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Quelques réponses de Julien Coupat au juge Fragnoli (novembre 2008)


Julien Coupat :
« L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie »


Extraits d’un article de Mediapart
signé de David Dufresne et daté du 22 avril 2009

 

Aux policiers :
« Mon arrestation est l’aboutissement d’environ une année d’enquête préliminaire dans le cadre des lois anti-terroristes. L’anti-terrorisme reproche centralement à ceux qu’il vise des intentions, des idées, et reproche des infractions seulement en second lieu comme matérialisation de ces idées et intentions. Si bien que ce qui est centralement jugé, ce ne sont pas les actes, mais quelque chose que la procédure leur prête. Si l’on suit le fil des auditions, il apparaît que me sont reprochées deux dégradations qui, pour n’être pas sans conséquences, n’en demeurent pas moins mineures, en ce qu’elles mettent en danger la vie de personne. Il va de soi dans un tel cadre que toutes déclarations à la police ne pourraient n’être qu’à ma charge. »


Au juge Thierry Fragnoli :
« L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie. Toutes les auditions visent très manifestement à accréditer la thèse selon laquelle je serais le chef, le gourou, d’une soi-disant organisation anarcho-autonome. Il faudra qu’on m’explique le paradoxe : je serais le chef, c’est-à-dire celui qui nie l’autonomie d’un groupe de gens, qui sont réputés autonomes. »


(…) Quand le juge lui demande comment, avec ses « revenus modestes », il finance autant de « déplacements et de séjours tant en France que dans divers pays du monde », il rétorque : « Je suis économe ». À propos des policiers qui le suivaient dans la nuit des sabotages, il raconte : « on s’est enfoncés dans la campagne pour voir si nous [lui et Yildune, NDLR] étions suivis. Et nous n’avons eu aucun répit puisque, où que nous allions, trente secondes après s’être arrêtés, même dans les endroits les plus reculés, il y a des voitures qui surgissaient. Je ne sais pas s’il faut que je vous donne les plaques… »

– Le juge : « N’y avait-il pas d’autres moyens, plus simples, d’échapper à cette surveillance que vous dites avoir repérée, comme, par exemple, tout simplement, se perdre dans une foule sur un trottoir de Paris ? »

– Coupat : « Ce que vous dites relève d’un niveau d’intimité assez faible. Par ailleurs, je ne sache pas que le fait de marcher dans Paris fasse que l’on cesse de nous suivre maniaquement. Dans les derniers mois, c’est devenu le lieu de sentiment obsidional, c’est-à-dire le fait de se sentir assiégé en permanence. »


(…) Les questions du juge se font de plus en plus personnalisées, se concentrent sur lui, sur son autorité morale présumée. (…) Réponse de celui que la justice soupçonne d’être le chef de bande terroriste : « On est toujours soi-même mal placé pour savoir l’influence que l’on exerce. En revanche, on est bien mieux placé pour savoir les influences que l’on subit et, pour ma part, il ne m’a jamais gêné de subir des influences, au sens où André Gide l’entendait. »


L’un des points intéressant les enquêteurs est une réunion qui se serait tenue à Rouen, où vit en alternance une bonne partie des Tarnac, en amont de la contre-manifestation du sommet sur l’immigration des ministres de l’intérieur européens, à Vichy, le 3 novembre 2008. Pour les policiers, Julien Coupat est le coordinateur du désordre. Celui qui dit à chacun ce qu’il doit amener, et quel rôle il devra tenir. Ce soir-là, à Vichy, la manifestation est bien l’objet de plusieurs débordements sérieux, mais rien qui ne tourne à l’émeute. D’ailleurs, Julien Coupat n’est pas même poursuivi pour sa participation aux faits. Et quoi qu’il en soit : on est fort loin du terrorisme. Néanmoins, le juge Fragnoli veut savoir si Julien Coupat est bien celui qui tirait la corde accrochée à une barrière de police, comme le laissent supposer les caméras de surveillance de la ville. Réponse : « Si vous consultez les blogs [des manifestants, NDLR], vous verrez bien que cette idée circulait déjà sans qu’elle puisse m’être attribuée. Il ne s’agissait pas de tirer la barrière. (…) La vocation de la corde, pour ce que j’en comprends, était un peu comme pour le jeu Intervilles. De matérialiser, plutôt qu’un affrontement stérile avec la police, un effort collectif plutôt ludique autour d’une corde. L’idée qu’avec une corde, on puisse arracher une barrière de police m’apparaît une aberration et pour cause : ce jour-là, rien n’a été arraché du tout. » Une audition plus loin, et Julien Coupat précise : « Tirer les cordes est un vieux jeu médiéval où l’on trouve difficilement la trace d’une violence quelconque. C’est plutôt de l’ordre du sport collectif. »


Quant à cette réunion des ministres de la justice et de police européens « dans l’ancien siège du gouvernement de Vichy », pour lui, comme pour quelques autres, « c’était une gigantesque provocation ».


