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Anne Cheng au Collège de France

 

 

 

Vidéo de la leçon inaugurale d’Anne Cheng 

Chaire d’Histoire intellectuelle de la Chine 
Collège de France
(11 décembre 2008)

   

Dans cette présentation d’une cinquantaine de minutes, Anne Cheng expose avec beaucoup de clarté un état de la sinologie de la France aux États-Unis en passant par la Chine qui connaît une réappropriation de son histoire. Elle décrit sa méthode de travail, l’esprit qui la commande, et les écueils à contourner dans la recherche. Enfin, Cheng s’est attachée à se situer aussi clairement que possible par rapport aux écoles et aux courants plus ou moins influents qui traversent ces études.

Pour cela, elle n’a pas hésité à émettre des opinions très directes, visant notamment François Jullien et les Instituts Confucius (d’origine chinoise) qui pullulent de par le monde, sans les nommer, mais sans qu’il soit possible non plus de confondre les cibles de ses attaques. Et je dois dire que, s’il est devenu presque banal de prendre à partie le discours de Jullien* (voire à ce sujet le court et passionnant essai de Jean François Billeter, Contre François Jullien, publié chez Allia en 2006), je ne m’attendais pas à une offensive tonitruante contre la Chine et ses idéologies passées et présentes. Madame Cheng ne s’encombre pas de diplomatie.

 

* Pour faire vite : Jullien considère la Chine comme l’Autre absolu, l’altérité même. Cette question, loin d’être tranchée, partage la sinologie en deux. Elle se trouve ravivée par les Chinois eux-mêmes qui pensent, avec Jullien, qu’ils sont totalement différents de nous. La controverse ne vaut que pour les nombreuses et graves conséquences politiques qu’elle implique. Songez seulement au rejet de la démocratie par les autorités chinoises, qui trouvent là une insupportable justification : c’est une pratique « occidentale », par conséquent, elle leur est étrangère et n’a pas sa place en Chine. (Et cela a été de nouveau affirmé lors des sessions du Parlement chinois réunit ces jours-ci à Pékin.) Ce n’est pas le seul antagonisme ni le plus essentiel ; le rapport au religieux, très peu médiatisé, n’en est pas moins une autre source de divergences profondes entre sinologues.

 

J’ai trouvé cette leçon instructive et stimulante, au-delà même de la question de la sinologie. Par ailleurs, j’ai retrouvé tout ce qui faisait ma joie comme auditeur des cours du Collège de France : le propos toujours intelligent et sensible, la compétence solidement établie et l’autorité des intervenants, la très grande clarté des exposés. C’est ce dernier point qui distingue ces éminents professeurs des imposteurs et qui rend les cours si attrayants : on les comprend.

Je ne saurais achever ces lignes sans rappeler que les cours du Collège de France, on l’ignore trop souvent, sont gratuits et ouvert à tous, dans la limite des places disponibles – comme on dit. Or il y a toujours de la place, sauf pour les leçons inaugurales, justement, parce que c’est un rendez-vous bêtement mondain et que tout le monde veut s’y montrer.

Regardez le programme des cours, c’est toujours passionnant. Le Collège est un des rares endroits où l’on prend l’exacte mesure de ce qu’est un cours dispensé par un professeur qui appartient aux plus hautes sphères du savoir institutionnel français. (Notez, Monsieur Sarkozy.) Je n’ai connu cette expérience qu’avec deux ou trois professeurs de l’université, dont Marcel Gauchet.

Quand on ne peut pas s’y rendre – ce qui est infiniment malheureux et regrettable –, on dispose des radiodiffusions sur France Culture, de cours ou leur résumé à télécharger, et depuis peu de podcast (ne me demandez pas de vous expliquer ce que c’est !) et de vidéos. De ce point de vue, Internet donne un nouvel essor à la mission du Collège de France en l’élargissant au-delà de toute espérance.

Vous pouvez lire des extraits de cette leçon sur le site du Collège de France. Je vous suggère cependant d’écouter et de regarder directement Anne Cheng faire la lecture, car il m’a semblé que le texte n’avait été rédigé qu’à cette seule fin.


http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/his_int/lecon_inuagurale_du_12_decembr.jsp

 

 

   

Biographie d’Anne Cheng

Née en 1955 à Paris de parents chinois, Anne Cheng a suivi un parcours complet à l’école de la République, nourri d’humanités classiques et européennes, jusqu’à l’Ecole Normale Supérieure, avant de choisir de se consacrer entièrement aux études chinoises. Depuis près de trente ans, elle a mené ses travaux d’enseignement et de recherche sur l’histoire intellectuelle de la Chine, en particulier sur le confucianisme, d’abord dans le cadre du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), puis de l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), avant d’être nommée à l’Institut universitaire de France et, tout dernièrement, élue au Collège de France.

Elle est l’auteur notamment d’une traduction en français des Entretiens de Confucius (Seuil, « Points-Sagesses », 1981), d’une étude sur le confucianisme du début de l’ère impériale et d’une Histoire de la pensée chinoise (Seuil, 1997, rééditée en poche « Points-Essais » en 2002 et déjà traduite en de nombreuses langues). Elle a également dirigé plusieurs ouvrages collectifs dont le plus récent s’intitule La Pensée en Chine aujourd’hui (Gallimard, 2007).

(Source : Collège de France.)

 


 

Un peu d’humour

 

Je voulais vous signaler aussi le tout début de la leçon inaugurale de Jean-Marie Durand (chaire d’Assyriologie) datant de 1999 et qui vaut qu’on la cite. C’est un autre aspect du Collège, pas forcément le plus répandu : le parti des brillants causeurs.

« Le dernier recensement a montré que le territoire national était peuplé de soixante millions de personnes. Si vous réfléchissez, maintenant, qu’il y a en tout et pour tout six chaires d’Assyriologie en France, vous voyez que la proportion est d’une pour dix millions d’habitants. Si vous songez en outre que quatre personnes se partagent ces six chaires, et que les maîtrises de conférence se réduisent à un couple, la race des universitaires Assyriologues français reste néanmoins un peu plus nombreuse proportionnellement que celle des Pandas dont il n’existe pour un milliard et demi de Chinois, que quelques spécimens, à l’abri dans des Zoos, il est vrai, moins prestigieux que le Collège de France. »

   

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