Longtemps, il n’y avait qu’un seul grand magasin à Pékin : le Magasin de l’amitié. Magasin d’État, c’était le seul endroit où les expatriés pouvaient faire leurs achats. Le parking était rempli de cars de touristes. On trouvait des produits de qualité (habits en cachemire) et de luxe (caviar). Comme le lieu ne connaissait pas de concurrent, les employées méprisaient ostensiblement la clientèle ; il fallait aller les chercher pour obtenir un renseignement, quand il ne fallait pas aller chercher l’article manquant à leur place. De ce point de vue, rien n’a changé dans les derniers magasins d’État. L’entrée du magasin était interdite aux Chinois.
Puis la politique a changé, le régime a autorisé le développement des commerces.
Aujourd’hui, à deux cents mètres du Magasin de l’amitié, se trouve un immense marché sur cinq niveaux, bien dans la manière actuelle : il n’y a que des copies et les prix sont imbattables. On y vend des fringues, des bijoux, des lunettes, des briquets, des stylos à plume, des gadgets… Les allées regorgent de monde, on avance difficilement. Les vendeuses armées de calculatrices se précipitent sur vous, ne vous lâchent pas, piquent des crises de nerfs pour vous refiler un blouson – cela m’est arrivé. Ça discute dans tous les sens et dans toutes les langues.
Je me suis rendu au Magasin de l’amitié, comme en pèlerinage : à la recherche de l’ancien Pékin. Les allées et le parking sont désespérément vides. Les vendeuses quémandent un peu de l’attention des clients. Le lieu est ouvert aux Chinois, mais il est trop tard.