(…) Le juge Fragnoli : « Curieusement, les dates [des sabotages, NDLR] du 25 octobre et du 7 novembre ne sont pas si anodines qu’elles paraissent puisque chacun sait que c’est le 25 octobre (dans le calendrier julien, soit le 7 novembre dans le calendrier grégorien) qu’a eu lieu ce que l’Histoire a retenu sous le nom de l’insurrection de Petrograd, élément fondateur de la révolution russe qui éclate en 1917 dirigée par Léon Trotski, et ayant pour objectif des points stratégiques tels que notamment les ponts et les gares. Cette même nuit du 25 au 26 octobre (soit du 7 au 8 novembre 1917 en calendrier grégorien), le palais d’Hiver était pris par les insurgés. Or précisément, il est fait allusion à cet épisode historique dans L’Insurrection qui vient. Page 118 : «Les moments de grand retournement : 10 août 1792, 18 mars 1871, octobre 1917 » [octobre 1917 souligné par le juge, NDLR]. Page 121 : « Il y a bien encore des palais d’Hiver. » On pourrait presque en déduire que le choix de ces dates du 25 octobre du 7 novembre par les auteurs de dégradations des lignes TGV est à lui seul un symbole, voire un hommage, pour ne pas dire un message s’inscrivant dans la même veine que L’Insurrection qui vient. Qu’en pensez-vous ? »

Coupat : « J’y vois de votre part une construction intellectuelle et un scénario cohérent, mais je ne vois toujours pas le rapport avec mon humble personne. »


Un autre jour, quand le juge reprendra les mots de Coupat (à propos de la concordance des temps et des dates, et sur la « construction intellectuelle et le scénario cohérent »), l’intéressé précisera : « J’espère que le caractère ironique de ma réponse, quant à cette construction intellectuelle, ne vous aura pas échappé. »


(…) Mais parfois, il n’y a plus d’ironie, plus de métaphysique, plus de politique, plus de considérations sociales ni de jugement sur la police. In fine, Julien Coupat reconnaît que « l’instruction anti-terroriste est un lieu peu propice à la discussion d’idées ».


(…) Lors du dernier interrogatoire, le ton se fait plus grave. Il est question de vie et de mort quand bien même, de l’aveu de tous les experts ès caténaires, aucune vie n’eût été en jeu dans cette affaire (hormis, éventuellement, celle des poseurs de crochets).

– Le juge : « Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier une atteinte à celle-ci ? »

– Coupat : « Cela fait partie, dans la formulation, du caractère délirant de la déposition du témoin 42 [qui a déposé sous X et dont Mediapart a déjà mis en cause la crédibilité, NDLR], tendant à me faire passer pour une espèce de Charles Manson de la politique. »

– Le juge : « En quoi cela vous empêche-t-il de répondre à la question posée ? »

– Coupat : « Je vous demande trois-quatre minutes pour réfléchir. C’est une question importante. Je pense que c’est une erreur métaphysique de croire qu’une justification puisse avoir le même poids que la vie d’un homme. »


Julien Coupat doit formuler une nouvelle demande de remise en liberté dans les jours prochains.

 

Je n’ai pas de lien à vous fournir, parce que le site est payant et fonctionne sur abonnement. On m’a fort gentiment recopié le texte. En revanche, j’indique la liste des liens que donne le journaliste.

 

Links:

[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/david-dufresne

[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/030409/tarnac-la-defense-passe-a-l-offensive

[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/230109/tarnac-des-doutes-sur-la-credibilite-d-un-temoin-a-charge

[4] http://www.lafabrique.fr/spip/IMG/pdf_Insurrection.pdf

[5] http://www.liberation.fr/societe/0101562270-sept-mois-de-traque-d-une-cellule-invisible

[6] http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/25/ce-que-contient-le-dossier-d-instruction-de-l-affaire-tarnac_1172333_3224.html#ens_id=1164748

[7] http://www.charliehebdo.fr/cms/index.php?id=458&no_cache=1&sword_list[]=coupat

[8] http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2317/articles/a398184-comment_lultragauche_est_devenue_lennemie.html

[9] http://ultrahumandignity.blogspot.com/


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