ou des plumes, nul ne sera à l’abri.

La cause des animaux a beaucoup avancé, dans les faits comme dans les mentalités. Rien qu’en France, des dizaines d’associations la défendent, et jamais elle n’a rassemblé dans le monde autant de militants. Quatre-vingt-dix pour cent des Français se déclarent prêts à payer 15 centimes de plus un oeuf de poule libre. Même la législation évolue. Mais peu, et lentement. Et les phénomènes d’extinction massive et d’élevage intensif rattrapent vite les quelques avancées, non pour des motifs sentimentaux ou philosophiques (car l’opinion s’indigne sincèrement des brutalités envers les animaux), mais, encore une fois, pour cette même raison économique, qui s’oppose obstinément à la sensibilité individuelle.

Aux innombrables condamnés sans langage qui espèrent de nous des gestes qui ne viendront pas, nous n’avons à offrir que de bien piètres signes. On ne s’attend pas à ce que les Français deviennent tous végétariens ni, comme certains le demandent, que les droits humains soient étendus au singe. Mais quelle honte y aurait-il à faire un pas dans le sens de la compassion, à créer par exemple un secrétariat d’Etat à la condition animale comme il y en a un à l’économie solidaire ? La Belgique n’a pas craint de le faire. La Pologne a renoncé au gavage ; la Grande-Bretagne envisage d’interdire la chasse à courre. Malgré sa politique agricole, l’Europe s’est déjà timidement mais réellement penchée sur la question de l’élevage, de la chasse, de l’expérimentation et du bien-être. Tôt ou tard, on s’indignera massivement que des hommes aient pu torturer des animaux, même pour des raisons économiques, comme on s’indigne aujourd’hui des massacres romains, des bûchers, du chevalet et de la roue. N’est-il pas préférable que le plus tôt soit le mieux ?

Armand Farrachi.



(1) Edward Gibbon (1737-1794), historien anglais, auteur en particulier d’un livre très célèbre : Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, en 1776.
(2) Plutarque (49-125), biographe et moraliste grec, auteur en particulier des Vies parallèles.
(3) Du grec hékatombé qui veut dire : « sacrifice de cent (hékaton) boeufs (bous) ».
(4) Du grec holocaustum, « brûlé tout entier ».



Écrivain et essayiste, auteur, entre autres, de Les Ennemis de la terre, Exils, Paris, 1999 ; Les Poules préfèrent les cages, Albin Michel, Paris, 2000.


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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 16:17

« If slaughterhouses had glass walls, wed all be vegetarians. »
(Si les abattoirs avaient des parois de verre, nous serions tous végétariens.)
Paul McCartney



Pour Olivier, qui lors d’un bref échange,
a contribué à accélérer le processus.

Je me suis enfin décidé à relayer ici des informations en provenance d’associations de défense des animaux.

Je le fais non sans réserve qui sont de deux ordres. Je suis gêné par les choix graphiques et l’image que transmettent la plupart de ces gens, c’est d’une accablante pauvreté. J’ai évoqué cette question ici, au sujet des remarquables éditions Cochon pendu, dont la politique formelle rejoint avec beaucoup de justesse celle des questions de fond. Mais, c’est principalement l’absence de radicalité dans les discours qui me pèse ; c’est tiède, c’est mou, c’est chiant. Vous l’aurez compris, cette section a bien des chances d’être critique.


Je débute avec L214, un groupe que j’ai découvert grâce à leurs images clandestines d’élevages et d’abattoirs. Leurs vidéos sont régulièrement censurées, du fait de pressions des industriels (à l’instar de l’entreprise Charal sur ces couilles molles de YouTube, récemment) ou par suite de décisions de justice. Ce qui relève de la censure pure et simple.




Il eut été facile de faire de l’ironie et montrer la campagne de L214 contre les élevages des lapins en batterie qui prend la forme, entre autres (j’insiste), d’une carte postale à envoyer à son supermarché, opération qui verse ouvertement dans le burlesque. Mais ce serait leur faire un bien mauvais procès pour inaugurer cette section. Même si, à leur âge, ils ne devraient plus croire au Père Noël.

Ceci étant dit, je ne saurai trop vous inviter à vous rendre sur leur site, outre le sérieux des enquêtes, il vaut le détour, ne serait-ce que pour constater que sur la page « Lapin : garanti 100 % cage (dossier sur l’élevage cunicole professionnel en France) », par exemple, toutes les photographies et les vidéos sont censurées.

Mais il en restait des photos, et même beaucoup ! Je me suis donc servi ici, sans demander d’autorisation, qu’ils me pardonnent.


Attention, les images qui suivent sont violentes,
cruelles, dérangeantes et désagréables !
(Et je le dis sans déconner, vous êtes
priés d’éloigner les enfants.)

Mais il n’est pas question de s’épargner ces visions.




Oui, c’est éprouvant.


Pourquoi L214 ?

En 1976 les animaux sont pour la première fois explicitement désignés comme « êtres sensibles » dans la loi française. C’est l’art. L.214-1 du Code rural. Les implications éthiques de la sentence animale sont considérables. Pour l’heure, elles n’ont été sérieusement prises en compte ni dans les pratiques ni dans le droit.


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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 01:59



Je veux attirer votre attention sur la singulière démarche des éditions Cochon pendu. Leur engagement en faveur de la protection des animaux se distingue des modes d’action des autres défenseurs de cette cause par l’emploi d’éléments tout à fait originaux. Qu’il s’agisse du choix de l’édition d’art ou de l’usage du détournement et de l’humour noir – on se souviendra qu’Armand Farrachi est adepte du genre (voir le titre Les Poules préfèrent les cages) –, dans le fond comme dans la forme, Cochon pendu séduit et trace les voies d’une expression politique renouvelée.

Souhaitons que leur exemple fasse école dans un domaine, aussi populaire qu’actif, où malheureusement règne la plus complète pauvreté formelle : on ne sort ni de 30 millions d’amis ni de 60 millions de consommateurs !




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